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Le Vaillant Soldat d’Oscar Straus à Munich

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Gärtnerplatztheater. 4-VII-2018. Oscar Straus (1870-1954) : Der tapfere Soldat (Le vaillant soldat), opérette en trois actes sur un livret de Rudolf Bernauer et Leopold Jacobson. Mise en scène : Peter Konwitschny. Décors et costumes : Johannes Leiacker. Avec : Hans Gröning, colonel Kasimir Popoff ; Ann-Katrin Naidu, Aurelia, sa femme ; Sophie Mitterhuber, Nadina, leur fille ; Jasmina Sakr, Mascha ; Maximilian Mayer, commandant Alexius Spiridoff ; Daniel Prohaska, Bumerli ; Alexander Franzen, capitaine Massakorff. Chœur et orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz, direction : Andreas Partilla

1528796514_x_10a4670soldathp2-regpogozachSous l’opérette, la guerre : au Staatstheater am Gärtnerplatz.

La deuxième maison d’opéra de Munich, loin de posséder le rayonnement de la Komische Oper de Berlin à laquelle on pourrait la comparer, reste discrète dans le paysage opératique européen. Disposant de sa propre troupe de ballet, elle présente un répertoire qui recouvre en partie celui de la prestigieuse Staatsoper, mais aussi de nombreuses opérettes. Pour ce Vaillant soldat d’Oscar Straus, la maison a mis les petits plats dans les grands en invitant , qui, après Les Soldats de Zimmermann à Nuremberg au printemps, reste fidèle à la chose militaire. La perspective est naturellement ici moins tragique, et, il faut bien le dire, la réussite est aussi beaucoup moins éclatante. Dans un décor un peu paresseux de Johannes Leiacker, Konwitschny règle avec efficacité une comédie un peu sage, qui tourne finalement moins autour de la guerre que de cette obsession centrale de la bonne société de la Belle époque qu’est la quête du bon partenaire matrimonial.

Ici, donc, la fille d’un officier bulgare va épouser un brave Suisse engagé par mégarde dans l’armée serbe (l’ennemi donc), plutôt que le héros inconscient et abruti auquel elle est fiancée. Les Bulgares s’appellent Popoff, les Suisses sont obsédés par le chocolat. Créée à Vienne en 1908 d’après une pièce de George Bernard Shaw évoquant la guerre serbo-bulgare de 1885-1886, l’opérette appartient à une époque où ces guerres balkaniques avaient encore un parfum exotique un peu folklorique (qui pouvait prévoir l’ère à venir des massacres de masse ?). Au troisième acte, cependant, la guerre fait plus directement irruption sur la scène : les hommes portent leurs blessures de guerre bien visibles, les femmes les soignent ; mais, et c’est la force de ce retournement, tout continue en quelque sorte comme avant. La guerre infeste le quotidien, et l’homme s’habitue à tout. On aurait simplement aimé que cette interprétation ait aussi des conséquences sur la mise en scène dans les deux actes précédents.

On peut également regretter le fait que le théâtre ait choisi de sonoriser tous les chanteurs, chœur compris. On n’y gagne pas franchement en intelligibilité, on y perd en qualité musicale, et on se prend à penser que, si sonorisation il doit y avoir, des acteurs sachant chanter auraient été préférables aux très honorables chanteurs de la troupe, au nom de la fluidité nécessaire à l’efficacité comique. Mais ce n’est pas une raison pour bouder la réelle qualité vocale de la soirée : dans le rôle payant du héros abruti, se montre un parfait ténor d’opérette (c’est ici un compliment), et la voix charnue de fait merveille. L’opérette de Straus pourrait sans doute être plus efficace, mais la qualité honorable de tous les paramètres du spectacle assure au moins une soirée agréable.

Crédits photographiques : © Christian POGO Zach

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