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À Hambourg, Nagano et Pletnev donnent l’exclusivité à Schumann

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Hambourg. Elbphilharmonie. 14-V-2018. Robert Schumann (1810-1856) : Konzertstück pour quatre cors et grand orchestre, op. 86 ; Concerto pour piano en la mineur, op. 54 ; Symphonie n° 3 en mi bémol majeur, op.97 « Rhénane ». Mikhail Pletnev, piano ; Pascal Deuber, Isaak Seidenberg, Ralph Ficker, Jonathan Wegloop, cor. Orchestre philharmonique de Hambourg, direction, Kent Nagano.

kent nagano broedeC’est un programme entièrement articulé autour de que et son nous ont présenté ce soir. Un programme ludique mettant en valeur les cornistes de la maison dans la célèbre Konzertstück pour quatre cors, ainsi que des tubes comme le Concerto pour piano et la non moins célèbre Symphonie n° 3 en seconde partie de soirée.

Contemporaine du Concerto pour piano, la Konzertstück composée en 1849 est une pièce terriblement exigeante, pour un quatuor de cors qui a intérêt à ne pas avoir froid aux yeux… Les cornistes de l’orchestre de Hambourg s’affirment dès les premières mesures comme étant en pleine maîtrise de cette œuvre sollicitant le registre le plus large de l’instrument, ainsi qu’une virtuosité flamboyante. Hormis l’une ou l’autre (rare) attaque hasardeuse dans le registre aigu, la prestation s’avère de haut vol, et on soulignera la qualité d’ensemble de ce quatuor dans lequel les voix sont particulièrement bien étagées. offre un bel écrin orchestral à ses solistes, apte à souligner leur vigueur dans le premier mouvement, tout comme à les laisser chanter dans le mouvement central. À l’issue de leur prestation, les quatre cornistes interprètent en guise de bis une pièce de Mendelssohn.

D’abord connu comme chef d’orchestre, se produit également comme pianiste, et c’est en cette qualité qu’il rejoint l’orchestre pour présenter le (son) concerto de . D’entrée de jeu, on comprend que la prestation de Pletnev ne laissera personne indifférent. Le travail de Pletnev est tout sauf consensuel, et suscitera soit l’enthousiasme, soit le rejet. Il est en effet difficile de rester nuancé face à une performance aussi iconoclaste d’un pilier du répertoire. Lorsqu’il énonce le thème de l’Allegro affettuoso, Pletnev pose chaque accord de façon appuyée, presque maniérée. Il instaure de longs silences entre ses embryons de phrases musicales. Lorsqu’il joue seul, il laisse également fluctuer le tempo à un point tel qu’on imaginerait qu’il interprète une cadence… Ces libertés ne s’octroient malheureusement pas sans dommages collatéraux. Sous les doigts de Pletnev, la musique apparaît déstructurée, et on ne peut que constater que l’orchestre peine à échanger avec le soliste. Il est normal qu’un interprète s’approprie une œuvre pour en dévoiler une approche originale, mais lorsque Schumann sonne comme Gershwin, on peut se demander si l’artiste ne va pas trop loin et ne quitte pas à tort les rails de la partition. L’Allegro vivace final est le mouvement qui s’accommode le mieux du jeu de Pletnev, lorsqu’il trouve une énergie commune avec l’orchestre. En bis, le pianiste a choisi de s’inscrire dans la thématique du programme du concert, et propose donc une œuvre de Schumann. Dans l’Arabeske en do majeur, Pletnev se révèle bien plus convaincant. Il apparaît subtil et poète dans ces pages à travers lesquelles il fait montre d’un toucher d’une grande finesse. Il est tout de même curieux qu’on retienne d’un interprète son bis plutôt que son programme de concert ; mais après tout, n’est pas un pianiste comme les autres, riche également de son bagage de chef d’orchestre.

Après la pause, on retrouve Kent Nagano, seul face à son orchestre pour une Symphonie n° 3 de très bonne facture. Elle révèle la puissance et la consistance d’un excellent pupitre de cordes aux graves solidement ancrés. Les bois ne se montrent pas toujours à la hauteur de cette masse, et apparaissent souvent en retrait. On décèle également un léger déséquilibre dans le couple flûte-hautbois qui, dans leurs interventions communes, affirment systématiquement une flûte dominante et un hautbois effacé. Les cuivres forment un ensemble cohérent, dans lequel on salue surtout les attaques propres et nettes des trompettistes. Le premier mouvement n’était sans doute pas le plus habité qu’on ait pu entendre, mais Nagano a su retenir notre attention dès le second mouvement d’une très grande majesté. Le choral de cuivres au quatrième mouvement Feierlich apparaît également particulièrement réussi. Enfin, l’ultime mouvement emporte notre enthousiasme par son pétillant, et la tension finement entretenue par Nagano au fil des mesures. Les applaudissements du public hambourgeois, à la hauteur de la qualité du travail du chef et de ses musiciens, ont été particulièrement nourris en fin de concert.

Crédit photographique : © Felix Broede

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