Ermonela Jaho double la mise dans la Traviata des Chorégies d’Orange

Festivals, La Scène, Opéra

Orange. Théâtre antique. 6-VIII-2016. . 10-I-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas. Mise en scène : Louis Désiré. Scénographie et costumes : Diego Mendez Casariego. Lumières : Patrick Méeüs. Avec Ermonela Jaho, Violetta Valéry ; Francesco Meli, Alfredo Germont ; Placido Domingo, Giorgio Germont ; Ahlima Mhamdi, Floria Bervoix; Anne-Marguerite Werster, Annina ; Nicolas Testé, Il dottore Grenvil ; Christophe Berry, Gastone, ; Rémy Mathieu, Giuseppe ; Laurent Alvaro, Barone Douphol ; Pierre Doyen, Marchese d’Obigny. Choeur des opéras d’Angers-Nantes, Avignon et Marseille, Orchestre National Bordeaux-Aquitaine. Direction musicale : Daniele Rustioni.

121Remplaçant au pied levé Diana Damrau initialement prévue dans cette Traviata, retrouve les Chorégies d’Orange pour la seconde fois en l’espace de quelques semaines (après Madama Butterfly).

Sans atteindre des sommets de hardiesse et d’imagination, la mise en scène de Louis Désiré résout la difficile équation d’une scène à la fois très large et peu profonde. La vie de Violetta se résume d’un seul coup d’œil, de jardin à cour, entre une salle de bal avec lustre brisé au sol à la tombe fleurie. Tous les éléments du drame à venir tiennent dans ces espaces latéraux, tandis que l’action se focalise au centre, dans l’encadrement d’un immense miroir fracassé – symbole immédiatement lisible et peu perturbant. Quelques détails surgissent pour donner de l’épaisseur à cette scénographie, à commencer par ce mélange de joie et de peine dans les bouquets de fleurs cueillis sur la tombe de Violetta ou cette tache écarlate qui marque comme un leitmotiv tragique chacune des scènes.

Démonstrativement actrice, peine à faire transparaître vocalement l’émotion qui déborde de son jeu. Ce qui passait admirablement dans le vernis apprêté de Cio-Cio-San ne peut suffire ici à incarner la versatile vocalité de Violetta ; témoin , ce È strano, non sans engagement mais sans cette brillance volubile qui traduit ce feu intérieur et dévorant. Le troisième acte la cueille à son meilleur avec un Addio del passato digne et retenu, prélude somptueux à une agonie décidément plus réussie que les épisodes joyeux. L’Alfredo de ne cherche ni dans l’épate ni dans l’histrionisme de la projection une manière d’impressionner artificiellement le public. Sa prestation met en avant une subtilité très aérienne du timbre et des qualités de legato admirables. À ses côtés, le néo-barytonant n’a que quelques pas à faire pour captiver l’attention. Son Giorgo Germont laisse percer en filigrane les beaux souvenirs de sa voix de ténor. Même avec un registre grave en pointillé et des approximations dans le legato, son interprétation mérite l’ovation que le public lui réserve. Parmi les seconds rôles, est une Annina au format modeste tandis qu’ compose une admirable Flora Bervoix, suivie de près par le Grenvil très incarné de .

L’étonnant porte à ébullition un qui retrouve sous sa battue, un brio remarquable. Dirigeant sans partition avec une attention de tous les instants à la diction et aux entrées, il sollicite les solistes et sécurise l’équilibre général du chœur des opéras d’Angers-Nantes, Avignon et Marseille. Une baguette à suivre, assurément.

Crédits photographiques : Philippe Grommelle

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