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Le retour sur scène de Marc’Antonio e Cleopatra

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Clermont-Ferrand. Opéra-Théâtre. 29-I-2019. Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Marc’Antonio e Cleopatra, serenata à deux voix sur un livret de Francesco Ricciardi. Avec : Marta Fumagalli, Marc’Antonio ; Leslie Visco, Cleopatra. La Cappella Neapolitana, direction : Antonio Florio

_14A0150Quoi de plus naturel que de retrouver à Clermont et sa , présents lors du démarrage de la saison du Centre Lyrique il y a vingt ans, pour cette saison anniversaire.

Spécialisé dans la redécouverte de partitions de compositeurs napolitains, revient avec une nouvelle proposition sortie des sentiers battus : Marc’Antonio e Cleopatra de . Hasse ? Napolitain ? Vraiment ? Bien que né à Bergedorf en Allemagne (1699-1783), c’est effectivement de cette manière que l’on peut aujourd’hui qualifier le compositeur. L’exposition Viva Napoli ! Naples au Siècle des Lumières présentée par l’institution cette saison retrace ainsi la formation musicale de cet artiste au sein de l’école napolitaine qui rayonnera ensuite dans toute l’Europe.

Formé donc à Naples dès son plus jeune âge, le jeune Hasse a dans un premier temps comme professeur au conservatoire le fameux Nicola Porpora (1686-1768) qui a également formé Farinelli. Mais l’entente entre le professeur et l’élève ne se révèle pas fameuse, et c’est dans un second temps que Hasse continue sa formation musicale auprès d’Alessandro Scarlatti (1660-1725) afin de mener une carrière au cours de laquelle il compose pas moins de 1 600 œuvres dont 70 opéras. Ce préambule n’est pas anodin quand on sait que Marc’Antonio e Cleopatra fut créé dans un salon en 1725 sous le regard (et l’écoute !) attentif du maître qui décédera un mois après la première, faisant supposer que l’élève cherchait aussi à briller auprès de son mentor à travers l’éclat de cette partition.

Qualifié de « sérénade » par le directeur et metteur en scène Pierre Thirion-Vallet, ou alors d’« opéra miniature » par le chef d’orchestre de La , cet ouvrage se révèle bien étonnant à l’écoute. La partition rassemble toutes les caractéristiques d’un opéra avec deux parties distinctes, parfaitement équilibrées en présentant chacune quatre airs et un duo, entrecoupés de récitatifs complexes car exploitant des tonalités et des modulations peu usitées à l’époque. L’œuvre se singularise toutefois par l’absence d’intrigue, mais déploie une succession d’états d’âme (ce sont les dernières heures de vie avant le suicide du couple que retrace ces 1h40 de musique), mais aussi en se limitant à deux protagonistes que sont le Général romain et La Reine d’Égypte.

Dès l’ouverture, c’est une rencontre entre deux styles (français et italien) que Hasse choisit de conjuguer. De style savant, l’écriture orchestrale se révèle très dense tout au long de l’ouvrage. Durant les dix premières minutes de musique, il est dommage que les parties de dessus de la Cappella Neapolitana ne soient pas toujours moelleuses, mais la clarté d’émission finalement explose pour une agréable sonorité d’ensemble où le violoncelliste Alberto Guerrero affirme sa virtuosité alors que le clavecin d’Andrea Perugi se révèle plein d’inventivité. La vigueur et le tourment des intentions musicales se déploient dans un tempo large mais les lignes ne semblent pas suffisamment renouvelées dans leur écriture pour une palette expressive endurante tout au long de cette exécution.

Côté voix, l’auditeur du XXIe siècle s’étonnera probablement d’une distribution intégralement féminine pour la mise en musique d’un couple amoureux. Mais au début du XVIIIe siècle, le choix s’était tourné vers Farinelli pour incarner Cléopâtre, le castrat âgé de 19 ans étant au début de sa carrière, avec à ses côtés Vittoria Tessi pour le rôle du gouverneur, contralto qui accompagnera ensuite régulièrement le célèbre castrat lors de ses prestations publiques. Un personnage masculin créé pour une voix de femme, une héroïne pour un castrat : belle confusion des genres surtout quand on sait que l’écriture vocale de Hasse est fortement liée aux possibilités (exceptionnelles !) de ces chanteurs de talent, et en particulier de celles de Farinelli. Ce soir, l’art du bel canto baroque se déploie sans artifices excessifs et avec une facilité désarmante, par le biais de deux caractérisations de personnages diamétralement opposées. Le soprano lyrique de (élève d’Antonio Florio dans le cadre d’un Master en musiques anciennes à Naples) montre beaucoup d’agilité pour exprimer l’effervescence de la reine d’Égypte. La mezzo , quant à elle, grâce à une voix chaude à la limite du contralto, exprime au mieux la mélancolie de Marc’Antonio par une puissance vocale manifeste et un contrôle de l’intonation exemplaire. Viva Napoli !

Crédits photographiques : © Yann Cabello

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Clermont-Ferrand. Opéra-Théâtre. 29-I-2019. Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Marc’Antonio e Cleopatra, serenata à deux voix sur un livret de Francesco Ricciardi. Avec : Marta Fumagalli, Marc’Antonio ; Leslie Visco, Cleopatra. La Cappella Neapolitana, direction : Antonio Florio

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