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Glass 2018, du luxe et de l’essentiel

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Philip Glass (né en 1937) : Symphony No 11. Bruckner Orchester Linz, direction : Dennis Russell Davies. 1 CD Orange Mountain. Enregistré à la Brucknerhaus de Linz le 12 juin 2017. Livret en anglais. Durée : 36:24

The Spirit of the Earth. Avec : Philip Glass, piano ; Daniel Medina de la Rosa, xaweri, voix ; Erasmo Medina Medina, kanari. 1 CD Orange Mountain. Enregistré en décembre 2017 à Aerflot Studio, CDMX. Livret en anglais. Durée : 74:18, 74:27

 

glass s1 orange mountainAlors que sont encore très attendus au disque une poignée d’opéras (The Fall of the house of Usher, Appomatox…) pourtant captés, Orange Mountain Music choisit de faire le point sur l’actualité de au moyen du grand écart de deux parutions aussi dissemblables que possible et, contre toute attente, d’une logique complémentarité : Symphonie n° 11 et The Spirit of the Earth.

Et de 11 ! Lorsqu’en 1992, Dennis Russell Davies encouragea à prouver qu’il n’était pas qu’un homme d’images (on fit douter longtemps de la viabilité d’Einstein on the beach et de Koyaanisqatsi privés de Wilson et de Reggio avant de vouloir reconnaître l’évidence : la seule bande-son de ces œuvres marquantes faisait le bonheur inextinguible de ses auditeurs), il était loin de se douter qu’un quart de siècle plus loin, celui dont il fut le pygmalion symphonique lui demanderait de créer l’ultime avatar d’un genre où il avait déjà dépassé la barre symbolique des neuf beethovéniennes. Sur les onze, seules trois symphonies sont narratives. La Cinquième est un Requiem, la Sixième une ode anti-nucléaire sur un poème d’Allen Ginsberg, la Septième un manifeste Toltec. Les huit autres sont de musique pure.

Avis de tempête. Première nouvelle symphonique glassienne de l’ère Trump, on ne peut s’empêcher de sentir souffler l’effroi qu’on imagine agiter l’humaniste Glass au long de trois mouvements d’une véhémence rare. Même le Mouvement II, passée une paire de minutes nous promettant l’avènement d’une de ces mélodies mélancoliques coutumière du compositeur, subit la bourrasque déjà « soufflante » du Mouvement I. Pas d’échappatoire dans le tempétueux Mouvement III, introduit avec huit percussionnistes déchaînés, déroulé fortissimo jusqu’au bord du vide. Un total sentiment de dévastation. Censée sceller les 15 ans de Davies à la tête du Bruckner Orchester de Linz, cette symphonie de 36 minutes, qui pourrait s’intituler Les Adieux, clame le luxe de la phalange autrichienne qui commanda et créa avant cette Onzième, les opéras Kepler et The Lost, les Symphonies n° 6, 8 et 9. Envisagée avec humilité par Glass comme une tentative de mise en ordre de ses différentes périodes (post-minimaliste, post-romantique, post-néoclassique), on ne peut s’empêcher d’entendre dans cette Symphonie n° 11, au-delà de la coutumière mélancolie du compositeur, sa sourde inquiétude d’un monde en marche vers sa fin.

glass The Spirit of the EarthOn trouvera une manière de baume dans The Spirit of the Earth. Les quatre plages de ses 2h30 nous renvoient dans l’amont d’un Mexique pré-conquistadorien, en un temps où les religions anthropomorphiques n’avaient pas encore lesté l’âme des hommes. Il existe encore de nos jours de ces hommes pour qui la Nature est le seul référent spirituel : les Wixaritari. Le peuple Wixarika a résisté et continue à résister à tous les monothéismes au moyen d’hommages aux Poderios (forces de la nature), au Blue Deer ou Older Brother (entité protectrice) à l’Hikuri (cactus sacré). Philip Glass a lié amitié avec ces hommes qu’il retrouve de temps à autre pour des concerts à haute teneur ressourçante. Il est ainsi devenu l’ami de comme il est devenu celui de . Il trouve dans le xaweri (violon), le kanari (guitare), la voix des Mexicains ce qu’il avait trouvé dans la cithare des Indiens, à savoir le dépouillement et l’intériorité à même d’apporter réponse à la question exprimée dans ses mémoires : d’où vient la musique ?

Face au chant et au jeu incantatoires de et de son fils , le clavier de Glass (beaucoup plus présent, mélodieux et dansant que dans le frustrant Concert of sixth sun paru en 2013) s’affirme progressivement : les simples accords, les coulées progressives d’arpèges, les graves prenants des fondements d’une chaconne géante façon Canon de Pachelbel ou Ground de Purcell, matrice du système glassien. Le résultat, qu’on qualifiera d’hypnotique, invite au lâcher-prise, au voyage intérieur. La leçon d’un retour au bon sens de l’Humanité face à la Nature comme aux fondamentaux de la musique, en tous cas de celle de Glass.

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Philip Glass (né en 1937) : Symphony No 11. Bruckner Orchester Linz, direction : Dennis Russell Davies. 1 CD Orange Mountain. Enregistré à la Brucknerhaus de Linz le 12 juin 2017. Livret en anglais. Durée : 36:24

The Spirit of the Earth. Avec : Philip Glass, piano ; Daniel Medina de la Rosa, xaweri, voix ; Erasmo Medina Medina, kanari. 1 CD Orange Mountain. Enregistré en décembre 2017 à Aerflot Studio, CDMX. Livret en anglais. Durée : 74:18, 74:27

 
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