Nabucco à Nancy sauvé par Abigaille

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 25-XI-2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Nabucco, opéra en quatre parties sur un livret de Temistocle Solera. Mise en scène : John Fulljames. Décors : Dick Bird. Costumes : Christina Cunningham. Lumières : Lee Curran. Chorégraphie : Maxine Braham. Avec : Giovanni Meoni, Nabucco ; Raffaella Angeletti, Abigaille ; Alessandro Liberatore, Ismaele ; Alexander Vinogradov, Zaccaria ; Diana Axentii, Fenena ; Kakhaber Shavidze, le Grand Prêtre de Baal ; Tadeusz Szczeblewski, Abdallo ; Elena Le Fur, Anna ; Yves Breton, l’Homme. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (Chef de chœur : Nathalie Marmeuse), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Rani Calderon.

Malgré deux défections successives pour le rôle phare d’Abigaille, Nancy présente un Nabucco accompli… du moins vocalement.

Nabucco@Opéra national de Lorraine (7bis)Décidément, l’Opéra national de Lorraine joue de malchance avec Verdi. On se souvient encore d’un Otello fortement handicapé par l’angine de son ténor. Cette fois, c’est pour la distribution du rôle essentiel d’Abigaille dans Nabucco que les difficultés se sont présentées. Initialement prévue mais souffrante, s’est vue dans un premier temps remplacée par . Las ! Une violente allergie contraint cette dernière à renoncer à 24 heures seulement de la première et au moins pour deux des cinq représentations prévues… Coup de chance mais aussi qualité d’un carnet d’adresses bien fourni et de relations patiemment liées, une autre chanteuse possède le rôle et est disponible : ce sera donc .

La soprano italienne a beau être une habituée des rôles lourds (Lady Macbeth, Turandot, Santuzza) et avoir interprété plusieurs fois Abigaille, notamment sous la direction de à Tokyo, la tâche n’a pas dû être facile de rejoindre dans l’urgence une équipe déjà constituée et de trouver ses marques scéniques en si peu de temps. Et pourtant ! Passée une prudence bien compréhensible en tout début de spectacle, investit ce rôle vocalement crucifiant, où la Strepponi laissa d’ailleurs sa voix, avec un aplomb, une sûreté et une intensité proprement admirables. Sa voix longue et puissante, sa technique éprouvée, sa large palette expressive assurent avec une même réussite la violence des sauts de registre du récitatif «Ben io t’invenni» que la rêveuse intériorité de l’aria «Anch’io dischiuso» ou que les fioritures de la cabalette qui suivent. Chapeau, l’artiste !

Si Abigaille parvient, comme il se doit, à être le centre d’intérêt de la soirée, le reste de la distribution offre d’autres satisfactions. Après Iago et Macbeth, nous gratifie avec le rôle de Nabucco d’une nouvelle incarnation verdienne. La voix est toujours aussi somptueuse de timbre, d’onctuosité et de legato mais l’incarnation scénique est plus placide et moins affirmée, en grande partie à cause de la mise en scène, nous y reviendrons. incarne un Zaccaria inhabituellement jeune d’allure mais vocalement très solide, au timbre de basse chaud et enveloppant, aux graves profonds et sonores et à la projection impeccable. La primauté donnée au son sur le texte, sa tendance à escamoter les consonnes le gênent toutefois pour donner sa pleine ampleur et sa totale crédibilité à ce rôle de patriarche incantatoire. Moins favorisés par la partition, dépourvus de grand air pour y briller, la Fenena mordorée de et l’Ismaele clair et assuré d’ tiennent parfaitement leur rang.

Nabucco@Opéra national de Lorraine (9bis)

Tout comme Verdi affirme-t-il, le metteur en scène concentre son attention sur le sort des Juifs exilés à Babylone. L’intégralité de l’action prend donc place dans une synagogue minutieusement reconstituée par le décorateur Dick Bird. Le seul fil directeur est une troupe d’enfants, alternativement progéniture et devenir du peuple juif ou caryatides masquées d’or des palais de Nabuchodonosor. Mais la volonté de traiter l’oeuvre comme un drame sacré, oratorio ou mystère religieux, aboutit à un spectacle sans nerf, sans rythme, sans vie et où l’ennui guette. Les éclairages de ont beau tenter vainement de varier les perspectives, la modestie de la direction d’acteurs et l’indigence du maniement des masse chorales n’offrent ni éclaircissement de l’intrigue, ni approfondissement des psychologies. Où sont passés la grandeur, le caractère épique, l’élan qui font l’intérêt de l’ouvrage ?

La direction de n’est hélas ici d’aucun secours. Propre, nette, à la rythmique bien marquée, parfaitement suivie par l’ – bref très professionnelle–, elle est surtout très sage, trop sage pour insuffler l’énergie et la démesure que la scène refuse. Pas sûr non plus que le choix de renier le passé belcantiste en omettant systématiquement les reprises ornées des cabalettes, où les chanteurs pouvaient pourtant approfondir leur caractérisation et varier leur expression, ait été judicieux. Un symptôme éloquent de l’inanité de cette mise en scène : bien que parfaitement assumé par le , renforcé par le , le célèbre «Va pensiero», qui avait pourtant fait se soulever les spectateurs de La Scala à l’époque du Risorgimento, tombe ce soir totalement à plat et ne déclanche aucune réaction du public.

Crédit photographique : © Opéra national de Lorraine

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