À La Chaux-de-Fonds, révélation du chef Mihhail Gerts

Concerts, La Scène, Musique symphonique

La Chaux-de-Fonds. Salle de Musique. 20-XI-2018. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35. Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36. Valery Sokolov, violon. Orchestre national philharmonique de Russie, direction : Mihhail Gerts

f_DSC00420_22Lors du troisième concert de la nouvelle saison de la Société de Musique de La Chaux-de-Fonds dédié à la musique de Tchaïkovski, révélation du jeune chef estonien à la tête d’un formidable Orchestre national philharmonique de Russie.

Dans le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski, l’intensité des toutes premières notes de l’Orchestre national philharmonique de Russie  est tel qu’on salive déjà pour l’interprétation à venir de la Quatrième symphonie. Quelle force, quelle envolée, quelle précision, quelle musique ! , jeune chef de 34 ans tient en haleine un auditoire qui pressent qu’on se trouve en présence d’un sacré bonhomme. Le public attiré par l’affiche annonçant la venue du violoniste n’imaginait pas qu’il s’enthousiasmerait plus pour la prestation du chef d’orchestre et de l’ensemble que pour celle, pourtant honnête, du soliste. D’emblée, Mihhail Gerts fait montre d’autorité, portant son orchestre dans des appuis sonores précis et d’une densité de marbre. Pourtant, le métier, l’expérience de Sokolov auraient dû le porter sur le devant de la scène. Mais avec le jeune chef estonien, le message est clair : « dans l’exercice de ce concerto, je suis le patron ». Alors, en bon élève se plie devant la fougue expressive de Mihhail Gerts. Et c’est tant mieux parce que, comme lors des concerts qu’il donnait avec l’Orchestre national de France en décembre 2010 ou en novembre 2016 avec l’Orchestre de la Suisse Romande, on relève que techniquement Sokolov possède son instrument à la perfection (époustouflant final) mais qu’il pèche néanmoins dans la continuité musicale du discours. Son propos est fait de petites phrases, parfois même très belles, qu’il colle les unes aux autres mais qui ne font pas l’histoire qu’on raconterait. Peut-être aurait-on aimé plus de pathos, ce pathos si particulier qu’on appelle communément : l’âme russe. En vain, quand bien même l’Orchestre national philharmonique de Russie, fondé en 2003 par le Ministère russe de la Culture, en déborde. En bis, comme pour affirmer sa conception parcellaire de la musique, le violoniste ukrainien s’engage dans une séquence spectaculairement technique avec la cadence du Concerto n° 1 pour violon et orchestre de .

Pour la fougueuse Symphonie n°4 de Tchaïkovski, il entre sur scène, svelte, cintré dans une redingote bien taillée, l’allure princière, il gravit l’estrade et d’un geste ample et majestueux, il invite l’orchestre à saluer. Un geste habité de la grâce d’un danseur qui déjà atteste de l’élégance que le jeune homme imprimera à toute sa direction d’orchestre. Renforcé par une ligne de percussionnistes, quelques violonistes et autres cornistes, l’orchestre entame avec ferveur les premières mesures d’une symphonie dont le déroulement ira d’enchantements en bonheurs. Immédiatement Mihhail Gerts entre en musique. Sa capacité de pousser son ensemble vers l’avant, vers une densité sonore, vers une solidité magmatique est extraordinaire. Derrière ses gestes enveloppants et gracieux, sous sa baguette, il tient son ensemble avec une autorité souple. Sa direction d’orchestre ne cherche pas à révolutionner l’interprétation, les timbres des pupitres respectent la ligne, la mesure de la partition, mais sous-jacente à cette sagesse apparente, la pulsion continuelle qu’il imprime à l’orchestre nous transporte dans une irrésistible envie de battre la mesure avec lui. Le chef, comme l’orchestre, semble prendre un plaisir singulier à l’explosion des timbres, aux cuivres bondissants, à l’humour des bois, à l’âpreté soudaine des cordes. Toute cette musique brille d’exubérance, nous tient suspendus jusqu’au libérateur accord final. Alors, d’un bloc, le public exulte pour une ovation debout. Généreux, l’Orchestre national philharmonique de Russie et son chef offrent en bis la Danse hongroise, puis la Danse italienne (avec un formidable solo de trompette) tirés du ballet du Lac des Cygnes et enfin la Danse hongroise tirée du ballet Casse Noisette.

En résumé, devant les stars de la musique classique qui sautent de festivals en concerts jusqu’à l’épuisement, laissant souvent les spectateurs sur leur faim, Mihhail Gerts assure heureusement la relève. Un nom à retenir, un artiste à suivre absolument.

Crédit photographique : Mihhail Gerts © Kaupo Kikkas

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