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Le Mefistofele gore d’Àlex Ollé à l’Opéra de Lyon

La Scène, Opéra, Opéras

Lyon. Opéra. 13-X-2018. Arrigo Boito (1842-1918) : Mefistofele, opéra en un prologue, quatre actes et un épilogue sur un livret du compositeur. Mise en scène : Àlex Ollé, La Fura dels Baus. Décors : Alfons Flores. Costumes : Lluc Castells. Lumières : Urs Schönebaum. Avec : John Relyea, Mefistofele ; Paul Groves, Faust ; Peter Kirk, Wagner/Nereo ; Evgenia Muraveva, Margherita/Elena ; Agata Schmidt, Marta/Pantalis. Orchestre, chœurs et maîtrise de l’Opéra de Lyon, direction : Daniele Rustioni

5-mefistofelerjeanlouisfernandez022Comme les Chorégies il y a quelques mois, l’Opéra de Lyon choisit de défendre pour son début de saison lyrique la version révisée de 1874 du Mefistofele d’ avec son prologue, ses quatre actes et un épilogue. Le rapprochement s’arrête là tant les deux nouvelles productions s’opposent.

Saison après saison, les évènements se succèdent à l’Opéra de Lyon. Mais à croire que la malchance est de mise tant l’institution doit résister aux comparaisons qu’un calendrier impose. L’année dernière, cela concernait la version originale française de Don Carlos sous le regard de Christophe Honoré qui devait rivaliser avec le casting parisien exceptionnel proposé quelques mois avant à l’Opéra Bastille. Pour ce début de saison, le Mefistofele d’ se confronte à la simplicité spectaculaire de la production des Chorégies d’Orange de juillet. Étonnant constat pour des ouvrages si rares sur les scènes lyriques françaises.

Même si Boito centralise son action autour de la noirceur du rôle-titre, il ne paraît pas si justifié que la violence et la vulgarité monopolisent la mise en scène d’ alors que l’élégance de l’approche de Jean-Louis Grinda était de mise en Provence. Images fortes que le cœur du héros arraché sur scène par des anges revanchards suite à l’assassinat de plusieurs angelots, que ce cadavre de bébé que Marguerite dévoile sous un couvre-plat, que la dissection d’organes à la chaîne dans un laboratoire sans âme, que ces chœurs simulant une orgie collective par des sodomisations à tout-va… On avait apprécié que le directeur des Chorégies ait su édifier une simplicité de bon aloi, pour une lecture lisible, sans transposition hasardeuse ou défense d’une approche individuelle affirmée. Le metteur en scène catalan membre du collectif La Fura Dels Baus s’y fourvoie sans complaisance.

Nous voilà donc avec un Mefistofele qui perd un peu de son autorité dans sa position d’agent d’entretien de laboratoire. Les bras ballants, l’échine courbée, la jalousie le ronge face à l’aura du docteur Faust. Au sein de ses délires de psychopathe, le rôle-titre paraît en vérité bien démuni au milieu d’un décor à plusieurs niveaux, plus encombrant que spectaculaire avec ses multiples échafaudages et ces lumières criardes, dans lequel le héros se positionne plutôt comme un simple spectateur que le maître du jeu face à un chœur vibrant musicalement, décontenancé scéniquement tant la direction d’acteurs semble peu maîtriser cette masse.

8-mefistofelerjeanlouisfernandez041Et pourtant, le physique singulier de et sa voix caverneuse d’une agréable noirceur jouent en sa faveur, les qualités de cette basse permettant de percevoir musicalement les tourments de son personnage et sa cruauté outrancière. , incarnation du bien (Faust), manque au contraire de projection pour une voix sans éclats et bien dépourvue d’aigus, en offrant une interprétation de son « Dai campi » un brin insipide. L’éclat de la soprano rivalise scéniquement dans cette distribution. Et même si certaines nuances pourraient être plus abouties et ses graves, quand bien chauds, devraient bénéficier de plus d’assises, elle se fait remarquer dans son « Altra notte » qu’elle défend avec ferveur.

Sous la direction de , que ResMusica avait rencontré la saison dernière lors de sa prise de fonction à Lyon, l’orchestre et le chœur de la maison affirment une impressionnante fusion dès le prologue. Dans la fosse, la netteté des timbres fait foi, parfois au détriment des voix, parfois révélant certaines faiblesses de la partition. L’énergie du chef permanent offre une certaine quintessence aux passages les plus atroces, alors que dans les moments les plus sensibles, le manque d’équilibre entre le plateau et la phalange affaiblit la sensibilité de la musique.

Crédits photographiques : © Jean-Louis Fernandez

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