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Mahler et les autres : Röschmann et Meier à Munich

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Munich. Prinzregententheater. 11-VII-2016. Franz Schubert (1797-1828) : Mignon-Lieder D 877/2, 3, 4 et D 321 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Rückert-Lieder ; Hugo Wolf (1860-1903) : Six Lieder sur des textes d’Eduard Möricke ; Mignon-Lieder. Dorothea Röschmann, soprano, Malcolm Martineau, piano.
Munich. Nationaltheater. 12-VII-2016. Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder ; 3 Lieder sur des textes de Des Knaben Wunderhorn ; Rückert-Lieder ; Richard Wagner (1813-1883) : Wesendonck-Lieder. Waltraud Meier, mezzo-soprano ; Joseph Breinl, piano.

Dorothea Röschmann (c) Hösl au sommet de l’art du Lied, en difficulté.

Deux chanteuses, deux pianistes, deux théâtres, mais une même tourneuse de pages et un même cycle de Mahler pour couronner deux soirées successives de Lied dans le cadre du festival d’opéra de Munich, voilà ce que proposait, de manière imprévue, l’Opéra de Bavière ces derniers jours. Le retour de , huit ans après son dernier Liederabend à Munich, était prévu ; celui de ne l’était pas, puisque ce concert est venu remplacer en dernière minute celui de Diana Damrau, qui avait naturellement prévu un tout autre programme.

Aucune des deux soirées proposées n’est parfaite, mais le bilan est plus tranché qu’on ne l’aurait souhaité. On peut remercier Dorothea Röschmann d’avoir choisi de consacrer toute une moitié de la soirée à Hugo Wolf, compositeur essentiel et cruellement négligé par les programmateurs ; mais la soirée est marquée par les difficultés de la chanteuse à contrôler sa voix, au point de rendre hasardeuse sa diction, avec des consonnes distribuées de façon hasardeuse. Le manque de souplesse que ces difficultés pénalisent les Lieder les plus fondés sur le texte, chez Schubert et Wolf surtout, même si les quatre Mignon-Lieder de Wolf, au prix d’un certain appauvrissement de la matière sonore, mais avec enfin un contrôle suffisant pour faire vivre le texte. C’est finalement dans le premier bis, Waldesgespräch de Schumann, qu’on retrouve le mieux la générosité et la chaleur du timbre qui a fait sa réputation, sans sacrifier le contrôle du mot. Sans doute un pianiste un peu moins effacé aurait-il, à vrai dire, aidé à donner un peu plus de cohérence à un récital marqué par l’alternance entre quelques beaux moments et trop de moments difficiles – il est vrai que , qui accompagne Meier, n’est lui aussi pas plus qu’un accompagnateur, mais au moins la netteté de son jeu est préférable au sfumato permanent de son collègue.

Waltraud Meier, l’art du motpresse-wm2

Waltraud Meier et Dorothea Röschmann se partagent un des grands cycles de Mahler, les cinq Lieder sur des poèmes de Friedrich Rückert. « Um Mitternacht » et « Ich bin der Welt » leur permettent de faire un usage généreux de leur voix de façon presque opératique ; les deux chanteuses sont beaucoup moins égales devant les autres Lieder du cycle : pas une trace de sourire chez Dorothea Röschmann dans « Liebst du um Schönheit » et « Blicke mir nicht in die Lieder », mais du vrai théâtre chez Waltraud Meier. L’art exceptionnel de porter les mots à l’incandescence qui caractérise l’art de Meier n’est pas vraiment une découverte ; la variété des Lieder de Mahler choisis par elle lui permet de montrer autant cet art de diseuse que la richesse d’un timbre toujours inoubliable. On pourra toujours remarquer telle couleur un peu acide ou tel grave difficile, mais ces imperfections s’oublient vite, surtout après des Kindertotenlieder un peu plus pâles : loin de ce que font certains chanteurs d’opéra chantant du Lied en passant avec tous les tics de l’opéra, Meier est une vraie chanteuse de Lied, avec toute l’intelligence spécifique que ce répertoire nécessite, et qu’elle le fasse avec une pareille voix est un supplément appréciable. Il est naturellement particulièrement émouvant de l’entendre chanter, dans les Wesendonck-Lieder, les « esquisses pour Tristan » que Wagner y a insérées, elle qui, il y a un an tout juste, faisait dans le même lieux ses adieux à Isolde. Le choix des bis la montre en outre dotée d’une versatilité stylistique rare, puisqu’on passe de Mozart (Als Luise…) à Brahms (l’admirable Von ewiger Liebe, puis l’inévitable berceuse pour signifier au public la fin du concert), en passant par un Erlkönig de Schubert à la puissance dramatique inouïe.

Photos : Dorothea Röschmann par Wilfried Hösl, Waltraud Meier par Nomi Baumgartl

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Munich. Prinzregententheater. 11-VII-2016. Franz Schubert (1797-1828) : Mignon-Lieder D 877/2, 3, 4 et D 321 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Rückert-Lieder ; Hugo Wolf (1860-1903) : Six Lieder sur des textes d’Eduard Möricke ; Mignon-Lieder. Dorothea Röschmann, soprano, Malcolm Martineau, piano.
Munich. Nationaltheater. 12-VII-2016. Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder ; 3 Lieder sur des textes de Des Knaben Wunderhorn ; Rückert-Lieder ; Richard Wagner (1813-1883) : Wesendonck-Lieder. Waltraud Meier, mezzo-soprano ; Joseph Breinl, piano.

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