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Balades en Bohême avec Daniel Barenboim et le Wiener Philharmoniker

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 20-XII-2016. Bedřich Smetana (1824-1884) : Ma Vlást, six poèmes symphoniques (Vyšehrad, Vltava, Šárka, Z českȳch luhů a hájů, Tábor, Blaník). Wiener Philharmoniker, direction : Daniel Barenboim.

daniel_barenboim_c-peter-adamikTrop souvent joués séparément, c’est pourtant au sein d’un cycle complet intitulé Má Vlast (Ma Patrie) que les six poèmes symphoniques du compositeur tchèque prennent tout leur sens. Face à des pupitres parfois défaillants malgré la réputation du Wiener Philharmoniker, l’approche de ne permet pas de retrouver les sonorités pré-impressionnistes et la subtilité de l’orchestration de cette merveilleuse musique.

Má Vlast est certainement le cycle fondateur de la musique symphonique tchèque du XIXe siècle. Cette fresque mythologique et historique de la nature, poétique et mystérieuse, infiniment dépaysante et nourrie de sentiment épique, est devenue emblématique de la fierté nationale. La renommée de Smetana est aujourd’hui indéniablement liée au succès de Vitava (La Moldau), deuxième poème symphonique de ce cycle. C’est pourtant sourd et entouré de nombreux ennemis (ses détracteurs l’accusaient à l’époque de copier Wagner et Offenbach) que celui-ci écrira cette œuvre.

Pour une première couleur mythologique, dès les premières notes du duo de harpes de Vyšehrad (La forteresse haute) caractérisant l’« Orphée tchèque » Lumír, l’on s’aperçoit que c’est toujours avec un plaisir évident que les spectateurs parisiens retrouvent le « maestro de la paix » qu’ils avaient quitté il n’y a pas si longtemps pour un autre cycle bien plus conséquent à la Philharmonie, et le Philharmonique de Vienne resté dans les mémoires après sa sublime prestation avec Jonas Kaufmann en juin dernier dans Le Chant de la Terre. Ce soir, la programmation est tout autant risquée mais l’impression n’est plus vraiment la même.

Les gestes du maestro se limitent en début de soirée à quelques intentions, faisant naître étonnamment une sonorité massive de l’orchestre. C’est dans La Moldau que nous comprenons que la transparence des cordes n’est définitivement pas le parti pris du chef d’orchestre. Alors que le thème ondulant aux flûtes accompagnées par les pizzicati des cordes est parfaitement exécuté, les « fées des eaux », le mystérieux chant du clair de lune puis les cascades des flûtes, sont pris dans un remous orchestral dénaturant le torrent enchanteur des « deux petites sources [qui] jaillissent à l’ombre de la forestière Šumava. »

L’enchaînement de Šárka, inspiré de la légendaire femme-soldat, et de Z českȳch luhů a hájů assoient cette approche mais révèlent également des pupitres de vents assez faibles à l’image du cor en ut avec qui le signal que Šárka donne aux femmes n’a ici rien de légendaire et où sa plainte dans l’expression simple de l’atmosphère de la campagne de Par les près et les bois de Bohème n’a rien de rêveuse. Le chant de la clarinette pour attirer le guerrier Ctirad est bien trop saccadé par des respirations mal placées pour être suffisamment séducteur. Le majestueux choral de Tábor plutôt lourd sous la baguette de , débouche sur le thème de Vyšehrad dans la dernière pièce Blaník, rendant ainsi évidente la cohésion du cycle entier de ces poèmes symphoniques. La proposition était pourtant belle ce soir au Théâtre des Champs-Élysées…

Photo : Daniel Barenboim © Peter Adamik

 

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