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Nabucco au Théâtre des Champs-Élysées : entre chocs et révélations

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 9-XI-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Nabucco, opéra en 4 actes. Amartuvshin Enkhbat, Nabucco ; Anna Pirozzi, Abigaille ; Massimo Giordano, Ismaele ; Riccardo Zanellatto, Zaccaria ; Enkelejda Shkoza, Fenena ; Grégoire Mour, Abdallo ; Martin Hässler, Grand prêtre de Baal ; Erika Baikoff, Anna. Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Lyon, direction : Daniele Rustioni

anna-1Malgré sa popularité, Nabucco a déserté la scène parisienne depuis au moins une dizaine d’années. Il faut dire que les Abigaille ne courent pas les rues et que le niveau de la distribution doit être également élevé pour tous les rôles. embarque son Orchestre de l’Opéra de Lyon et tous les solistes pour une très grande soirée verdienne.

Dès l’ouverture, on le pressent. Un Orchestre de l’Opéra de Lyon chauffé à blanc, dirigé par un des grands soirs. Il nous l’avait confié, le chef italien n’aime pas forcément que l’on dise de lui qu’il est un grand chef verdien. Pourtant, comment ne pas être subjugué par sa direction à chaque fois qu’il aborde ce répertoire ? Un sens inné des tempi, du son, des contrastes et des dynamiques laisse déjà entrevoir ce que sera la soirée et les bravi fusent déjà. Les détails sont tellement travaillés et les pupitres si bien mis en valeur (la superbe mélancolie du violoncelle ouvrant la prière de Zacharie évoque déjà l’introduction du monologue de Philippe II dans Don Carlo) que l’on a parfois l’impression d’une écoute renouvelée même pour le très rebattu « Va pensiero », douloureux et si incarné par le superbe Chœur de l’Opéra de Lyon.

Une distribution homogène, voilà qui est rare pour servir cette œuvre si exigeante. L’Opéra de Lyon réussit la prouesse d’y parvenir et ce, malgré la défection de Leo Nucci. Commençons par le remplaçant de la star qui se révèle être la grande révélation de la soirée : au terme d’une interprétation exemplaire, le baryton reçoit une ovation du public. Sa voix sublime, ronde, mordorée et puissamment projetée offre une séduction immédiate. Mais par-dessus tout, son attention au phrasé, aux intentions et aux mots, le tout fondu dans un legato d’une grande élégance confère à cette interprétation une grandeur qui nous font espérer un retour rapide sur les scènes parisiennes.

Face à lui, il est peu dire qu’ est un autre choc. Totalement électrisante par sa capacité à affronter les sauts de registre abyssaux de la partition, elle sait par ailleurs alléger sa puissante voix dans des pianissimi extatiques et repartir immédiatement dans la véhémence par des coups de fouets jamais entendus ailleurs et des aigus percutants. Rien ne semble lui résister, même l’émotion nécessaire à son dernier air tout en retenue. Une prestation singulière et hors norme pour ce qui est peut-être la plus grande (la seule ?) Abigaille possible actuellement sur la scène internationale.

La très émouvante basse ouvre le bal à froid avec le rôle de Zacharie qu’il prend à bras le corps, avec une homogénéité d’émission sur l’ensemble de la tessiture qui laisse d’autant plus rêveur que l’on sent parfois qu’il n’est peut-être pas au meilleur de sa forme. Il n’en reste pas moins que sa prière au IV est un moment bouleversant et que le rôle de Zacharie acquiert avec lui une belle dimension.

La mezzo dispose d’un beau timbre corsé et d’une voix suffisamment agile pour aborder le rôle de Fenena, dont elle fait davantage une rivale d’Abigaille qu’une amoureuse de l’Ismaele pourtant particulièrement engagé de . Si le ténor expose un vibrato parfois un peu encombrant, on reste séduit par son phrasé tout en énergie et par une voix parfaitement conduite au service d’une interprétation franchement marquante.

Si on ajoute à tout cela la très jolie Anna d’Erika Baikoff, l’autorité de la basse Martin Hässler (grand-prêtre de Baal) et l’élégance du ténor (Abdallo), on arrive à une distribution qui confine à l’idéal et qui fait de cette soirée un grand moment de la saison lyrique parisienne.

Crédits photographiques : © Victor Santiago

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