Frank Fannar Pedersen illumine Peer Gynt à Bâle

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Bâle. Theater Basel. 4-XI-2018. Peer Gynt, ballet de Johan Inger. Musique : Edward Grieg (1843-1907), Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Georges Bizet (1838-1875). Avec : Frank Fannar Pedersen, Peer Gynt ; Sergio Bustinduy, Aase ; Annabelle Peintre, Ingrid ; Florent Mollet, le Fiancé ; Raquel Rey Ramos, la Mère du fiancé ; Julian Juarez Castan, le Père de la fiancée ; Max Zachrisson, le Roi des Trolls ; Mats Ek, Aslak ; Andrea Tortosa Vidal, la Verte ; Alba Carboneli Castillo, Lisa Horten-Skilbrei, Dévi-Azélia Selly, trois Laitières ; Debora Maiques Marin, Anitra ; Diego Benito Gutierrez, Anthony Ramiandrisoa, Raquel Rey Ramos, Javier Rodriguez Cobos, Andrea Tortosa Vidal, Danseurs pour « Gamla Barn » ; Alba Carboneli Castillo, Lydia Caruso, Debora Maiques Marin, casting danse

PG1Deuxième saison consécutive du Peer Gynt chorégraphié avec succès par le suédois pour le Ballett Theater Basel et porté par un danseur merveilleux : .

Ibsen n’avait pas apprécié la musique que Grieg avait écrite (de 1874 à 1876) pour sa pièce-monde (7 heures !) contrairement au public qui ovationna le compositeur. Les hommes de théâtre qui montent ce monument du dramaturge norvégien en délaissent généralement la bande-son, comme si l’ombre portée de l’indéfectible succès populaire de cette dernière (rappelons que c’est Ibsen qui avait pourtant fait le premier pas vers Grieg) était devenue un handicap. Ainsi on n’entendit pas une note de Grieg dans le Peer Gynt que Chéreau monta en 1981 à son retour de Bayreuth.

Revanche ? Pas un mot d’Ibsen dans le Peer Gynt d’Inger. Quoi de mieux finalement que le cadre du ballet pour profiter pleinement de la tranquille beauté de cette musique délestée de la rivalité des mots ? Surtout quand , nommé directeur artistique des Ballets Cullberg en 2003, est Peer Gynt : les itinérances planétaires du héros d’Ibsen comme sa recherche personnelle (« qui on est… ce que l’on est… ce que l’on veut être… ce que l’on ne veut surtout pas être… ») sont, à l’entendre, celles du chorégraphe bourlingueur aujourd’hui établi en Espagne. Peer Gynt et Johan Inger dansent leur vie. Le mouvement perpétuel de leurs existences respectives vibrent donc à l’unisson dans un spectacle qui fait mouche dès son premier numéro : une mère fait « faire l’avion » à son enfant, après un instant noir, c’est l’enfant grandi qui fait « faire l’avion » à une mère criant grâce ! Entre sourire et émotion, le ton est instantanément donné.

Comme pour bien des ballets, le décor est simple, composé de deux blocs latéraux obliques d’où coulissent divers décors habitables (la rouge maison nordique de l’enfance, un cabaret, une salle de danse, une rampe d’escaliers, des toilettes et même une ville…), mais aussi de simples panneaux faisant surgir une perspective forestière sous la neige. Ce dispositif converge vers le fond de scène, refuge de la cabane en néon (de marque IDEA !) construite par Peer pour Solveig. En fin de parcours, la musique du naufrage envoie valser à vue ce dispositif trop bien huilé, en adéquation avec la confusion mentale du héros, dont le cerveau ploie sous le poids du vécu, des souvenirs et des regrets.

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Le style de Johan Inger se caractérise avant tout par la fluidité et une immense liberté. On semble danser comme on vit. Bourré d’humour (l’hilarant casting des danseuses !), de clins d’œil au maître (citation de son Gamla Barn de 1989 pour le Hall du Roi de la montagne avec Ek lui-même en Roi des Trolls), mélange très réussi d’énergie (le bannissement de Peer tentant d’échapper à une file indienne de poursuivants passant du vertical à l’horizontal), de rouerie (la facétieuse chorégraphie à empilement sur l’opus 35), d’émotion (la mort d’Aase engloutie par son lit) et de trucages troublants (la scène cauchemardesque des spectres noirs accouchant des femmes séduites par Peer), le spectacle doit aussi beaucoup à l’excellente troupe bâloise et au charisme de l’Islandais , idéal en héros venu du froid. À ce faux second couteau dans le King Arthur proposé à Bâle cette saison, à ce troublant Siegfried du Lac des cygnes de 2017 , le Peer Gynt d’Inger déroule le tapis rouge (et même vert chez les Trolls) que méritent la technique inventive et la grâce sans afféterie d’une carrure magnétique entre terre et air.

Reprise oblige à Bâle : une bande-son remplace l’orchestre de la création de 2017. Mais Solveig (touchante ) et le violoniste du mariage d’Ingrid () sont bien en direct. On entend même le Chœur des Étudiants de l’École de danse du Theater Basel dans la partition intégrale agrémentée d’une demi-heure empruntée à d’autres Grieg (la Holberg Suite, les opus 19, 51, 63 et 35) mais aussi à Tchaïkovski (la Valse des flocons de neige) et à Bizet (Carmen).

Une longue ovation debout récompense ce spectacle émouvant et gracieux.

Crédits photographiques : © Ismael lorenzo

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