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De Naples à Nancy, un Bal Masqué originel à l’Opéra

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 25-III-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, mélodrame en trois actes sur un livret d’Antonio Somma, d’après Gustave III ou Le bal masqué d’Eugène Scribe. Mise en scène : Waut Koeken. Décors et costumes : Luis F. Carvalho. Lumières : Nathalie Perrier. Chorégraphie : Jean-Philippe Guilois. Avec : Stefano Secco, Gustave III ; Rachele Stanisci, Amelia ; Giovanni Meoni, le Comte Anckarström ; Ewa Wolak, Madame Arvedson ; Hila Baggio, Oscar ; Philippe-Nicolas Martin, Christian (le Marin) ; Fabrizio Beggi, le Comte Ribbing ; Emanuele Cordaro, le Comte Horn ; Ill Ju Lee, le premier Juge ; Taesung Lee, un Serviteur. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Jacopo Facchini), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Rani Calderon

Un Bal masqué©C2Images pour Opéra national Lorraine (24bis) revient aux origines de la conception d’Un Bal Masqué de Verdi, avec une mise en scène théâtrale et spectaculaire, une distribution de qualité et une direction d’orchestre survitaminée.

De la Chauve-Souris à La Vie Parisienne, en passant par Barbe-Bleue d’Offenbach, le jeune metteur en scène a su séduire le public par sa finesse, sa mesure et son sens du spectacle, toujours impeccablement réglé. Pour aborder Un Ballo in Maschera de Verdi, d’un genre plus « sérieux », il a effectué un retour aux sources : celles de l’Histoire de la Suède comme celles de la genèse de l’œuvre. Rappelons que le livret initial d’Eugène Scribe pour l’opéra d’Auber Gustave III, dont se sont servis Verdi et son librettiste Antonio Somma, s’inspirait de l’assassinat du roi Gustave III de Suède en 1792 lors d’un bal masqué à l’Opéra de Stockholm. Verdi répondait à une commande du Teatro San Carlo de Naples, mais la censure napolitaine s’opposa à ce qu’un régicide soit montré sur la scène et imposa de nombreuses modifications qui défiguraient totalement le livret et l’ouvrage. Verdi eut beau proposer de déplacer l’action dans un obscur duché de Poméranie, rien n’y fit. Un Ballo in Maschera fut finalement créé au Teatro Apollo de Rome, où la censure se montra moins sourcilleuse, non sans que le cadre n’ait été de nouveau modifié pour cette fois Boston en Amérique du Nord.

L’Opéra national de Lorraine et Waut Koeken présentent une version conforme aux intentions initiales de Verdi, où les protagonistes historiques sont nettement identifiés. Puisque Gustave III était un despote éclairé, grand amateur d’art dramatique qu’il pratiquait lui-même, l’action se déroule dans l’univers du théâtre, sa scène rotative et ses coulisses, dont les ressorts et les ficelles sont clairement montrés. Puisqu’il fut assassiné en pleine salle de l’opéra, le bal masqué final et son meurtre trouvent place dans un splendide décor de Luis F. Carvalho qui reproduit en contre-plongée le San Carlo (qui refusa l’œuvre), ses loges et son plafond, décor qui déclenche au lever de rideau les applaudissements spontanés d’un public ravi. Quant aux costumes d’un goût parfait conçus aussi par Luis F. Carvalho, ils renvoient à l’époque de la création, pardessus-redingotes pour les messieurs et robes à faux-cul pour les dames. Dans cet univers à l’esthétique léchée, agrémenté par les chorégraphies de Jean-Philippe Guilois, Waut Koeken déroule une narration linéaire très respectueuse des didascalies, parfaitement naturelle et limpide dans ses péripéties mais assez peu fouillée dans l’approfondissement des caractères et de leur psychologie, en en faisant plus des archétypes de pur théâtre que des êtres de chair et de sang. Le personnage d’Oscar, devenu une sorte de bouffon du roi, bénéficie pourtant d’un traitement plus caractérisé.

Un Bal masqué©C2Images pour Opéra national Lorraine (9)

Du côté de la distribution, les satisfactions sont nombreuses. Après avoir incarné in loco Iago, Macbeth et Nabucco, confirme avec Renato (ici le Comte Anckarström) quel superbe baryton Verdi il est par la magnificence du timbre, la noblesse de la ligne et du legato, la splendeur et la facilité de l’aigu. Malgré un début en demi-teinte, avec une certaine tension dans l’aigu souvent pris par en-dessous, parvient à incarner un Gustave III stylé et de haut lignage, intense et émouvant dans ses renoncements et à l’heure de la mort. On s’avoue moins convaincu par , qui n’a pas tout à fait les moyens vocaux de la grande soprano verdienne qu’appelle le rôle d’Amelia. En dépit de louables efforts de demi-teintes et de mezza voce, qui lui assurent un « Morrò, ma prima in grazia » fort réussi, le timbre reste pauvre en harmoniques, manque de pulpe, et l’aigu est toujours conquis de haute lutte. impressionne en Ulrica / Arvedson, par la puissance de ses graves abyssaux comme de son aigu tonitruant, même si la soudure des deux registres reste perfectible. Virevoltante et espiègle, est parfaite en Oscar avec une vraie voix de soprano au suraigu aisé et à la puissance respectable, loin des rossignols pépiants trop souvent distribués dans ce rôle. Tout aussi remarquables, les Comtes Ribbing et Horn de et allient présence scénique et vocalité affirmée, tandis que apporte qualité et poésie au court rôle du marin.

Survolté par la battue énergique et dynamique de , l’ réalise une performance remarquable. Avec l’aide du Chœur de l’Opéra de Lorraine, formidable d’engagement et d’intensité, le chef d’origine israélienne assure une direction d’un constant dramatisme, très contrastée en termes de nuances ou de tempo, tout en veillant à la cohésion avec le plateau. Il rattrape ainsi très rapidement de menus décalages. Grâce à lui, les ensembles finaux des actes I ou III atteignent une plénitude et une force absolument enthousiasmantes.

Crédit photographique : (Gustave III),  (Amelia) / (le Comte Anckarström), (Oscar) © C2Images pour Opéra national Lorraine

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 25-III-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, mélodrame en trois actes sur un livret d’Antonio Somma, d’après Gustave III ou Le bal masqué d’Eugène Scribe. Mise en scène : Waut Koeken. Décors et costumes : Luis F. Carvalho. Lumières : Nathalie Perrier. Chorégraphie : Jean-Philippe Guilois. Avec : Stefano Secco, Gustave III ; Rachele Stanisci, Amelia ; Giovanni Meoni, le Comte Anckarström ; Ewa Wolak, Madame Arvedson ; Hila Baggio, Oscar ; Philippe-Nicolas Martin, Christian (le Marin) ; Fabrizio Beggi, le Comte Ribbing ; Emanuele Cordaro, le Comte Horn ; Ill Ju Lee, le premier Juge ; Taesung Lee, un Serviteur. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Jacopo Facchini), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Rani Calderon

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