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Fastes et recueillement avec l’oratorio italien au tournant du XVIIIe siècle

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Antonio Caldara (1670-1736) : Numi offesi di furor extrait de La castità al cimento ; Per il mar del pianto mio extrait de Maddelena ai piedi di Cristo ; Miro che il fiumicello extrait de Santa Francesca romana ; Son gli strazi … Io spiro et volo extrait de Il martirio di Santa Caterina. Giovanni Bononcini (1670-1747) : Cor imbelle a due nemici et « Miei spirti guerrieri… In tupidi fiumi extraits de La converzione di Maddalena. Francesco Gasparini (1661-1727) : Ombre, cure, sospetti … Terrori d’Averno extrait de Atalia. Nicola Antonio Porpora (1686-1768) : Vanne o sol d’eterna luca et Ecco già l’orrenda tromba extraits de Il trionfo della divina giustizia ; Vanne nel vicin tempio … Fremer da lunge io sento extrait de Il martirio di San Giovanni Nepomuceno. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Miei spirti guerrieri extrait de San Casimiro rè di Polonia ; Del pianto vostro … Posso e voglio extrait de Giuditta ; Mentre io godo in dolce oblio extrait de Il giardino di rose. Blandine Staskiewicz, mezzo-soprano. Les Accents, direction : Thibault Noally. 1 CD. Aparté. Enregistré en octobre 2017. Notice de présentation bilingue (français et anglais). Durée : 68:10

 

612Mzr5r69L._SL1200_Florilège d’airs d’oratorio des dix-septième et dix-huitième siècles avec , et l’ensemble . À la visée didactique du propos s’ajoute le plaisir de la découverte de merveilleuses pages peu ou jamais interprétées.

Né au début du dix-septième siècle avec Cavalieri, l’oratorio baroque italien subit une évolution peu ou prou comparable à celle de l’opéra. Tout d’abord dévolu, à l’époque de la seconda prattica, à la mise en valeur du texte verbal par le recitar cantando, il évolua par la suite vers une rhétorique davantage destinée à souligner la virtuosité vocale des grands interprètes, généralement des castrats, à qui ces ouvrages étaient confiés. Les pages retenues pour ce fascinant album appartiennent ainsi, pour la plupart, à la troisième génération de compositeurs d’oratorio, celle qui, au tournant du dix-huitième, se situe encore au croisement de ces deux tendances fondamentales, à un moment où l’on hésitait encore entre la primauté du récitatif développé précédemment par Carissimi, Rossi ou Stradella, censé être plus expressif, et l’hédonisme purement vocal de l’aria qui devait caractériser les ouvrages ancrés dans le dix-huitième siècle. C’est donc la période des grands compositeurs nés entre 1660 et 1670, celle des Caldara, Bononcini, Gasparini et que met en exergue ce programme. Plus tardif, Porpora appartient résolument à la deuxième tendance, comme le montrent par exemple les feux d’artifice de l’air de l’Ange extrait de Il martirio di San Giovanni Nepomuceno, morceau de près de huit minutes dont les trilles, notes piquées, battues et sauts d’octave font appel à une virtuosité digne des plus grands opéras. Il s’agit, avec cette torrentielle aria di tempesta, d’un des sept extraits enregistrés en première mondiale.

On notera donc pour commencer la cohérence, l’originalité et l’intelligence d’un programme qui nous fait découvrir toutes les facettes d’une production d’une extrême richesse. Si certains extraits nous sont connus de par les grandes intégrales réalisées au cours des dernières décennies – Maddalena ai piedi di Cristo de Caldara, Giuditta de Scarlatti –, beaucoup constitueront pour l’auditeur une révélation. Citons ainsi l’Atalia de , La converzione di Maddalena de ou encore Il martirio di Santa Caterina de Caldara. Les extraits de ces trois ouvrages sont particulièrement représentatifs de l’hybridation stylistique caractéristique de la période, à cheval entre le poids alloué au récitatif et à la fonction décorative de l’aria.

L’interprétation de la mezzo-soprano est sans faille, autant dans les pages faisant appel au recueillement, à la ferveur religieuse et à l’imagination poétique que dans les extraits de pure virtuosité. Maître d’œuvre du programme, Thibaut Noally, à la tête de son ensemble , est lui aussi parfaitement à sa place dans cette belle entreprise. Rajoutons, pour compléter le bonheur de l’auditeur, la qualité exceptionnelle de la passionnante notice d’Olivier Rouvière. Aux joies de l’écoute se mêle ainsi le bonheur de l’esprit.

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