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Bernard Haitink, un souverain à Berlin

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Berlin. Philharmonie. 8-X-2016. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie Inachevée, D. 759 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Das Lied von Erde (Le chant de la terre). Christian Elsner, ténor ; Christian Gerhaher, baryton ; Orchestre Philharmonique de Berlin ; direction : Bernard Haitink.

bphil_haitink_081016_003Dans un programme idéal, Haitink parvient aux plus hautes sphères de l’exigence musicale.

Il y a des orchestres qui connaissent trop leur valeur pour se laisser aller aux caprices des chefs de passage. Et il y a des chefs qui n’ont besoin que de paraître pour mettre ces mêmes orchestres à leurs pieds. est de ceux-là, mais, avec son indémodable élégance, il sait en plus laisser aux musiciens la latitude qu’il faut pour leur permettre d’exprimer toute leur personnalité. Ces trois soirées berlinoises en sont le résultat : un miracle d’entente musicale et de noblesse artistique, devant un public en juste pâmoison.

Schubert d’abord : ce n’est pas avec Haitink qu’on atteindra les sommets expressifs d’un romantisme des passions ; cette Inachevée est d’une rigueur qui peut surprendre, et qui confine à l’austérité, mais c’est une rigueur musicale, qui fait de l’écriture schubertienne – dense travail motivique, instrumentation inouïe – le cœur de l’interprétation musicale. Schubert n’est pas ici l’innocent aède de la légende pieuse, qui parlerait naïvement de cœur à cœur, c’est un démiurge, un explorateur intrépide, un esprit fort et visionnaire.

Après l’entracte, Haitink revient à Mahler, sans doute pour lui le compositeur le plus central de ces dernières années – on se souvient avec émotion de deux concerts récents de l’Orchestre de la Radio Bavaroise, Rückert-Lieder en 2015, Troisième symphonie ce printemps. Le résultat, pourtant, est différent de l’admirable cohésion sonore de l’orchestre de Munich : on l’entend dès le premier Lied, le son orchestral est plus abrupt, moins fondu. Ce Mahler-là vient d’un monde en lutte, pas des élans panthéistes qu’on avait entendus à Munich. On n’en admire pas moins la qualité de ses solistes, à commencer par à la clarinette et Albrecht Mayer au hautbois : avec Haitink, l’esprit chambriste n’est jamais loin, et les solistes y trouvent toute la latitude nécessaire pour s’exprimer.

Aux côtés de Haitink, et se succèdent dans les six Lieder. Le ténor, dans le cycle, n’a comme on sait pas le beau rôle : Elsner s’en tire avec une vaillance parfois un peu forcée, mais somme toute efficace. Gerhaher, lui, est chez lui dans cette œuvre qu’il a déjà souvent chantée, mais cette interprétation berlinoise n’en est pas moins mémorable. On sait combien son intelligence musicale et la précise sobriété de sa déclamation trouvent chez Mahler un terrain idéal. Ce soir, il est en outre dans une forme vocale inouïe, qui lui permet de conserver toute la matière et toute la chaleur de son timbre jusque dans des piani d’une infinie poésie. L’Adieu est alors un des moments de musique les plus bouleversants qu’on ait pu entendre, culminant en un duo bouleversant entre Gerhaher et la flûte d’, comme englouti dans le silence des vastes espaces de la Philharmonie.

Crédit photographique : © Monika Ritterhaus

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Berlin. Philharmonie. 8-X-2016. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie Inachevée, D. 759 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Das Lied von Erde (Le chant de la terre). Christian Elsner, ténor ; Christian Gerhaher, baryton ; Orchestre Philharmonique de Berlin ; direction : Bernard Haitink.

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