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Carlo Zecchi, le pianiste magicien oublié

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« Carlo Zecchi : The complete Cetra recordings and selected additional 78s ». Vincenzo Galilei (vers 1520-1591) / Ottorino Respighi (1879-1936) : Gagliarda. Anonyme / Ottorino Respighi : Siciliana. Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates K. 259, K. 159, K. 96, K. 523, K. 113. Antonio Vivaldi (1678-1741) / Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto en sol BWV 973. Johann Sebastian Bach : Prélude et fugue n° 13 BWV 858 ; Concerto brandebourgeois n° 5 BWV 1050. Johann Sebastian Bach / Max Reger (1873-1916) : Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ BWV 639. Franz Schubert (1797-1828) : Moment musical en la bémol op. 94 n° 6. Robert Schumann (1810-1856) : Scènes d’enfants. Franz Liszt (1811-1886) : Études d’après Paganini n° 4 et 5 ; Étude de concert n° 2 « La leggierezza » (2 exécutions). Frédéric Chopin : Valse op. 42 ; Mazurkas op. 17 n° 4, op. 30 n° 4, op. 33 n° 4 ; Berceuse op. 57 ; Barcarolle op. 60 ; Études op. 10 n° 5 et 8 ; Grande polonaise brillante op. 22 ; Ballade n° 1. Claude Debussy (1862-1918) : Poissons d’or. Francesco Ticciati (1893-1949) : Toccata. Maurice Ravel (1875-1937) : Alborada del gracioso. Carlo Zecchi, piano ; pour le Concerto brandebourgeois de Bach : Arrigo Tassinari, flûte ; Gioconda de Vito, violon ; E.I.A.R. Symphony Orchestra ; direction : Fernando Previtali. 2 CD APR. Enregistré à Turin entre 1937 et 1942, à Paris en 1934/1935 et à Moscou en 1930. Textes de présentation en anglais. Durée : 2:31:33

 

Zecchi (1903-1984), un pianiste et chef d’orchestre italien quasiment oublié de nos jours, disciple de et d’Artur Schnabel, fut un véritable magicien de son instrument. Ce double album en est la preuve.

A côté de l’ensemble des enregistrements phonographiques réalisés par l’artiste pour le label italien Cetra, nous trouverons ici un bouquet de gravures parisiennes, effectuées par l’étiquette Ultraphone, et moscovites, faites par MusTrust (un précurseur de Melodya).

Clarté, légèreté, ainsi que discipline rythmique et articulatoire : tels sont les traits caractérisant le jeu de . Son expression semble si pure et si vierge, si innocente en même temps, qu’on a l’impression d’un art parfait et accompli. est un peintre des sons, dont le toucher élégant et éthéré fait penser à celui d’un Gieseking ou d’un Kempff. Écoutez ses Scarlatti, pour lesquels les accents se dégageant du piano se dématérialisent, et ne paraissent plus résonnants, mais bien perlés. Ses Schumann sont – à leur tour – rêveurs, dansants et nostalgiques. Grâce à une imagination riche et subtile, l’artiste est apte de créer des images sensuelles et émouvantes, pénétrées aussi bien de langueur (Rêverie, Le poète parle) que de dramaturgie (Cavalier sur le cheval de bois).

Pour les Chopin, nous sommes saisis par une beauté sonore et spirituelle rare. Cette musique rayonnante de poésie est sublimée par une palette des nuances raffinée, multicolore et en demi-teintes. Avec des tempi doucement variés, le pouls de la Valse op. 42 nous rappelle le balancement d’une barque sur l’eau. Les Mazurkas sont capricieuses et un peu frivoles, tantôt nostalgiques, tantôt nonchalantes (l’écoute de la Mazurka en la mineur op. 17 n° 4 est, malheureusement, perturbée à la fin par quelques saturations et distorsions). En ce qui concerne la Berceuse, le pianiste dresse sous nos oreilles un tableau de nuit ; songeuse, elle fait penser à une toile impressionniste plutôt qu’à un jouet mécanique, tel un orgue de Barbarie perceptible dans les interprétations de Josef Hofmann. La Barcarolle est, sous les doigts de Zecchi, orageuse et enflammée par des étincelles, tout comme les Études op. 10 n° 5 et 8, gravées à Paris. De Chopin, nous restent encore la Grande polonaise brillante op. 22, une belle leçon de chant, et, captée à Moscou en 1930 (et de qualité sonore nettement moins appréciable), la Ballade en sol mineur op. 23, telle une histoire d’amour envahie de tendresse, mais également d’inquiétude et de désespoir.

Et pour les Bach, Schubert, Liszt, Debussy, Ravel, ainsi que les autres ? Deux disques seulement et autant de trésors à découvrir. Si les Bach (dont on ne prend pas en compte le Concerto brandebourgeois n° 5, interprété par l’orchestre d’une manière démodée) sont complexes par les ambiances dont ils s’imprègnent – en s’éclairant de gaieté et vitalité, tout autant que respirant la tristesse et la méditation – le Moment musical en la bémol op. 94 n° 6 de Schubert est un « épisode » contemplatif, concentré sur la célébration du silence caché entre les notes. Les Liszt, quant à eux, sont surprenants d’agilité et de brio. Puis, la lecture des Poissons d’or de Debussy nous emmène, avec toute la délicatesse du toucher du pianiste et ses plans sonores étagés, en voyage imaginaire dans des lieux magiques, où nos rêves de musique pure deviennent réalité. N’oublions pas l’Alborada del gracioso de Ravel dont l’exécution, bien que d’une qualité sonore moins convaincante (il s’agit d’un enregistrement Ultraphone), est sculptée dans le marbre, en scintillant de couleurs vives, soudée d’une gracilité vaporeuse toute évocatrice.

Soutenues par des transferts rendant pleinement hommage à ces gravures, réalisés par Mark Obert-Thorn, les interprétations de Carlo Zecchi nous ravissent, mais aussi nous font regretter que cet immense pianiste ait abandonné sa carrière de soliste trop tôt, en raison d’un accident de voiture.

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