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ADN Baroque : quand Théophile Alexandre se fait plaisir

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Opéra

ADN Baroque. Extraits d’œuvres de Claudio Monteverdi (1595-1643), Henry Purcell (1659-1695), Antonio Vivaldi (1678-1741), Nicola Porpora (1686-1768), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Johann Sebastian Bach (1685-1750). Avec : Théophile Alexandre, contre-ténor ; Marion Tassou, soprano ; Chantal Santon Jeffery, soprano. Guillaume Vincent, piano. 1 CD Klarthe. Enregistré en octobre 2017. Notice de présentation bilingue (français et anglais). Durée : 73:10

 

adn_baroque_theophile_alexandre_klartheUn intime récital piano-voix pour dépouiller la musique baroque de ses effets et la mettre à nue pour une relecture moderne. Telle est l’ambition portée par le contre-ténor et danseur et le pianiste .

Le programme concocté dans le cadre de ce projet comporte des tubes que tout le monde connait comme les Lascia ch’io pianga et Ombra Cara de Haendel, mais aussi des airs plus confidentiels tels que le Placidetti Zeffiretti de Porpora, réunis pour dresser une sorte de kaléidoscope des passions humaines que la musique baroque n’a eu de cesse d’explorer. Point positif car il permet d’étaler la richesse mélodique de cette musique dont le terme baroque masque sous un même dénominatif une grande diversité d’approches.

Toutefois, la volonté d’une relecture moderne éloignée de la reconstitution sur instruments anciens pour ne garder que la substantifique mélodie de ces airs se heurte d’emblée à un contre-sens : la voix de contre-ténor, typiquement baroque, est en elle-même une reconstitution et, de fait, la relecture ne peut plus que reposer sur le piano de qui, bien que brillant, reste relativement réticent à vraiment bousculer les codes.

Ne reste alors au disque qu’un récital finalement assez classique exposant les possibilités d’un piano virtuose, sensible, au sens inné du tempo, de l’esthétique et du son, et les limites d’une voix qui bien qu’agréable fait montre parfois d’un manque de ductilité, d’une certaine sécheresse de souffle. Ne se débarrassant pas si facilement du vocabulaire baroque, le contre-ténor expose des intonations parfois un peu brusques et des vocalises un peu rudimentaires, pas assez assumées pour le baroque mais déjà trop accomplies pour une relecture moderne.

Toutefois, la voix de a ceci d’appréciable qu’elle rend le théâtre possible, loin des sons précautionneusement éthérés que l’on entend souvent dans les églises. De la joie qui règne dans le « Strike the viol » de Purcell, aux ambitions de l’Alessandro de Haendel, en passant par l’élégie monteverdienne et le doute d’un très beau If love extrait de The Fairy Queen de Purcell, la palette des émotions baroques est abordée avec franchise, sincérité et une certaine réussite. Les duos avec et sont plutôt bien négociés, et les deux sopranos réservent de beaux moments. Enfin, le Eja Mater de Vivaldi transformé en comptine macabre par le toucher délicat et mélancolique de Guillaume Vincent est une réussite et constitue la seule plage du disque où l’on puisse vraiment parler de relecture.

Dès lors, le choix d’une publication en album interroge. Un argumentaire plus simple et direct aurait mieux révélé la sincérité d’une démarche intéressante : celle d’un jeune contre-ténor qui veut se faire plaisir en dansant et en faisant de la musique avec ses amis, avec pour principal objectif de s’adresser à un public plus diversifié en lui ouvrant des portes d’entrée à ce répertoire. De ce point de vue, un DVD aurait été plus adapté car le spectacle proposé qui accompagne la sortie du disque (dont la tournée a débuté au Théâtre de l’Athénée), élégamment mis en scène par et chorégraphié par , est plutôt agréable et ouvre un champ des possibles non négligeable. Car au fond, le caractère hors du commun de cette entreprise reste le fait de voir un chanteur baroque capable de danser avec talent et exprimer sa palette d’émotions et sa singularité. Si cette démarche peut attirer un nouveau public vers la musique baroque, grâce leur soit rendue.

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