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De Liszt à Mahler avec le prometteur Edwin Fardini

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre de l’Athénée. 14-V-2018. Franz Liszt (1811-1886) : Lieder S314, S272, S289, S309, S306. Guy Ropartz (1864-1955) : Quatre poèmes d’après l’Intermezzo de Heinrich Heine. Johannes Brahms (1833-1897) : 2 Gesänge op. 91. Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder. Edwin Fardini, baryton basse ; Tanguy de Williencourt, piano ; Adrien La Marca, alto

Fardini

Le baryton exprime son jeune talent dans un répertoire exigeant, avec une grande lisibilité que partage le piano de . Avec son beau visage expressif mis en valeur par la lumière cuivrée de l’Athénée, le jeune baryton, encore élève en chant au CNSMD de Paris, mais qui a déjà été admiré notamment dans des Lieder et mélodies, réussit à toucher le public lors de cette soirée consacrée à un répertoire d’une grande densité musicale.

montre beaucoup d’aisance et de sens de l’interprétation, son excellente diction privilégiant une approche très lisible de chacune des œuvres, impression renforcée par le jeu précis et argumenté de , comme pour accompagner l’auditeur dans la structure musicale, plutôt que d’y rechercher les brumes romantiques ou les effets de virtuosité. La voix est riche et son timbre homogène bien adapté à des Lieder à la ligne mélodique souvent complexe. On entend parfois des reflets métalliques dans les forte, effet acoustique d’une salle au volume relativement modeste, et à l’occasion un vibrato un peu accentué, mais qui ne nuit pas à l’expression.

Particulièrement convaincants dans des Lieder de Liszt choisis parmi les plus beaux, les deux jeunes interprètes nous proposent en introduction Es muss ein Wunderbares sein, avec ses si belles harmonies, interprété avec une douceur touchante. Vergiftet sind meine Lieder, si passionné, comme un moment d’opéra, révèle le potentiel du chanteur et évidemment du pianiste. Le célèbre poème de Goethe, Über allen Gipfeln ist Ruh, nous berce de son romantisme nocturne, avec de beaux pianissimi.

Les quatre poèmes d’après Heine, mis en musique par en 1899, sont à découvrir. Une intéressante introduction pianistique, où se rejoignent influences romantiques et impressionnistes, conduit à une barcarolle. Puis le chant plonge soudain dans le charme de la mélodie française, que rend sensible la diction d’Edwin Fardini. Le cycle se déploie dans différents caractères, passant d’une subtilité presque précieuse à une prière dramatique, pour laquelle les deux interprètes réussissent à éviter l’excès de grandiloquence.

Le jeune et brillant altiste les rejoint pour les Zwei Gesänge de Brahms. L’alto s’enroule autour de la voix dans un dialogue insistant, au-delà de la suavité de ses thèmes.

Les Kindertotenlieder de Mahler, dont le caractère si poignant est aiguisé par le jeu subtil des timbres chambriste, quand l’œuvre est donnée dans sa version orchestrale, résonnent ici comme du Bach quand commence le piano, que Tanguy de Williencourt traite avec une belle sobriété, sans chercher à imiter les instruments. Cette approche, en harmonie avec la voix, accentue la modernité de l’œuvre. Retenant moins son corps et ses mains, Edwin Fardini s’engage dans son interprétation, peut-être par moments trop explicite ou vocalement trop extériorisée et lumineuse, mais sans chercher la séduction et en nous donnant d’émouvants moments lyriques ou pathétiques.

Crédit photographique : © Jeunes Talents 

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