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Il delirio fantastico s’enflamme entre profane et sacré dans l’Italie du Seicento

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Église Saint-Exupère. 14-XI-2018. Œuvres de Claudio Monteverdi (1567-1643), Tarquinio Merula (1595-1665), Andrea Falconiero (1585-1656), Biagio Marini (1594-1663), Salomone Rossi (1570-1630), Alessandro Piccinini (1566-1638), Giovanni Battista Buonamente (v.1595-1642), Barbara Strozzi (1619-1677), Marco Uccellini (1603-1680). Il delirio fantastico, Laureen Stoulig : soprano, Virginie Botty et Florian Gazagne : flûtes à bec, Reynier Guerrero et Sayaka Shinoda : violon, Barbara Hünninger : viole de gambe, Ulrik Gaston Larsen : archiluth, Marie-Domitille Murez : harpe, Vincent Bernhardt : clavecin et direction

il delirio fantasticoSous la voûte richement décorée de l’église Saint-Exupère de Toulouse, les Arts Renaissants ouvrent leur quarantième saison par un concert qui porte au paroxysme l’expressivité baroque grâce au talent de l’.

L’Italie de la première moitié du XVIIe siècle nous offre une concentration inégalée  de chefs d’œuvres qui va irradier toute l’Europe des arts. Portée à son sommet par Monteverdi, la monodie accompagnée se libère des rigueurs du stile antico polyphonique pour inventer des formes nouvelles qui conduiront à l’opéra et à l’oratorio. Le stile rappresentativo, en associant poésie et musique, permet l’illustration des passions humaines dans ce qu’elles ont de plus exacerbées. C’est ce que ce programme parfaitement construit nous offre, dans une alternance d’airs chantés et de pièces instrumentales qui met en scène les affects tout en contrastes.

En ouverture, les instrumentistes arrivent en scène sur l’air de la Bergamasque, avant d’accueillir la Musica dans le célèbre air du prologue de L’Orfeo de Monteverdi. Le ton est donné. C’est presque un manifeste dont il s’agit là : le spectateur est invité à suivre la Musique dans le dédale des passions de l’âme. Harpe, archiluth, viole et clavecin offrent au continuo un luxuriant tapis harmonique enrichi par l’abondance des cordes pincées. Les musiciens font preuve d’un grand sens de la transition tout au long du programme, avec des conduits instrumentaux qui lient entre elles les différentes pièces et ajoutent à la cohérence artistique. On s’achemine peu à peu vers des airs toujours plus chargés d’émotion, qui culminent dans la théâtralité avec l’extraordinaire Canzonetta alla nanna de Merula : deux notes infiniment répétées à la basse pour rendre le balancement du berceau, sur lesquelles se déroule le chant douloureux de la Vierge qui voit en songe le destin tragique de l’enfant Jésus. Cette pièce poignante qui commence comme une berceuse et nous conduit vers une Passion, quoi de plus baroque ?

Pendant ce temps, les instruments se sont discrètement répartis au fond de la nef, pour nous offrir dans la Sinfonia de Marini une spatialisation toute théâtrale. Puis la Suave melodia de Falconiero fait des aller-retours entre chœur et tribune en passant d’un instrument à l’autre. Après un air de Barbara Strozzi où la guitare remplace l’archiluth, c’est la Battaglia de Falconiero qui annonce un changement d’atmosphère, et le programme se termine dans un ton joyeux avec le Laudate Dominum de Monteverdi, puis le célèbre air Damigella tutta bella qui sera repris en bis.

il delirio bis

On a beau connaitre ces airs célébrissimes, il nous semble les entendre pour la première fois tant l’émotion qui se dégage de cette interprétation les rend comme inouïs. L’extraordinaire théâtralité de la soprano alliée à une grande science des nuances fait merveille dans ce répertoire. Quant aux instrumentistes, sous la direction éclairée de depuis son clavecin, ils sont en parfaite osmose avec les affects du chant, réunissant virtuosité et expressivité dans une énergie communicative et  portant au sommet l’art des contrastes propre à la musique de cette époque. Un ensemble que nous avions déjà apprécié dans ses enregistrements de Vivaldi et qui porte parfaitement son nom.

Crédit photographique : © Catherine Ulmet

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