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Les aléas de la météo pour Otello à Nancy

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 13-VI-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, opéra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito. Mise en scène : Jean-Claude Berutti. Décors et costumes : Rudy Sabounghi. Lumières : Laurent Castaingt. Vidéo : Leili Gueranfar. Avec : Philip Webb, Otello ; Hiromi Omura, Desdemona ; Giovanni Meoni, Iago ; Avi Klemberg, Cassio ; Igor Turcan, Roderigo ; Blandine Folio Peres, Emilia ; Riccardo Ferrari, Lodovico ; Erick Freulon, Montano ; Marco Gemini, un Héraut. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Chœur d’enfants du Conservatoire régional du Grand Nancy ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy ; direction musicale : Paolo Olmi

Non, vraiment, le métier de directeur d’opéra n’est pas de tout repos. Il faut savoir composer avec les conflits d’ego, les problèmes techniques, les caprices des stars du chant ou de la baguette… et les problèmes de santé. En raison du climat détestable de ce printemps finissant, l’Opéra national de Lorraine vient d’en faire les frais avec l’angine qui a terrassé, le matin même de la première, le ténor , qui devait y faire sa prise de rôle en Otello.

En quelques heures, impossible évidemment de trouver un remplaçant. a donc courageusement – et avec un brin d’inconscience – honoré son contrat mais à quel prix ! Seuls quelques aigus ont pu décemment sortir de ci de là mais le timbre entaché d’un enrouement permanent, les registres grave et medium éteints, l’incapacité à projeter le son ou à nuancer l’ont totalement empêché d’assumer la vocalité de ce rôle difficile et, bien entendu, de lui donner quelque épaisseur dramatique. Dès le second acte, il était contraint de marquer, de se réfugier dans le parlando voire de murmurer ses phrases. Dans ces conditions, on se gardera bien d’émettre le moindre jugement sur ses qualités ou défauts et, comme le public nancéen, on se contentera de le remercier chaleureusement pour avoir tenu à assurer la représentation. Cependant, il est permis de s’interroger sur l’intérêt de donner Otello sans interprète du rôle et s’il n’eût pas mieux valu annuler ou, à tout le moins, arrêter au premier entracte devant l’étendue des dégâts.

Toute la représentation en a été marquée par un sentiment diffus d’insécurité et de malaise, perturbant les autres artistes et le public. Pourtant, , dont la voix s’est notablement arrondie dans l’aigu, campe une bien belle Desdemona, un peu prudente encore mais touchante, avec de magnifiques sons filés et une réserve de puissance qui l’autorise à dominer l’ensemble final du troisième acte. Pourtant, est carrément superbe en Iago, baryton d’airain à l’émission très naturelle, au timbre riche, au legato parfait ; assis à l’avant-scène, il gratifie la salle d’un «Credo» idéalement glaçant. est très à l’aise en Cassio peroxydé, quoique toujours nasal et ouvert dans le haut de la tessiture, et Blandine Folio Peres est parfaite en Emilia très sonore.

Imperturbable, en dépit des difficultés de son interprète principal, retombe dans son péché mignon : asséner des tutti assourdissants (l’orage tonitruant d’ouverture par exemple) et des tempi erratiques. Mais pour la cohésion fosse-plateau, la subtilité, la poésie, on repassera. Les ensembles et les chœurs sont brouillons et l’introduction de l’»air du Saule» d’un désespérant prosaïsme. C’est probablement ce qui lui a valu quelques protestations aux saluts. Même l’, récemment si nuancé dans Pelléas et Mélisande ou si riche de texture dans La Ville morte, sonne pachydermique et monotone.

Les décors de placent l’action dans une sorte d’entrepôt en béton brut, bien peu esthétique et sans aucun signe de la richesse qu’on imagine pour une ambassade vénitienne. La chambre de Desdemona est même carrément piteuse, meublée de son seul lit carcéral de 90. Les autochtones sont vêtus de costumes folkloriques d’Europe centrale, les envahisseurs de la Sérénissime en costumes militaires de la première moitié du XXe siècle. Avec les maquillages et coiffures, on atteint même le grotesque ; Otello est passé au brou de noix et affublé d’une perruque frisée afro, Desdemona est une blonde platine fillasse et Iago évidemment roux, marque du Démon… Dans cette scénographie peu attrayante, Jean-Claude Berutti a réalisé une mise en scène très classique pour ne pas dire banale, sans véritable fil directeur ni originalité. Une mise en place efficace – quoique les scènes de foule et le maniement du chœur soient largement perfectibles – et deux réussites : l’avant-scène en forme de proue qui permet de rapprocher les chanteurs du public et assure leur impact sonore et une vidéo très évocatrice de mer déchaînée (par Leili Gueranfar), visible par les fenêtres au lever de rideau.

Pour l’anecdote, le feu ayant refusé de s’allumer, on se demande pourquoi le chœur s’est rassemblé autour d’une fosse vide pour chanter «Fuoco di gioia». Il est décidément des jours où rien ne va !

Crédit photographique : (Desdemona) & Philip Webb (Otello) © Opéra national de Lorraine

 

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 13-VI-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, opéra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito. Mise en scène : Jean-Claude Berutti. Décors et costumes : Rudy Sabounghi. Lumières : Laurent Castaingt. Vidéo : Leili Gueranfar. Avec : Philip Webb, Otello ; Hiromi Omura, Desdemona ; Giovanni Meoni, Iago ; Avi Klemberg, Cassio ; Igor Turcan, Roderigo ; Blandine Folio Peres, Emilia ; Riccardo Ferrari, Lodovico ; Erick Freulon, Montano ; Marco Gemini, un Héraut. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Chœur d’enfants du Conservatoire régional du Grand Nancy ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy ; direction musicale : Paolo Olmi

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