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Le Sirba Octet dans un éclectique voyage orchestral en Europe de l’Est

À emporter, CD, Musique d'ensemble, Musique symphonique

Florilège de thèmes de cabaret tzigane et de musique klezmer : Katioucha/Otchi Tchornoye ; Valenki ; Cocher, ralentis tes chevaux ; Tata, vine pastele ; Kalinka ; Farges Mich nit/Zug es Meir noch Amool ; Le temps du muguet ; Ya Vstretil vas ; Gayen zay in scvatze Reien ; Hora Moldovaneasca/ thème des Lautari/ Dela Cluj la Chisinau ; Azol Tanzmen ; Dox Broitele/A Vaible a Tsnien ; Suite de Moldavie. Sirba Octet. Nicolas Kedroff, balalaïka. Orchestre philharmonique royal de Liège, direction : Christian Arming. 1 CD Deutsche Grammophon. Enregistré dans la salle philharmonique de Liège en décembre 2017. Notice en français, anglais et allemand. Durée : 71:00

 

sirba 2Le , après la réédition récente de son album Tantz sous l’étiquette jaune, publie son premier disque original pour la DG, avec cet ambitieux et original programme où les musiciens de l’octuor et Ivan Kedroff à la balalaïka dialoguent avec l’ dirigé par .

L’octuor Sirba (cinq cordes, une clarinette, un piano et un cymbalum) fut fondé en 2003 par le violoniste classique Richard Schmoucler : il fait (re)vivre d’une manière originale les répertoires klezmer, yiddish, russe, roumain, moldave ou tzigane. Le directeur musical, avec quelques-uns de ses amis musiciens issus des rangs de l’Orchestre de Paris (comme lui) ou de l’Orchestre national de France forment une équipe certes modifiée depuis quinze ans, mais où l’on retrouve par exemple toujours fidèles au poste le cymbaliste Iurie Morar ou le contrebassiste Bernard Cazauran. Le groupe doit aussi beaucoup à Christophe Lehn, l’homme de l’ombre, fidèle arrangeur et ici orchestrateur attitré du groupe depuis ses débuts.

Le projet « Orchestra » est né à la suite d’une collaboration récurrente avec l’orchestre de Pau-Pays de Béarn et de son directeur musical Fayçal Karoui. Ce dialogue entre les deux entités est diamanté par la balalaïka de Nicolas Kedroff, en invité spécial pour ce parcours, notamment dans Valenki (les bottes feutrées), chanson traditionnelle russe bien connue des amateurs de chants populaires de ce pays. Christian Lehn, dans son travail de compilation et de recréation,  y va de medleys, ou de l’enchaînement de véritables « tubes » de ce répertoire (par exemple la plage inaugurale Katioucha / Otch Tchornye – les yeux noirs), faisant partie de l’inconscient musical collectif européen de l’Atlantique à l’Oural (Kalinka, ici un peu linéairement expédié sans ses traditionnels accelerandos chers au chœur de l’Armée Rouge !), mais propose aussi de surprenants arrangements ; entre autres, Le temps du muguet en version jazzy un peu piano-bar, ou le Zug es Meir Noch Ammol donné dans une atmosphère digne de Broadway, alternative à la célèbre recréation des Barry sisters. Le disque se conclut par un vaste panorama de divers thèmes populaires, hérités tant des pratiques des Lautari, ces musiciens de village roms ou plus généralement roumains, ou par l’évocation de divers doinas, ces chants de bergers compilés notamment dans une suite moldave ici présentée en conclusion de l’album.

Toutefois, si le tressage des thèmes est fait avec beaucoup d’habileté, certaines transitions téléphonées ou quelques « ficelles » harmoniques lors des modulations semblent par trop se répéter au fil des plages, surtout dans leur versant orchestral. Par ailleurs la multiplicité des approches ainsi proposées donne plutôt l’impression d’un patchwork de type cross-over, voire d’un luxueux disque de « variétés », que l’écho d’une recherche d’authenticité, bien plus probante au fil des précédents albums du groupe. Les musiciens de Sirba, et leur invité, certes excellents en ce domaine, semblent un peu plus bridés que de coutume dans leurs élans, comme si l’écrin orchestral les inhibait. On retrouve un jeu musical bien plus naturel dans quelques plages où leur rôle est prépondérant comme Ya Vsteretil vas (plage 8) ou Azol Tanzman (plage 11).

Il faut dire que l’on a connu l’ plus concerné (plage 6), plus  souple ou même plus discipliné (plage 10), conséquence de ce rôle un peu ingrat de faire-valoir dans cette première collaboration avec la (trop ?) prestigieuse Deutsche Grammophon. Peut-être le Brussels Philharmonic pour rester en Belgique, plus rompu à la musique de film, à une certaine variété d’approches musicales à la croisée des styles, aurait-il pu mieux trouver le côté déboutonné et improvisé de ces musiques populaires au sens noble du terme ? Et surtout, d’autres preneurs de son ont mieux rendu justice à la plantureuse acoustique de la salle philharmonique mosane, quand on songe au cycle Respighi dirigé par John Neschling en cours de publication chez Bis. Dans le présent cas, le problème de définition des plans sonores, avec cet ensemble soliste « géant » au premier plan, face à un orchestre parfois relégué en virtuel « fond de salle » semble insoluble, avec en prime des « coups de phares » artificiels sur certains pupitres (trombones, petite harmonie) par les artefacts d’une captation en multi-micros un peu trafiquée. La direction attentive mais parfois un peu molle de se révèle toutefois idéale par son dramatisme, dans le terrifiant chant de ghetto d’origine ashkenaze Gayen Zay in shvartze Reien (« ils s’avancent en rangs noirs »).

Un programme qui, en dehors de la magie du concert, s’écoute agréablement, mais qui par une relative dispersion des répertoires dans sa volonté d’exhaustif éclectisme, et par certains tics des arrangements, gagne à être écouté par fragments pour mieux en déguster les saveurs épicées et bigarrées.

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