bandeau RES MUSICA

Bach et Berio en ouverture du Festival de Saint-Denis

Concerts, Festivals, La Scène, Musique symphonique

Saint-Denis. Basilique. 30-V-2017. Festival de Saint-Denis. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Motets BWV 225 et 229 pour double chœur ; Motet BWV 227 pour chœur mixte. Luciano Berio (1925-2003) : Coro, pour quarante voix et orchestre. MusicAeterna Chorus ; Mahler Chamber Orchestra ; direction : Teodor Currentzis.

DSC_4608Le concert d’ouverture du Festival de Saint-Denis, qui débute également les festivités pour les cinquante ans de la manifestation, marquera d’une pierre blanche cette édition 2017. Deux œuvres rares sont à l’affiche, les motets de Bach et Coro de , qui sollicitent l’excellent chœur russe MusicAeterna, en aubes noires, et le , sous le geste exigeant du chef .

De toute la musique chorale de Bach, les motets a cappella, écrits par le Cantor à Leipzig pour des occasions particulières ou des funérailles, relèvent d’une écriture des plus élaborée, souvent à double chœur. Tel est le premier des trois motets interprétés ce soir, Singet dem Herrn ein neues Lied (Chantez au Seigneur un chant nouveau) BWV 225. Bach y déploie une musique jubilatoire jouant sur le procédé d’écho entre les deux groupes et l’effet sonore des sifflantes et autres phonèmes de la langue allemande, répercutés à la faveur de l’écriture en imitation aux différentes voix du double chœur. L’ensemble à cordes est là, aussi discret qu’efficace, au sein d’une écriture essentiellement chorale dont il ne fait qu’ourler délicatement, colla parte, les nervures principales. En résulte une polyphonie aérienne et merveilleusement équilibrée, dont les voix toujours flexibles et très articulées de MusicAeterna domptent l’acoustique généreuse des lieux.

À double chœur également et d’une polyphonie très élaborée dans sa première partie, Komm, Jesu, Komm (Viens, Jésus, viens) BWV 229 s’achève sur le magnifique choral harmonisé où convergent solennellement toutes les parties du chœur. Différemment, c’est par le choral que débute le troisième motet à cinq voix Jesu, meine Freude, BWV 227, d’une hiératique beauté dans l’interprétation de la phalange russe, avant les épisodes plus dramatiques des versets suivants et une écriture fuguée que le chœur ici rassemblé restitue dans une clarté idéale et une vitalité rafraîchissante. Les voix n’y sont jamais tendues et tissent leur contrepoint virtuose de manière aussi rayonnante que lumineuse.

DSC_4665Une œuvre-monde

Écrit dans les années 70 du siècle dernier, Coro de , œuvre-monde du compositeur italien, se veut « une anthologie des différentes manières de mettre un texte en musique ». D’où le titre générique de « Chœur » qui fait écho à ceux de Sinfonia, Opera, Récital… désignant autant de modes archétypaux d’expression sonore chez un compositeur épris d’universalité. Dans Coro, chaque chanteur (ils sont quarante au total) est assis à côté d’un musicien, matérialisant en quelque sorte cette recherche d’équivalence entre l’instrument et la voix qui a toujours intéressé Berio. Seuls le piano, à qui le compositeur réserve une partie virtuose, l’orgue électrique et les deux percussions sont autonomes, placés en fond de scène. Les textes sont chantés dans toutes les langues, y compris l’hébreu, et juxtaposent deux niveaux de langage : l’un populaire (indien, polynésien, péruvien, africain…) avec des chants anonymes d’amour et de travail qui privilégient le chant soliste ; l’autre, épique, emprunte à un poème de Pablo Neruda dont la phrase refrain, Venid a ver la sangre por las calles (Venez voir le sang dans les rues), fil rouge de la dramaturgie, déclenche périodiquement une immense clameur – les chanteurs se lèvent brusquement – ébranlant l’espace de résonance. Comme il aime à le faire, Berio travaille un matériau hétérogène, sculpte les masses sonores au sein des trente et une sections où mélodie, chanson, hétérophonie chorale, scansion rythmique renouvellent sans cesse l’expression, les couleurs et l’espace dans lequel s’immerge l’écoute. Avec cette même précision et rigueur de l’articulation, donne à ce foisonnement sonore tout à la fois sa puissance et ses contours ciselés. La qualité vocale est toujours exemplaire et l’engagement des chanteurs, souvent solistes, galvanisant, qui nous font partager, dans cet espace consacré, un beau moment d’humanité fervente.

Crédit photographique © Festival de Saint-Denis / Ch. Fillieule

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.