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Festival Haendel à Halle et Festival Bach à Leipzig, authenticités baroques

img-2371-jpgÀ l’est de l’Allemagne, à moins de quarante kilomètres l’une de l’autre, les villes de Halle et Leipzig proposent chaque année à la fin du mois de mai jusqu’à la mi-juin, deux festivals baroques à la gloire de deux compositeurs, figures emblématiques locales : et .

À Halle, ville natale de Haendel, et à Leipzig, dernière ville où vécut Bach, le Händel-Festspiele et le Bachfest offrent vingt-cinq jours de musique dans des lieux chargés d’histoire pour les férus de la musique allant du XVIIe au milieu du XVIIIe siècle.

Et pourtant, même si ces deux musiciens sont les deux géants allemands de l’ère baroque, chacun a un parcours bien distinct de l’autre : le premier est fils de commerçant alors que le second est issu d’une longue lignée de musiciens comme c’était souvent le cas pour les artistes de l’époque. Le premier né à Halle est devenu un compositeur cosmopolite qui voyagea dans toute l’Europe pour se fixer ensuite à Londres alors que le second n’a presque pas quitté sa Thuringe natale puis la Saxe voisine durant toute sa carrière. Mais le plus intéressant, c’est que l’essence de ces deux festivals, la musique, oriente vers un art démonstratif et séducteur pour Haendel qui avait véritablement le goût du spectacle, à l’opposé de l’intériorité de Bach tournée plutôt vers le culte et la dévotion.

À Halle-sur-Saale, Haendel toute l’année

De 1685 à 1702, les habitants de Halle ont vu grandir le jeune Haendel qui débuta l’étude de l’orgue, du clavecin et de la composition avec l’organiste de la Liebfrauenkirche (l’église Notre-Dame de Halle), Friedrich Wilhelm Zachow, malgré les recommandations de son père pour s’orienter vers une carrière de juriste. Cette formation musicale lui permit d’obtenir la fonction d’organiste de la cathédrale calviniste de la ville en 1702, poste qu’il quitta un an après pour partir à Lübeck avec le célèbre compositeur , ville où il croisera la route de .

Même si peu d’informations sur la jeunesse de Haendel nous sont aujourd’hui parvenues, la ville natale du compositeur n’a pas oublié l’enfant du pays. Au milieu de la Marktplatz, la place du marché au centre de la ville, trône fièrement une statue érigée à l’effigie du musicien voyageur qui attire quotidiennement des musiciens de tous bords souhaitant honorer sa mémoire.

Eroeffnung-Haendel-FestspieleSa maison natale, la Händel-Haus, entièrement rénovée en 2009, abrite toute l’année le musée de la musique et propose sur une surface de plus de 550 m², une exposition permanente intitulée « Haendel l’Européen ».

À Halle-sur-Saale, Haendel se joue toute l’année, et le festival de printemps monté en 1952 reste un moment musical important en Allemagne comme à l’international : dix-sept jours de musique de fin mai à début juin pour une centaine d’événements artistiques programmés, dont plusieurs productions scéniques d’opéras, d’oratorios et de ballets. Cette année, avec la nouvelle production de Berenice, Regina d’Egitto, le festival pourra se vanter d’avoir présenté les quarante-deux œuvres lyriques du catalogue du compositeur. Depuis 2009, le musicologue et dramaturge Clemens Birnbaum, directeur artistique du festival, met en œuvre une programmation éclectique et audacieuse qui mêle la musique baroque aux musiques du monde, mais aussi au rock, au jazz ou à l’électro pour d’étranges combinaisons ne dénaturant pourtant pas l’authenticité des interprétations historiques, à l’image du traditionnel concert de clôture, « Bridges to Classic », organisé dans le cadre naturel grandiose de la gorge de Galgenberg.

Il serait dommage de passer à côté du Théâtre Goethe situé à trente minutes en voiture de là. Dans la station thermale bucolique de Bad Lauchstädt, le petit théâtre de campagne est le seul fidèlement conservé de l’ère Goethe. Lieu estival (d’avril à octobre) de théâtre, d’opéra et de concert, l’auditorium de couleur blanc, ocre et rouge pompéien offre une atmosphère intimiste (pas plus de 200 places) et une excellente acoustique.

Un printemps à Leipzig où toutes les routes mènent à Bach

Les premiers jours du festival Bach à Leipzig se chevauchent avec les derniers concerts à Halle, permettant ainsi aux festivaliers de profiter des deux programmations baroques de ces artistes contemporains l’un de l’autre, qui ne se sont pourtant jamais rencontrés. Là encore, on trouve une centaine d’événements musicaux sur une dizaine de jours autour d’une thématique différente chaque année. Leipzig ne se limite d’ailleurs pas à ce seul festival. La ville est considérée comme l’un des plus grands centres musicaux européens en ayant vu naître en son sein le chœur de garçons de l’église Saint-Thomas, le Thomanerchor, de renommée mondiale après plus de huit cents ans d’existence, le fameux orchestre symphonique du Gewandhaus, l’une des plus illustres formations européennes, et enfin, la fondation des archives Bach.

Le Bachfest, c’est d’abord venir écouter les œuvres de Bach sur leur lieu de représentation d’origine, l’église Saint-Thomas où Bach fut Cantor pendant vingt-sept ans restant naturellement la plus emblématique. Depuis la première édition du festival en 1904, la tradition d’ouvrir les festivités par un concert dirigé par le Thomaskantor en exercice, et de clôturer la manifestation par la Messe en si mineur à l’église Saint-Thomas qui abrite le tombeau du compositeur, est respectée. De nombreux concerts sont également proposés dans l’église Saint-Nicolas, la Nikolaikirche, lieu où ont résonné pour la première fois un bon nombre de ses cantates et de ses oratorios ainsi que la Passion selon Saint-Jean à l’occasion du Vendredi Saint de 1724, durant la première année de Bach dans le rôle de cantor de l’église Saint-Thomas de Leipzig.

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Mais le Bachfest, c’est aussi la visite de la ville de Mühlhausen où Bach fut organiste dans plusieurs églises entre 1707 et 1708 et y écrivit sa première cantate. Quelques kilomètres plus loin se trouve Arnstadt où le jeune Bach décrocha son premier emploi d’organiste. Dans la Neue Kirche (aujourd’hui Bachkirche), l’orgue est une réplique de celui que Bach a joué et dont la console est encore visible au musée de la ville. Et c’est dans l’église de Dornheim, toute proche, que se déroula le mariage de Bach en 1707 avec sa cousine Maria Barbara Bach. Enfin, pendant plus de cent trente ans, les orgues de l’église d’Eisenach ont résonné grâce au talent de quatre générations d’organistes de la famille du célèbre compositeur.

Créé en 1907, en face de l’église Saint-Thomas, le musée Bach de Leipzig est d’ailleurs le premier musée au monde consacré à . La ville est également dotée depuis 1997 d’un musée dédié à Mendelssohn, où, dans un appartement de style Biedermeier tardif, meubles originaux, lettres et partitions autographes, éditions originales de quelques œuvres, aquarelles et portraits se côtoient pour retracer la vie de l’un des plus fervents défenseurs de Bach. Ces deux visites peuvent se compléter par celle du musée d’ethnologie Grassi qui dispose d’une belle collection d’instruments de musique.

Le festival Bach sait toutefois se renouveler au fur et à mesure de ses éditions : la nouveauté annoncée pour la prochaine édition est la programmation foisonnante d’une sélection des cantates de Bach le temps d’un week-end (soit cinq concerts qui s’enchaînent le samedi et six concerts le dimanche), à l’initiative de son actuel directeur artistique, Sir lui-même, alors que l’œuvre de Mendelssohn sera aussi proposée aux festivaliers.

Crédits photographiques : Graffiti à la gare de Halle pour accueillir les visiteurs © Günter Bauer ; Concert de clôture du Händel-Festspiele © Silvio Kison ; Concert au centre-ville de Halle en 2016 © Thomas Ziegler ; Bachfest, concert à l’église Saint-Thomas © Gert Mothes

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