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Les ballets blancs du Stuttgarter Ballett

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Stuttgart. Opernhaus. 28-XII-2018. Shades of White. Stuttgarter Ballett. Orchestre national de Stuttgart ; direction : Wolfgang Heinz.
Concerto pour flûte et harpe. Chorégraphie : John Cranko ; musique : Wolfgang Amadeus Mozart. Avec : Ami Morita, Timoor Afshar, Hyo-Jung Kang, Moacir de Oliveira.
Le royaume des ombres extrait de la Bayadère. Chorégraphie : Natalia Makarova d’après Marius Petipa ; musique : Ludwig Minkus ; décor : Jadwiga Maria Jarosiewicz. Avec : Elisa Badenes (Nikiya) ; David Moore (Solor) ; Daiana Ruiz, Rocio Aleman, Angelina Zuccarini (trois ombres).
Symphony in C. Chorégraphie : George Balanchine ; musique : Georges Bizet. Avec : Miriam Kacerova/Friedemann Vogel ; Alicia Amatriain/Roman Novitzky ; Hyo-Jung Kang/Timoor Afshar ; Elisa Badenes/Moacir de Oliveira.

Shades of WhitePour une fois, Cranko n’est pas l’alpha et l’oméga : c’est d’abord Balanchine qui justifie la soirée.

Il n’est jamais mauvais de donner aux triple bills qui alternent avec les grands ballets du répertoire une cohérence, ou du moins une thématique commune : c’est ce que fait le Ballet de Stuttgart en consacrant une soirée au ballet blanc, depuis ses origines romantiques (sans remonter pour autant à Giselle) jusqu’aux années 1960.

La soirée s’ouvre par un très long lever de rideau : le concerto pour flûte et harpe de Mozart est sans doute une de ses œuvres les moins intéressantes, et le ballet que Cranko en a tiré, avec son corps de ballet exclusivement masculin et ses deux couples de solistes, ne sort pas de la fadeur. Il y a pourtant dans l’écriture chorégraphique de la pièce un effort réel d’originalité, mais l’absence d’une structure et le manque de variété de l’ensemble condamne le spectateur à l’ennui – les interprètes, pris ce soir dans les espoirs de la troupe, se défendent vaillamment, mais ils n’y peuvent pas grand-chose.

L’acte des Ombres de La Bayadère, dans la version sage et sans mystère de Natalia Makarova, paraît un peu terne comparé à la résurrection berlinoise montée par Alexei Ratmansky ; cette fois, ce sont les dames qui font nombre, avec plus de vaillance dans les équilibres que leurs collègues berlinoises ; parmi les ombres, c’est certainement Rocio Aleman qui frappe le plus par l’élan de sa danse, mais Daiana Ruiz et Angelina Zuccarini font elles aussi honneur aux capacités classiques de la troupe. Le partenariat entre les deux personnages principaux de l’acte manque au contraire de fluidité, de manière un peu surprenante, et assure plus qu’il n’enthousiasme avec une danse précise et techniquement fiable ; , elle, fait preuve d’une belle légèreté qui fait penser à l’émouvante Odette qu’elle composait un an plus tôt dans Le lac des cygnes version Cranko.

Shades of White

Le clou du spectacle, sans surprise, est la dernière pièce, ne serait-ce que parce qu’elle donne l’occasion aux solistes de la troupe de briller. Symphony in C, moment décisif dans la carrière de Balanchine entre Europe et États-Unis, donne une tribune idéale à un couple de danseurs complétés par deux couples de demi-solistes et un corps de ballet pour chacun des quatre mouvements de la symphonie de Bizet. Le premier mouvement vaut surtout ici pour la présence de , toujours admirable de ligne et de discrète intensité, aux côté de Miriam Kacerova rayonnante et légère. La ligne et la discrétion peuvent d’ailleurs bien décrire l’interprétation d’ensemble de la troupe, moins trépidante sans doute que ce que peut proposer le New York City Ballet – mais après tout, Symphony in C n’est pas Rubis. Le second mouvement, cependant, offre une perle avec laquelle toutes les troupes ne peuvent pas rivaliser : en un partenariat idéal avec , est éblouissante de poésie retenue, de naturelle souveraineté assise sur une technique de fer. Toute l’abstraction balanchinienne, ainsi incarnée, trouve toute sa raison d’être.

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