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L’Ensemble Aleph à l’heure sud-américaine

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Paris. Théâtre de l’Aquarium. 15-XII-2018. Festival 12X12. Martin Matalon (né en 1958) : Trace pour violoncelle et électronique ; Tomás Bordalejo (né en 1983) : Repères, trio pour clarinette, contrebasse et marimba ; Fétiches, cinq caprices pour violon ; Fernando Fiszbein (né en 1977) : El Entrevero y el brillo, trio pour clarinette basse, violoncelle et marimba ; Quinteto pour flûte, violon, violoncelle, guitare et piano ; Mauricio Kagel (1931-2008) : Antithèse pour deux acteurs avec sons électroniques et sons publics ; José-Luis Campana (né en 1949) : New Quintet, d’après Tangata IV, pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano ; Jean-Charles François (né en 1944) : slam (CM). Ensemble Aleph : Gilles Burgos, flûte ; Dominique Clément, clarinette ; Noémi Schindler, violon ; Ariane Granjon, violon ; Christophe Roy, violoncelle ; Louis Siracusa, contrebasse ; Caroline Delume, guitare ; Jean-Claude Henriot, piano ; Jean-Charles François, percussion ; Louis Clément, régie générale ; Lucie Bourely, son ; Michel Pozmanter, direction

48404005_2190639601202737_6737921187608788992_nAutour de la figure de et son théâtre musical Antithèse, l’, qui clôt sa résidence au Théâtre de l’Aquarium, invite son public à un voyage en terre sud-américaine, avec à l’affiche quatre compositeurs argentins d’aujourd’hui.

L’immense est seul en scène, son casque sur la tête, dans Trace pour violoncelle et électronique de , l’un des compositeurs les plus ingénieux dans le domaine des nouvelles technologies. L’œuvre relève du « faux temps réel » puisque les transformations opérées sur le jeu instrumental ont été fixées sur support pour pallier les éventuelles failles techniques. L’énergie du geste et les sonorités flamboyantes que l’interprète tire de son instrument prennent une envergure spatiale spectaculaire à la faveur du travail très fin réalisé avec l’outil électronique et une projection du son (Lucie Bourely) idéale.

Dans son trio Repères pour clarinette, contrebasse et marimba, opère un travail spécifique sur les couleurs (la demi-clarinette, les baguettes sèches sur le marimba…) et le mouvement d’une matière sonore qui se fige in fine. Les orientations spectrales de son écriture se précisent dans Fétiches, une pièce pour violon seul superbement défendue par Noëmi Schindler. La partition est au format des Alla breve (alias Création mondiale) de France Musique (octobre 2018), enchaînant cinq « caprices » écrits tout spécialement pour la violoniste zurichoise : L’énergique, L’épaisse, Scherzando, La lyrique et L’étincelante. Bordalejo joue sur les composantes mouvantes d’une image spectrale, entre geste énergétique et stases suspensives.

L’actualité est riche pour le troisième compositeur argentin au programme, , qui vient d’être nommé à la tête de l’ensemble 2e2m et que l’on retrouvera au côté d’Aleph en tant que guitariste et bandonéoniste à la Salle des fêtes de Gennevilliers pour un Bal contemporain le 22 décembre. Son trio El Entrevero y el brillo pour violoncelle, marimba et clarinette tire son matériau d’une milonga de Piazzola qu’il ne dévoile que progressivement, au terme d’une trajectoire très sinueuse. Entendue dans le registre aigu des cordes du violoncelle doublé par l’archet passé sur les lames du marimba, l’émergence finale est aussi émouvante que poétique.

Au mitan de la soirée, un buffet très convivial dans l’immense hall du théâtre est offert au public. , percussionniste de l’ensemble, se lance alors dans un slam composé expressément pour le départ du directeur de l’Aquarium à qui l’artiste rend un hommage appuyé, aussi ludique que virtuose.

On le retrouve sur scène en début de seconde partie, avec son collègue clarinettiste . Ils sont en blouse de travail, entourés d’un fatras de machines et autres équipements technologiques des années 60 (écran, tourne-disque, magnétophone, générateurs de sons, fils et raccordements abondants…), qu’ils « bidouillent » avec plus ou moins de sérénité. Antithèse de Kagel est une mise en scène critique de « l’expérimental » et des compositeurs chercheurs de l’avant-garde (Schaeffer à Paris mais aussi Stockhausen à Cologne), dans une ambiance sonore très électronique qui ne va pas sans humour et dérision.

Deux Quintettes, celui de et de José-Luis Campana, des compositeurs présents parmi le public, terminent la soirée en beauté sous la direction de . La même intériorité (celle du trio susdit) est perçue dans Quinteto de Fiszbein, une pièce intimiste bénéficiant d’une légère sonorisation. Mystère et étrangeté sont entretenus à travers l’écriture d’une guitare infra-chromatique ( très réactive) et la recherche de timbres hybridés (le piano est préparé) au sein d’un lent processus d’émergence. La fin cut est saisissante. La clarinette remplace la guitare dans New Quintet d’après Tangata IV, la dernière œuvre de la soirée que José-Luis Campana vient présenter. La pièce est l’agrandissement du duo piano/violoncelle pré-existant, dans le sens d’un déploiement spectral finement conduit, mettant à l’œuvre l’énergie du son et les transformations du timbre. Le piano () et la résonance de ses basses fondamentales restent le socle d’une écriture de la couleur, privilégiant la dimension verticale et harmonique.

Crédit photographique : ©

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Paris. Théâtre de l’Aquarium. 15-XII-2018. Festival 12X12. Martin Matalon (né en 1958) : Trace pour violoncelle et électronique ; Tomás Bordalejo (né en 1983) : Repères, trio pour clarinette, contrebasse et marimba ; Fétiches, cinq caprices pour violon ; Fernando Fiszbein (né en 1977) : El Entrevero y el brillo, trio pour clarinette basse, violoncelle et marimba ; Quinteto pour flûte, violon, violoncelle, guitare et piano ; Mauricio Kagel (1931-2008) : Antithèse pour deux acteurs avec sons électroniques et sons publics ; José-Luis Campana (né en 1949) : New Quintet, d’après Tangata IV, pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano ; Jean-Charles François (né en 1944) : slam (CM). Ensemble Aleph : Gilles Burgos, flûte ; Dominique Clément, clarinette ; Noémi Schindler, violon ; Ariane Granjon, violon ; Christophe Roy, violoncelle ; Louis Siracusa, contrebasse ; Caroline Delume, guitare ; Jean-Claude Henriot, piano ; Jean-Charles François, percussion ; Louis Clément, régie générale ; Lucie Bourely, son ; Michel Pozmanter, direction

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