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Le jeu personnel de Vladimir Feltsman à Gaveau

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Gaveau. 10-X-2018. Robert Schumann (1810-1856) : Arabesque en ut majeur op. 18 ; Kreisleriana op. 16. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une exposition. Vladimir Feltsman, piano

Vladimir Feltsman (c) Al NowakLe pianiste qui n’avait pas donné de récital à Paris depuis 30 ans, ouvre la saison des « Concerts de Monsieur Croche » lancés par Yves Riesel.

Pianiste russe naturalisé américain, rendu légendaire par son long exil intérieur (ses enregistrements furent interdits par le régime soviétique), cultive un jeu bien à lui où règne la prise de risque.

S’il est toujours ambigu de parler de « style personnel », tant cette qualification peut être synonyme de brillante originalité comme d’incompréhensible excentricité, Feltsman illustre parfaitement cette double acception.

Dans Schumann, il heurte quelque peu par son interprétation plutôt pesante des Kreisleriana, précédés d’une Arabesque manquant elle-même de légèreté. Dans ce répertoire qu’il possède à fond, la recherche de l’originalité se traduit chez Feltsman par des intentions trop visibles au détour de chaque page. D’autant que ses choix ne se révèlent pas très convaincants : la version qu’il propose de ces œuvres éminemment lyriques manque de rêverie et de poésie. On aurait souhaité plus de tendresse dans la célèbre Arabesque comme dans la longue deuxième pièce des Kreisleriana (Sehr innig und nicht zu rasch). Les phrases de Feltsman, qui use de la pédale avec parcimonie, sonnent souvent sèchement, y compris dans l’énigmatique mouvement Schnell und spielend, très attendu, qui clôt le cycle.

Les Tableaux d’une exposition emportent davantage l’adhésion. Vladimir Feltsman donne à entendre une intelligence fine de la partition, ne négligeant aucune ligne mélodique ou contre-chant même enfoui sous les harmonies. Il parvient au terme des seize stations de cette promenade à offrir une vision rafraîchissante de l’œuvre de Moussorgski, pourtant célébrissime. Son Vecchio Castello, particulièrement chantant et méditatif, de même que le Ballet des poussins dans leurs coques et la Place du marché de Limoges, tous deux trépidants, sont exécutés avec une maîtrise et un sens musical parfaits. La Cabane sur des pattes de poule et le somptueux finale (La grande porte de Kiev) concluent avec panache ces Tableaux de tout premier ordre.

Feltsman revient deux fois pour offrir un Intermezzo de Brahms (op. 118 n° 2) et une Mazurka de Chopin (op. 63 n° 3), témoignant heureusement plus des qualités que des travers qu’il aura démontrés au cours de cette soirée.

Crédit photographique  : © Al Nowak

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  • Yves Riesel

    Vous avez du sable dans les oreilles et des moufles dans le jugement – la seule chose que vous n’avez pas su entendre c’est le niveau du piano et la spiritualité qu’on vous a fait entendre ce soir là. Je crois que vous avez été le seul dans la salle. Ça viendra un jour.

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