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Back to Bach avec Nemanja Radulovic

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 05-XI-2016. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour violon et cordes en mi majeur BWV 1042, Concerto pour violon et cordes en la mineur BWV 1041, Concerto pour deux violons et cordes en ré mineur BWV 1043, Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 ; Johann Christian Bach (1735-1782) : Concerto pour alto en ut mineur. Nemanja Radulovic : violon, alto ; Orchestre Double Sens.

radulovicAprès une Clef Resmusica pour ses « Trilles du diable » et une récompense aux Victoires de la musique classique 2014 en tant que « soliste instrumental de l’année », nous retrouvons Nemanja Radulovic au Théâtre des Champs-Élysées, évènement programmé à l’occasion de la sortie de son nouvel album Bach. Un concert du violoniste franco-serbe est souvent une expérience unique. Cet électron libre de la musique classique nous l’a démontré encore ce soir avec fougue et exaltation.

Difficile de résumer cette soirée en quelques lignes tellement la proposition artistique de ce musicien est riche tout autant que singulière. Ce qui saute aux yeux et aux oreilles dès les premières mesures du Concerto pour violon et cordes en mi majeur BWV 1042, c’est son approche franche et assumée du mouvement. Les puristes pourront s’offusquer de cette présence scénique à coup de jetées de crinière et de gestes exacerbés similaires à une véritable rock star. Mais cette apparente exubérance est à la fois « authentique » et moderne, l’art baroque ne pouvant en son temps se passer du geste (bien éloigné de la retenue et de la contrainte bienséante du XIXe siècle) que chaque musicien de l’orchestre Double Sens et tout particulièrement le soliste Nemanja Radulovic retranscrivent par leurs accents, leurs appuis, leurs impulsions et à travers chaque phrasé. C’est dans la précision tout comme dans les détails que l’immense talent du soliste se perçoit. Alors que l’on pourrait être déboussolé, c’est avec un naturel surprenant que nous redécouvrons la musique de Bach par le biais notamment du Concerto pour violon et cordes en la mineur BWV 1041 où l’importance de la mélodie est évidente, les musiciens se concentrant sur les basses et les harmonies qu’elle suscite. Entre l’équilibre et la vitalité du premier mouvement, les triolets et les arabesques de l’Andante au violon solo dans une grande liberté de phrasé rarement entendue, et le rythme bondissant ainsi que la virtuosité des solistes à l’Allegro assai, c’est une musique lumineuse qui se déploie en toute certitude.

Dans le Concerto pour deux violons et cordes en ré mineur BWV 1043, c’est l’osmose implacable avec qui nous renverse. Même son, même dynamique, mêmes articulations, même précision, mêmes nuances : ce ne sont pas deux mais un seul violon qui joue avec autant d’inspiration, d’expression et de talent. Ils se connaissent depuis vingt ans… Ils ont eu le même professeur… Même si cela n’explique pas tout, le seul constat est une symbiose totale entre ces deux artistes.

Mais le fil conducteur de la soirée reste l’affranchissement des codes auquel la « Rising Star » s’emploie avec une belle efficacité, une surprenante simplicité et une grande intelligence. Rien n’est calculé, Nemanja Radulovic est simplement libre… Libre dans la manière d’aborder un compositeur sacralisé au fil des siècles que les prédispositions du violoniste font redevenir humain, moins austère, moins implacable. Libre également dans la manière de s’approprier le rituel d’un concert de musique classique. Preuve en est avec l’arrangement pour violon et cordes par le compositeur serbe de la célèbre Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 initialement composée pour orgue. Audacieux ? On peut effectivement trouver culotté l’accord arpégé de septième diminuée dans le Prestissimo (dissonance presque hérétique à l’époque), mais le Cantor de Leipzig était le premier à reprendre et à arranger ses propres thèmes. Dans la forme, Nemanja Radulovic peut paraître transgressif mais dans le fond, le violoniste s’inscrit pleinement dans une tradition encore trop méconnue de beaucoup.

Le protocole du concert classique s’effrite, les spectateurs enthousiastes applaudissent entre les mouvements malgré quelques « chuts » intempestifs. A la fin du concert ils expriment haut et fort leur plaisir dans une standing ovation méritée.

Photo : Nemanja Radulovic © Charlotte Abramow / DG

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 05-XI-2016. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour violon et cordes en mi majeur BWV 1042, Concerto pour violon et cordes en la mineur BWV 1041, Concerto pour deux violons et cordes en ré mineur BWV 1043, Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 ; Johann Christian Bach (1735-1782) : Concerto pour alto en ut mineur. Nemanja Radulovic : violon, alto ; Orchestre Double Sens.

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