Spartacus à Munich, les Soviets côté muscles

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Munich. Nationaltheater. 8-IV-2017. Spartacus, ballet de Youri Grigorovitch d’après un livret de Nikolai Volkov. Chorégraphie : Youri Grigorovitch ; décors et costumes : Simon Virsaladze. Avec : Osiel Gouneo (Spartacus) ; Jonah Cook (Crassus) ; Ivy Amista (Phrygia) ; Ksenia Ryzhkova (Aegina). Ballet national de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Karen Durgaryan.

PB_01_Spartacus_Gouneo_c_Wilfried_Hoesl_9C2A6634_Kopie_Entre pesanteur idéologique et virtuosité vaine, Spartacus inaugure le mandat du nouveau directeur du Ballet de Bavière.

Indéboulonnable figure de proue du ballet soviétique de l’ère Brejnev, en a livré la quintessence idéologiquement pure avec son Spartacus, créé en 1968 au Bolchoï et toujours au répertoire de cette compagnie qui, on s’en souvient, l’a encore présenté au public parisien en 2008, avec en invité vedette. Près de 50 ans après la création, c’est ce ballet qu’ a choisi pour inaugurer son mandat à la tête du Ballet de Bavière. Aucune compagnie en Occident n’avait encore franchi le pas, mais il n’est pas sûr que cette première soit une bonne idée.

Bien sûr, les acrobaties vertigineuses qui tiennent lieu de chorégraphie ne peuvent qu’assurer à la pièce un succès immédiat et retentissant, a fortiori auprès d’un public que rien n’a préparé à ce style à part. Est-ce une raison suffisante pour la mettre au programme ? Il n’y a naturellement rien de mal à mettre en scène la lutte du peuple pour sa libération, et après tout la Bavière a elle aussi eu, pendant quelques semaines d’avril 1919, sa république soviétique. Mais que montre Grigorovitch ? Entre clichés sexistes et exaltation de la violence, il n’y a plus de place pour l’émotion, pas plus que pour les subtilités de la danse. Les femmes sont soit des victimes douloureuses (Phrygia), soit des intrigantes sensuelles (Aegina) : c’est toujours mieux que les hommes, qui n’ont pas d’autre choix que d’être des combattants à la testostérone en ébullition.

PB_001_Spartacus_J.Cook_c__W.Hoesl_LM0A0931Créé à une période où, dans toute l’Europe, des chorégraphes réinventaient le ballet narratif, Cranko à Stuttgart, MacMillan à Londres, bientôt Neumeier à Hambourg, Spartacus partage avec ce contexte européen une partie de ses caractéristiques chorégraphiques, le goût pour les portés acrobatiques par exemple, mais aussi une recherche d’expressivité passant directement par la danse plutôt que par la pantomime. La débauche de portés improbables est bien là dans Spartacus, mais Grigorovitch a bien moins que ses contemporains occidentaux le talent de faire passer la narration par la seule danse : jamais les personnages ne vivent, et le scénario reste lettre morte.

Difficile, dans ces conditions, de s’intéresser réellement à la distribution. Cubain comme Acosta, a toute la palette des compétences techniques de ce  rôle terrible, mais Acosta parvenait, malgré toutes les limites de la chorégraphie, à donner un peu d’émotion et d’empathie pour le révolté ; ce n’est pas le cas ici. Les deux faire-valoir féminins des deux héros, qui est à Munich depuis 2001 et venue avec Zelensky, font leur part sans plus trembler que marquer ; chez seul, qui avait fait au printemps dernier des prodiges en dansant Pina Bausch, il y a un peu plus de personnalité qui, malgré tout, parvient à percer les répétitives attitudes militaires que lui impose Grigorovitch (boucliers en pur plastique compris). Ce n’est pas suffisant pour justifier ce désagréable retour dans un passé aussi peu glorieux.

Photos : Wilfried Hösl.

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