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La Passion selon Saint Jean, l’opéra de Bach

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Montauban. Temple des Carmes. 25-II-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean BWV 245. Julia Wischniewski, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo ; Sébastien Obrecht, ténor (Évangéliste et airs) ; Stephan Imboden, basse (Pilate et airs) ; Alain Buet, basse (Jésus) ; Chœur Archipel, atelier vocal des Éléments (dir. Joël Suhubiette) ; Maîtrise du conservatoire de Toulouse (dir. Marc Opstad) ; Les Passions-Orchestre Baroque de Montauban. Direction : Jean-Marc Andrieu.

Trio Évangéliste, Jésus, PilatePour inaugurer la 4e biennale Passions Baroques à Montauban, Jean-Marc Andrieu avait choisi La Passion selon Saint Jean de Bach avec des chœurs emblématiques de la région, histoire de mêler chanteurs amateurs et musiciens professionnels au service d’un chef-d’œuvre absolu et en mémoire d’Alix Bourbon, récemment disparue, qui fut capitale pour le développement du chant choral à Toulouse et en Midi-Pyrénées.

Ce concert montalbanais était repris le lendemain à la Halle aux grains de Toulouse où l’effectif choral était renforcé par deux autres chœurs, soit près de 400 choristes au total, puis à Albi et à Pamiers les jours suivants.

Il n’est plus besoin de présenter la Passion selon Saint Jean que Jean-Sébastien Bach composa pour son premier vendredi saint à Leipzig en 1724 à l’église Saint-Nicolas. Si elle présente des dimensions moindres que la monumentale Saint-Matthieu, elle n’en constitue pas pour autant la « petite » passion, d’autant plus que nous ignorons tout des trois autres passions qui ne nous sont pas parvenues. Dès son entrée en fonction, Bach s’affranchissait du restrictif cahier des charges imposé par les consuls de Leipzig. Plus violente par l’immédiateté du récit et surtout les interventions de la foule, cette première passion possède une intensité dramatique qui constitue en fait son grand opéra. Les chorals assurent certes la méditation du chrétien devant le drame qui se joue, mais par les turbae où la foule vocifère, le chœur devient un véritable personnage.

Face à un effectif choral de 90 chanteurs, plus imposant que ce que l’on suppose de ce que Bach devait disposer à Leipzig, Jean-Marc Andrieu a choisi d’étoffer l’orchestre avec 12 violons, 2 flûtes, 2 hautbois, un basson et un ample continuo formé d’un orgue positif, une viole de gambe, un violoncelle et une contrebasse. Il ne contredit en rien les intentions du compositeur car Bach révisa et modifia cet ouvrage tout au long de sa vie, jusqu’à en établir cinq versions, et la dernière de 1749 dispose d’un effectif instrumental plus important au niveau des cordes, avec un continuo renforcé d’un « bassono grosso ». La masse chorale n’alourdit en rien la partition car Jean-Marc Andrieu module subtilement l’effectif en fonction du caractère de chaque intervention, choral, chœur, turba. Il en renforce au contraire l’aspect dramatique.

Ruht vohl

 


Solistes de haute volée et ferveur du chœur

assure le rôle écrasant de l’Évangéliste, véritable colonne vertébrale de l’ouvrage, avec un grand sens de la déclamation et une diction parfaite. Son récit incarné est au plus proche de l’événement, alternant entre compassion et révolte, donnant vie aux larmes de Pierre. Les arias de ténor lui reviennent également, qu’il interprète selon une vive sensibilité. N’oublions pas qu’il inaugura ce beau rôle en ce même lieu, sous la direction de Jean-Marc Andrieu, à l’été 2011. De son timbre profond, incarne un Jésus tout de noblesse et de dignité, tandis que prête sa voix à Pilate et interprète les arias de basse, dont le prenant air avec chœur Mein Teuer Heiland, après la mort du Christ. magnifie les deux airs de soprano, dont le bouleversant air des larmes sur la mort du Christ Zerfiesse mein Herz. Et que dire du sommet dramatique de l’œuvre, à savoir l’air pour alto Es ist Vollbracht, introduit par la viole de gambe et délivré ici par le beau timbre profond de  ? Il s’agit sans doute du plus beau lamento de l’œuvre du cantor.

Comme dans la tragédie classique, l’émotion et la tension montent tout au long de l’ouvrage pour retomber apaisées avec le superbe et consolateur chœur Ruht Whol. L’ensemble choral est parfaitement en place avec un chœur Archipel conforme à sa réputation de grande précision. Mention spéciale à la maîtrise de Toulouse, dont l’excellent travail se confirme à chaque prestation. Son existence fut pourtant récemment menacée, poursuivie par le zèle vengeur d’une inspectrice de l’Éducation Nationale voulant supprimer les classes à horaires aménagés, qui manquaient selon elle de mixité sociale…

Aguerri à cette œuvre qu’il remet sur le métier depuis plusieurs années, Jean-Marc Andrieu la dirige sans partition afin d’avoir l’esprit libre et d’être attentif à chacun et à chaque détail. Avec sa précision et sa souplesse coutumières, il accompagne et galvanise le chœur, porte les solistes avec bienveillance et s’efface devant le récit de l’Évangéliste. De la très belle ouvrage.

Crédits photographiques © Alain Huc de Vaubert

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  • Michel LONCIN

     » … le zèle vengeur d’une inspectrice de l’Éducation Nationale voulant supprimer les classes à horaires aménagés, qui manquaient selon elle de mixité sociale » … Typique d’un fonctionnariat OBTU fondé sur des « critères » IMBECILES !!! Contrastant avec notre … « modernisme », les multiples conflits que Bach a eu avec les « consuls de Leipzig » (les autorités civiles et religieuses de la ville) ou des « collègues » jaloux paraissent avoir été de « douces plaisanteries » !!!

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