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Daniel Harding inconstant dans Mahler

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie 1, Grande salle Pierre Boulez. 22-II-2018. Jörg Widmann (né en 1973) : Concerto pour alto ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 9 en ré majeur. Antoine Tamestit, alto. Orchestre de Paris, direction : Daniel Harding

daniel_harding_odp_4julian_hargreaves et seront au centre de la tournée que l’ doit entreprendre dans les prochains jours. Le concert de ce soir prend valeur de test avant le départ.

Créé en 2015 par Paavo Järvi avec les mêmes interprètes, dans cette même salle, dédié à , le Concerto pour alto de est une œuvre surprenante relevant plus de la performance scénique que du concerto dans son acception classique. Hybride et audacieux, virtuose et lyrique, il utilise musicalement toutes les possibilités techniques de l’instrument (pizzicati, percussions, utilisation de l’archet) dans un contexte très théâtralisé faisant appel à la corporalité de l’interprète. Une œuvre assez difficile à appréhender lors d’une première écoute, qui semble s’adresser plus à la raison qu’au cœur. Elle débute par des percussions sur la caisse de l’alto avant d’établir un semblant de dialogue, parfois furieux, tendre, ou sarcastique, avec l’orchestre tout au long d’une déambulation de l’altiste, en six étapes, face aux différents pupitres. Éminemment visuel, véritable paysage sonore aux textures inédites, ce concerto surprend, déroute, puis finalement séduit par sa hardiesse, son humour et sa délicatesse dans le travail des timbres. sert avec brio l’imaginaire, l’expérimentation musicale et la théâtralité de l’oeuvre.

Plus classique dans sa conception la Symphonie n° 9 de prolonge le murmure final du Chant de la terre. Symphonie d’adieu à la vie, d’adieu à son œuvre, d’adieu à la symphonie, récapitulative du monde mahlérien, sa structure est atypique avec deux mouvements lents encadrant un mouvement de danse et un rondo burlesque. Les  deux mouvements lents sont très spiritualisés. Plus qu’un très romantique et prémonitoire sentiment d’une mort prochaine, il semble plutôt que Mahler ait pris conscience et accepté la désaffection d’Alma. L’adieu est ici plus métaphorique que réel, il s’agit d’une méditation sur le destin, en même temps que l’affirmation de la douleur de perdre à jamais l’être aimé. Le premier mouvement, Andante comodo, de structure très complexe, affirme un intense amour de la vie, le Scherzo sur des rythmes de danse évoque dans un cruel rictus la vie terrestre et sa futile agitation, le Rondo burlesque confirme l’absurdité du monde, enfin, le dernier mouvement, Adagio, tente de réaliser une impossible union du micro et du macrocosme, union de l’homme et de la nature, union de la matière et de l’esprit, harmonie définitive qui n’est atteinte qu’a la fin du Final dans l’acceptation, le silence et la paix. Qu’on l’interprète comme un message d’espérance, comme un adieu d’une douleur déchirante, ou encore comme une acceptation sereine du destin, cet Adagio s’impose comme un accomplissement suprême portant l’émotion à son comble.

On connaît les affinités ténues qui unissent depuis longtemps le chef britannique, élève de Rattle et d’Abbado, au compositeur autrichien, et on se souvient encore d’une mémorable Symphonie n° 5 donnée, ici, en novembre 2016, ou de la Symphonie n° 6 en septembre dernier, mais force est de reconnaître que, ce soir, la lecture de l’ultime symphonie complète de Mahler souffre quelques critiques, notamment dans les deux premiers mouvements. L’Andante initial manque de tension et d’émotion, semblant parfois un peu décousu, tout particulièrement dans les passages les plus lents où peine à maintenir la continuité de la ligne, lui conférant des allures funèbres hors de propos. Le Scherzo suivant manque également un peu d’allant, conduit de façon trop analytique et faisant peu de cas de la danse, tandis que le Rondo retrouve dynamisme et engagement avec une splendide petite harmonie et des cuivres rutilants. Poursuivant cette évolution favorable, l’Adagio final déploie, enfin, tout son potentiel d’évocation dans un phrasé tendu, habité, intériorisé, pathétique, ample et grave, qui laisse entrevoir dans les dernières mesures ces horizons bleutés où se fixe le regard dans un ultime adieu à la vie, pour nous arracher les larmes et nous inviter au « Silence ».

Si l’interprétation par de cette redoutable symphonie déçoit quelque peu, en particulier par la froideur (assez habituelle) de sa lecture et par son manque de cohérence globale (si cohérence il y a dans cette partition hors normes…), il convient toutefois de souligner la qualité des différents pupitres, à commencer par les cordes (notamment contrebasses, altos, violoncelles) sans oublier le superbe cor de Benoît de Barsony, le basson de Marc Trénel, la flûte de Vicens Prats, le cor anglais de Gildas Prado, la clarinette de Pascal Moragues et le violon solo de .

Crédit photographique : Daniel Harding © Julian Hardgreaves

 

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