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Au TCE, Salonen et le Philharmonia chaotiques dans Mahler

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 17-IV-2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 2 en ré majeur op. 36 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 1 en ré majeur dite « Titan ». Philharmonia Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen

Esa-Pekka SalonenA défaut d’originalité dans son programme, associant la Symphonie n° 2 de Beethoven et la Symphonie n° 1 de Mahler, ce concert du , dirigé par son directeur musical, , surprend par l’intensité de son interprétation, à la fois fougueuse, sèche, et quelque peu iconoclaste.

La Symphonie n° 2 de Beethoven marque indiscutablement un tournant dans le corpus symphonique du compositeur viennois, dernier regard vers Haydn et Mozart avant de se tourner vers de nouveaux horizons qui marqueront à tout jamais l’histoire de la musique, dont Mahler saura se souvenir. Le chef finlandais, comme précédemment lors d’une « Héroïque » d’anthologie en septembre 2016, embrase la salle de l’avenue Montaigne, par sa lecture fougueuse et survitaminée, caractérisée par sa clarté, son allant, son dynamisme dans les relances, son phrasé acéré, sa scansion rythmique très marquée (magnifiques timbales) et la netteté de la mise en place.

Après un premier mouvement tout en contraste alternant tutti fortissimo et sonorité délicate des bois, le Larghetto, sous-tendu par un quatuor et des vents d’une infinie douceur, semble plus méditatif que cantabile, laissant sourdre une indicible nostalgie comme une vague réminiscence du testament d’Heiligenstadt (1802). Le Scherzo, par sa gaité ouvre la voie à un Final très théâtral où se conjuguent toutes les performances solistes de haute volée (petite harmonie et cordes graves) avant une coda haletante et jubilatoire.

Si cette lecture de la Symphonie n° 2 de Beethoven remporte tous les suffrages, l’interprétation de la Symphonie n° 1 de Mahler appelle, quant à elle, quelques réserves. Non dans sa réalisation instrumentale, totalement convaincante de bout en bout, confirmant l’excellence de la phalange londonienne, tous pupitres confondus, mais plutôt dans la vision que nous en donne, ce soir, le chef d’orchestre. Une vision un peu iconoclaste dans laquelle souligne le trait à l’excès en majorant les nuances et les effets sonores, ce qui nuit à la continuité du discours, notamment dans les deux premiers mouvements.

Premier maillon d’un corpus symphonique ambitieux qui ne peut s’appréhender que dans sa globalité, et dont le but est la construction d’un nouveau monde à partir du chaos, cette symphonie comme les trois suivantes illustre la continuité si caractéristique chez Mahler du lied et de la symphonie. Elle s’inspire en particulier des « Lieder eines fahrenden Gesellen ». L’introduction s’ouvre sur les fameux « La » harmoniques évoquant le commencement du monde. Mené sur un tempo trop lent et des nuances trop marquées, ce mouvement tout empli de mystère et d’attente perd, ici, beaucoup de sa tension malgré un crescendo orchestral parfaitement mené. Le deuxième mouvement, construit sur un rythme de danse, répétitif, acharné, sciemment vulgaire, souffre dans cette interprétation d’un phrasé exagérément chaotique et décousu qui lui retire, hélas une fois encore, beaucoup de sa puissance. Le troisième mouvement est une marche funèbre où les animaux suivent l’enterrement du chasseur ! Angoissant et burlesque, emblématique de l’univers mahlérien où se côtoient ironie et tendresse, il s’ouvre sur le célèbre « Frère Jacques » joué par la contrebasse solo. Esa-Pekka Salonen, avec justesse et beaucoup d’à propos, en accentue le caractère parodique et les accents klezmer, semblant rappeler les origines du compositeur, sans toutefois négliger la clarté du discours et la mise en lumière des contrechants. Le quatrième mouvement, en débutant par un accord orchestral cataclysmique, s’élève comme un cri, péremptoire et dramatique où se mêlent la rutilance des fanfares cuivrées, la désolation des cordes et les larmes des trombones, avant la conclusion triomphale et lumineuse, jouée par les cuivres debout.

Un magnifique orchestre pour une interprétation mahlérienne au phrasé souvent chaotique, préférant le trait à la couleur…

Crédit photographique : Esa-pekka Salonen © Clive Barda

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 17-IV-2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 2 en ré majeur op. 36 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 1 en ré majeur dite « Titan ». Philharmonia Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen

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