Siegfried à la Philharmonie de Paris par Valery Gergiev

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 22-IX-2018. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried. Drame musical en un prélude et trois actes composés sur un livret du compositeur. Version de concert. Avec : Mikhail Vekua (Siegfried) ; Andrei Popov (Mime) ; Roman Burdenko (Alberich) ; Elena Stikhina (Brünnhilde) ; Evgeny Nikitin (Der Wanderer) ; Mikhail Petrenko (Fafner) ; Zlata Bulycheva (Erda) ; Anna Denisova (L’oiseau) ; Orchestre du Mariinsky, direction : Valery Gergiev

gergievRetour de et de ses troupes du Mariinsky à la Philharmonie de Paris pour ce deuxième volet de la Tétralogie wagnérienne. Après un Or du Rhin irréprochable et une Walkyrie saisissante la saison dernière, le chef ossète retrouve, ce soir, le public parisien afin d’achever son audacieux pari, en débutant par un Siegfried de belle tenue qui laisse, toutefois, entrevoir quelques faiblesses.

Des réserves qui touchent à la forme tant la version de concert atteint, ici, ses limites, liées à la complexité du livret et à la dramaturgie obligatoirement limitée, puisque ne reposant que sur la musique. Cela explique, sans doute, les quelques baisses de tension observées, notamment à l’acte II, lors du déroulement de ce drame complexe, ponctué de leitmotivs, que d’aucuns ont pu assimiler à un conte initiatique puisque Siegfried devra successivement ressouder l’épée, tuer le dragon et franchir la barrière de feu avant de retrouver l’amour de Brünnhilde.

Faute de scénographie et de mise en scène, l’orchestre du Mariinsky sait se montrer à la hauteur de l’enjeu. Disposé avec cordes et cuivres diamétralement opposés, évitant ainsi toutes superpositions, les leitmotivs, véritables symboles musicaux marquant la progression du drame, apparaissent de façon particulièrement claire. Une lisibilité magnifiée encore par la sonorité éblouissante de la phalange russe et des performances solistiques hors du commun (cuivres), tandis que , chef lyrique et symphonique, parvient à donner beaucoup de relief à la narration par son phrasé tantôt descriptif, tantôt narratif, se montrant toutefois plus à l’aise dans l’action que dans l’introspection.

La distribution vocale qui reprend les mêmes chanteurs que lors des épisodes précédents, parfois dans des rôles différents, séduit par sa qualité et son homogénéité. Mikhaïl Vekua convainc dans le rôle de Siegfried comme il avait convaincu dans celui de Sigmund, timbre lumineux, diction nette, projection satisfaisante pour donner forme au héros insolent et quelque peu benêt. Face à lui, (Mime) bien que souffrant ne démérite pas, compensant une relative faiblesse vocale par un investissement scénique très théâtral où son timbre quelque peu acide sied parfaitement à la fourberie du personnage. (Der Wanderer) qui avait donné, bien malgré lui, des accents pathétiques aux Adieux de Wotan dans la Walkyrie, retrouve ce soir tout son charisme, sa profondeur vocale et son legato somptueux. (Fafner) accorde ramage et plumage pour camper un dragon effrayant, à l’instar de , Alberich lumineux de noirceur. Si Anna Denisova (L’Oiseau) séduit par la délicatesse de son timbre, ne correspond pas plus aujourd’hui qu’hier au rôle d’Erda par son manque de grave et son phrasé haché. Mais le point fort de la soirée reste indiscutablement l’exceptionnelle prestation d’ (Brünnhilde) dont le réveil extatique et la beauté du chant incantatoire laissent le public sous le charme, envoûtement qui ne trouve sa résolution que dans le magnifique duo d’amour final.

Crédit photographique : Valery Gergiev © Aline Paley

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