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Le Bruckner érudit et trop sage de Gerd Schaller

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 3 « Wagner » (version de 1890, édition Rättig/Schalk). Philharmonie Festiva ; direction : Gerd Schaller. 1 CD Profil Hänssler. Enregistrement réalisé à Ebrach le 23 septembre 2017. Durée : 57:24

 

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Passionné par la musique d’, le chef en grave non seulement les onze symphonies, mais en propose des versions alternatives, comme c’est le cas de la Symphonie n° 3, proposée ici dans son ultime mouture de 1890. Encore faut-il que cette incontestable érudition soit capable de transmettre un vrai souffle wagnérien.

La Symphonie n° 3 de Bruckner est un cas unique dans l’histoire de la musique ; comme elle n’a jamais vraiment trouvé sa forme définitive, il en existe un nombre important de versions différentes, mais toutes authentiques, ce qui reflète le mode de composition très particulier de Bruckner, avec ses nombreux repentirs. La première rédaction de 1873 fut offerte en dédicace à Wagner, qui l’accepta à condition qu’elle soit expurgée des citations de ses opéras que Bruckner y avait placées. Elle connaît actuellement un regain de faveur des chefs d’orchestre. Une première vague de retouches fut effectuée dès 1874 ; le musicologue américain a publié cette version que seul Gerd Schaller a pour l’instant enregistrée (3 CD Profil, 2012). Le mouvement lent fut réécrit à son tour en 1876. Puis une nouvelle refonte générale eut lieu en 1877, donnant naissance à la partition que les amateurs de Bruckner considèrent en général comme la plus satisfaisante. Enfin, après le refus du chef Hermann Levi de diriger la Symphonie n° 8, Bruckner entreprit une ultime révision donnant naissance à la version de 1890. Nous possédons ainsi cinq rédactions différentes (quoique toutes de la main de Bruckner) du mouvement lent ! Comme si tout ceci n’était pas assez compliqué, l’édition de cette dernière mouture subit à son tour les retouches de Franz Schalk, disciple zélé et maladroit de Bruckner (enfin, pour être exhaustif, précisons que le chef Jan Peter Marthé a réalisé sa propre édition, qui prétend agréger toutes les versions successives en une improbable synthèse).

C’est cette ultime édition que a choisi d’exécuter au festival d’Ebrach et d’enregistrer lors du concert qui a donné naissance à ce disque. Elle ne diffère en fait de l’habituelle édition Nowak de 1890 que par quelques détails d’orchestration (notamment des ponctuations de timbales), Bruckner ayant en revanche refusé des variantes de la main de Schalk (dont on trouve un exemple sur le site abruckner.com). Musicalement, elle ne présente qu’un intérêt assez limité quand on connaît la version définitive authentique. Mais ce qui rend surtout ce disque plutôt décevant, c’est l’interprétation de , chef passionné de Bruckner au point d’enregistrer plusieurs versions des mêmes symphonies (la n° 4 et la n° 9 déjà, avant cette n° 3) mais qui manque du souffle, de l’élan, de la grandeur qu’appelle cette musique.

La même partition a été enregistrée, à une époque où les chefs étaient moins sourcilleux sur l’authenticité des partitions, par Knappertsbusch (Testament), Schuricht et Szell avec la philharmonie de Vienne tout comme Sanderling avec le Gewandhaus de Leipzig (Edel). Rien de commun entre ces conceptions colossales, qui soulèvent l’auditeur de son siège, et cette lecture sans grand relief, peu aidée de surcroît par un orchestre de circonstance assez inégal et manquant d’homogénéité, surtout comparé à la pâte sonore de Vienne ou Leipzig. Tant qu’à accepter cette partition légèrement « trafiquée », autant choisir une des gravures légendaires citées précédemment, qui nous ramènent à une époque aujourd’hui révolue et à des chefs qui avaient appris leur Bruckner auprès des élèves du compositeur.

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  • Michel LONCIN

    La version « 1890 » de la Symphonie n° 3 de Bruckner … ? Hormis le 1er mouvement qui gagne en profondeur par rapport à la version « 1877 » … à jeter au panier … tout particulièrement, le CALAMITEUX Finale !!!

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