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Clematis fait dialoguer voix et instruments dans la piété luthérienne

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Vater unser, German sacred cantatas. Johann Hermann Schein (1586-1630), Samuel Eccard (1553-1611), David Pohle (1624-1695), Franz Tunder (1614-1667), Johann Fischer (1646-1716), Johann Wolfgang Franck (1644-1710), Johann Christoph Bach (1642-1703), Georg Böhm (1661-1733), Johann Theile (1646-1724), Johann Michael Bach (1648-1694), Johann Rudolph Ahle (1625-1673), Heinrich Schwemmer (1621-1696). Paulin Bündgen, contre-ténor. Ensemble Clematis. 1 CD Ricercar. Enregistré à Centeilles en octobre 2017. Durée 1:19:46

 

Vater-Unser-Clematis-Paulin-BündgenLe label Ricercar revient à ses premières amours avec ce programme de musique sacrée allemande de la deuxième moitié du XVIIe siècle. L’ensemble belge Clematis nous propose ici la découverte d’un pan trop méconnu de ce répertoire, qui fait la part belle au dialogue entre la voix d’alto de et les instruments.

La plupart des œuvres de ce programme proviennent de manuscrits conservés dans la collection Düben à Uppsala, qui contient de véritables pépites méritant d’être mises en avant. Nous avons là une génération de compositeurs très influencés par l’Italie et l’opéra, dans le sillage de Schütz, mais aussi pour certains par la France, comme qui séjourna à Paris en tant que copiste au service de Lully.

Si le fil conducteur de tout ce répertoire est bien sûr le choral luthérien, son traitement instrumental se développe avec une étonnante liberté, tant dans l’ornementation que dans le choix des formes ( sinfonia, ritornello, sonata …). Ce programme fait judicieusement alterner pièces instrumentales et cantates pour alto solo de formes variées: lieder strophiques, lamentos, concerts spirituels … La caractéristique commune de toutes ces pièces vocales est le rôle primordial qu’elles donnent aux instruments, offrant un véritable dialogue entre les cordes et la voix.

Le leitmotiv du choral Vater unser, qui donne son titre au CD, revient trois fois dans le programme en trois versions instrumentales. La dernière est due  à , dans une transcription de son choral orné pour orgue où le violon s’empare du thème richement ornementé. , premier violon et fondatrice de l’, y fait merveille. Bel exemple d’aller-retour entre l’Allemagne et l’Italie, le Salve Regina du papiste Rovetta qui devient Salve mi Jesu sous la signature de , comme J.S. Bach le fera avec le Stabat Mater de Pergolèse transformé en motet luthérien. On retrouve toutes les caractéristiques de la cantate dans le motet Herr, wer ich nur dich habe de David Pohle (avec les cordes qui imitent le tremblant de l’orgue) et dans le grand Weil Jesu in meinem Sinn de . Mais le chef d’oeuvre absolu est le célèbre lamento Ach dass ich Wasser g’nug hätte de , tant admiré par son cousin Johann Sebastian. Le premier violon y dialogue admirablement avec la voix d’alto, dans une intensité dramatique qui nous donne à voir couler les larmes du pécheur dans des effets descriptifs incomparables qui collent au sens des paroles. Le contre-ténor y est magistral, comme tout au long de ce programme. Sa voix souple épouse parfaitement toutes les nuances du texte et nous élève vers une spiritualité intemporelle.

, fondateur du label Ricercar, tient lui-même la partie de viole ténor au sein de Clematis et nous fait bénéficier de sa grande érudition dans le texte du livret qui nous éclaire sur ses choix musicaux.

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