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Une version rare mais frustrante de la Marienleben de Hindemith

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Paul Hindemith (1895-1963) : Das Marienleben op. 27 (version de 1922-23). Juliane Banse, soprano ; Martin Helmchen, piano. 1 CD Alpha. Enregistré en public et en studio à la Sendesaal de Brême en septembre 2017. Durée : 70:47

 

hindemith marienleben et travaillent ensemble depuis de longues années et fixent enfin au disque leur version très fouillée mais un peu frustrante de la mouture originale et rarement donnée de la Marienleben de .

composa entre les étés 1922 et 1923 ce cycle de quinze mélodies sur les textes de évoquant la vie et le destin de la Vierge Marie, de sa naissance à son Assomption. Cette durée de gestation inhabituellement longue pour le prolifique compositeur peut s’expliquer non seulement par la dimension du cycle (quinze numéros pour plus de soixante-dix minutes de musique), mais surtout par la profonde mutation esthétique et musicale qui sous-tend l’œuvre, entre expressionnisme forcené pour les premières pièces composées (n° 11 et 5) et nouvelle objectivité, à cette période charnière de la vie artistique de l’auteur. L’œuvre évoque malgré elle un patchwork stylistique, entre mélodies plus lapidaires et formes très épurées (passacaille du n° 2, thème et variations du n° 14). Malgré la profonde impression laissée sur le public lors des premières exécutions et la mise sous presse rapide de la partition, Hindemith, conscient de l’importance de son cycle mais mécontent à mots couverts de sa primo-rédaction, orchestra quelques pièces avant de refondre totalement l’ensemble entre 1936 et 1948 pour voix et piano, avec la volonté d’une plus grande cohérence entre ligne vocale et accompagnement, d’une unification de la pensée musicale au sein d’un cycle plus uniforme et d’une certaine symbolique des tonalités et de leur enchaînement. Si c’est le plus souvent cette version définitive plus commode et plus avenante qui a été enregistrée et souvent très bien (notamment les versions de Soïle Isokoski chez Ondine, ou de Rachel Harnisch chez Naxos), un Glenn Gould a montré son attachement à la mouture originale, sans doute un brin plus pianistique, par un enregistrement mythique quelque peu oblitéré par la voix fruste et l’allemand approximatif de Roxolana Roslak (Sony-CBS, 1962).

et collaborent de longue date, souvent dans le sens de la recherche et de la découverte de pans moins connus du répertoire. Nous nous souvenons d’un récital au Singel d’Anvers voici presque dix ans associant des lieder de Schubert à des mélodies de Liszt et de Koechlin. Ils se sont ensemble penchés sur la version originale de la Marienleben, une première fois au festival de Salzbourg à l’été 2013, avant de la produire un peu partout en Europe (ainsi à Bruges et Louvain à l’automne 2015) et de la fixer pour le disque à la Sendesaal de Brême par ce mixage de captations publiques et d’enregistrements de studio, en septembre 2017.

Si Martin Helmchen se révèle un pianiste idéal, faisant montre tantôt d’un talent de coloriste raffiné d’une discrétion presque angélique par la qualité de son accompagnement (n°1 naissance de Marie, n° 11 Piéta) , tantôt d’une roide puissance quasi-symphonique de rigueur (n°2  présentation au temple, ou N°14 mort de Marie II), la voix de Juliane Banse appelle plus de réserves et moins d’enthousiasme. D’emblée, le vibrato se montre assez large et devient parfois envahissant au fil des passages les plus véhéments et expressifs du cycle. Par contre, les six dernières mélodies, plus intimistes et consacrées à la douleur de la Passion ou à la venue de l’heure de la mort pour la Vierge, la montrent sous le jour bien plus émouvant d’une vocalité toute retrouvée. Sans doute à force de chanter des rôles assez lourds et des répertoires plus improbables, la voix jadis très mozartienne de l’interprète s’est-elle quelque peu élargie mais aussi usée et durcie : dans cette optique nous pouvons comprendre le choix de la primoversion de l’œuvre plus directe et plus expressionniste. Mais nous regrettons aussi la fraîcheur native et le naturel de ton perdus que la cantatrice allemande déployait en 1995 dans un récital de trente-quatre autres mélodies éparses de Hindemith en compagnie d’Axel Bauni au sein d’une anthologie toujours disponible chez Orfeo.

Bref, voici une version un brin décevante de cette Urfassung du cycle, rarissime au disque, que l’on réservera plutôt aux inconditionnels d’Hindemith, malgré l’accompagnement irréprochable de sensibilité de qualité et d’engagement de Martin Helmchen.

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