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Mamootot d’Ohad Naharin à Chaillot

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre national de la danse-Chaillot, Salle Firmin Gémier. 11-X-2018. Mamootot. Chorégraphie : Ohad Naharin. Lumières : Avi Yona Bueno (Bambi). Son : Frankie Lievaart. Musiques : Maxim Waratt. Scénographie : Giora Porter. Costumes : Rakefet Levy. Avec 9 danseurs de la Batsheva Dance Company

Dans le cadre de l’année France-Israël, Chaillot consacre un cycle « Tous Gaga » à Ohad Naharin. La première des quatre pièces présentées, Mamootot, est une pièce courte d’un format intime, qui explore les potentialités du langage gaga, sans toutefois parvenir à créer l’alchimie avec le public.

Créée en 2003, Mamootot (mammouth en hébreu) est la première pièce chorégraphiée par Naharin après la mort de sa femme en 2001. Pièce forte, elle illustre parfaitement le vocabulaire gaga élaboré par Naharin, mélange de naïveté enfantine et de sensualité affirmée, de sérieux et de drôlerie. Contrairement à certaines pièces du chorégraphe qui convoquent un grand nombre de danseurs sur scène, Mamootot se caractérise par son caractère intime : neuf danseurs  évoluent sur une scène carrée, entourée par les gradins. Cette proximité physique entre le public et les danseurs permet un contact visuel direct et réciproque, les lumières ne s’éteignant jamais.

La pièce commence dans le silence par le solo d’une danseuse. Les gestes lents s’étirent, immenses, dans l’espace. Puis les huit autres danseurs font leur entrée d’un pas déterminé, tous vêtus de la même combinaison, couleur sable, coupée aux genoux et remontant jusqu’au cou. Ces costumes de Rakefet Levy ne sont certes pas là pour mettre en valeur le corps des danseurs et danseuses ; ils créent une uniformité et refusent toute distinction entre les sexes. Les ensembles sont mus par une belle dynamique de groupe. La détermination se lit dans le regard des danseurs qui s’impliquent physiquement dans une danse très intense, qui éprouve et marque les corps.

Naharin joue sur la désynchronisation entre danse et musique ; les accents électro ou festifs de la bande-son contrastent avec l’immobilité des danseurs, qui s’assoient au milieu du public, sur des sièges laissés libres à dessein. Le regard fixé droit devant eux, ils semblent extérieurs aux regards étonnés, amusés ou gênés de leurs voisins.

La pièce est structurée autour d’une alternance entre les ensembles et une succession de solos ou duos, qui expriment des énergies, rythmes et émotions différents. Un danseur ouvre la fermeture éclair de sa combinaison et effectue son solo entièrement nu, sans que l’on ne comprenne véritablement l’intérêt de cet épisode.

Malgré les qualités chorégraphiques et la force de certains passages, l’enchaînement des différents segments qui constituent la pièce ne crée pas une cohérence d’ensemble et la connexion avec le public ne se fait pas. Les regards des danseurs qui scrutent les spectateurs pour les fixer les yeux dans les yeux, le contact tactile via un serrement de mains, ne permettent pas de briser cette distance avec des personnages déshumanisés par des gestes parfois robotiques et des visages délibérément dénués de toute expression.

Si des composantes de la pièce illustrent la beauté et la précision du travail de Naharin, l’ensemble se révèle décevant par le manque de rythme et l’absence de communion émotionnelle avec le public, que Naharin a su si bien réaliser avec une pièce comme Decadance, par exemple.

Crédits photographiques : © Gadi Dagon

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