Don Pasquale à Montpellier, cabinet de curiosités

La Scène, Opéra, Opéras

Montpellier. Opéra Comédie. 24-II-2019. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Don Pasquale, opéra-bouffe en 3 actes sur un livret de Giovanni Ruffini. Mise en scène et lumières : Valentin Schwarz. Décors, costumes et lumières : Andrea Cozzi. Avec : Bruno Taddia, Don Pasquale ; Julia Muzychenko, Norina ; Edoardo Milletti, Ernesto ; Tobias Greenhalgh, Docteur Malatesta ; Xin Wang, le notaire. Chœur Opéra national Montpellier Occitanie (chef de chœur : Noëlle Gény). Orchestre national Montpellier Occitanie, direction : Michele Spotti

Don Pasquale OONM 3À l’Opéra de Montpellier, Don Pasquale fait cette année son entrée au répertoire. C’est sous le regard de la jeunesse, que ce soit autant pour la mise en scène que pour la direction musicale, que le célèbre opéra de Donizetti se renouvelle au bénéfice d’un nouveau public.

Souvent considéré comme l’apothéose de l’opera buffa, le dernier opéra de Donizetti n’est pas qu’une œuvre drôle et légère. Dans la mise en scène de , le féminisme est revendiqué sans détour, marqué plus encore par la juxtaposition du passé du ronchon Don Pasquale dont la tenue sombre se pare d’une fraise typique du XVIe siècle (il apparaît même en armure de chevalier au deuxième acte !), et de l’univers futuriste de la conquérante Norina en longs cheveux bleus et legging vert pailleté, alors que le timide Ernesto porte un simple tee-shirt ainsi qu’un bermuda. Le choc temporel s’opère même dans la bibliothèque du vieil oncle, sublime cabinet de curiosités démesuré d’un autre temps où les éléments seront ensuite exploités par les personnages, certains d’entre eux devenant même des curiosités à part entière à l’image de Don Pasquale suspendu tout comme ses fossiles. Mais dans ce cabinet, il est planté étonnamment une tente en plein milieu, le lieu de vie de son neveu qui n’arrivera jamais à s’intégrer dans l’univers de son ainé.

Le regard du metteur en scène est particulièrement bien calibré : l’humour du livret se traduit ici avec une belle espièglerie, sans niaiserie ni facilité, à l’image des quelques incursions de saynètes en arrière-scène où des malices ponctuent agréablement l’intrigue. joue sur le quiproquo sans caricaturer les protagonistes, et en substituant certains éléments de l’ouvrage dans l’objectif de susciter la même réaction qu’à la création de l’œuvre en 1843. Ainsi, l’insupportable Norina ne donne plus la fameuse gifle à son vieil époux, c’est son cher violon qu’elle piétine frénétiquement, des cris d’effroi se généralisant dans la salle à la vue de ce judicieux substitut.

Pour donner du liant entre ces différentes touches clairement antinomiques, quoi de mieux qu’un soupçon de magie matérialisé par des effets spéciaux de bon augure (lumières, pyrotechnies et chanteurs suspendus dans les airs), et surtout par deux personnages fantasmagoriques présents sur scène tout au long de la représentation. Grâce à cette sorcière mystérieuse (Katia Abbou) et ce spectre squelettique (Vincent Bexiga), dans cette nouvelle production, l’Opéra national de Montpellier fait entrer par la grande porte le chansigne dans le monde de l’opéra. Bien plus qu’un surtitrage assuré en direct, les deux signeurs interprètent autant que les chanteurs, parfois à leur côté, parfois faisant partie intégrante de l’action, parfois en alimentant la poésie de la musique – particulièrement lors de la sérénade d’Ernesto destinée à l’élue de son cœur (Com’è gentil).

Don Pasquale OONM 2

Le couple amoureux est à la hauteur de la partition de Donizetti, forts d’une projection victorieuse autant pour l’un que pour l’autre. (Norina) exhibe un ambitus large et un timbre percutant, source d’un lyrisme exacerbé dans son Quel guardo il cavaliere, agrémenté d’un phrasé élégant tout au long de sa performance, et d’une belle agilité dans ses vocalises, attestant ainsi de la réussite de cette prise de rôle. Le chant d’Edoardo Milletti (Ernesto), d’une belle noblesse, sait faire oublier l’air pataud de son personnage qu’il doit constamment imprégner dans cette mise en scène. La profondeur de son Sogno soave e casto répond à la mélancolie de son Cercherò lontana terra, bien loin de la légèreté de son apparence candide.

C’est tout le contraire pour qui interprète le rôle-titre, sans que ce constat dévalorise une prestation amplement réussie. Parfois un peu perdu dans le tourbillon orchestral, le baryton n’a pas la même puissance vocale, particulièrement dans les notes les plus graves. Mais la maîtrise du verbe est parfaite, donnant toute sa fougue à ce loufoque septuagénaire, excellant dans le canto sillabico à toute vitesse et avec des aigus sans reproche dans son air Son nov’ore.

Enfin, machiavélique à souhait, l’immoralité se matérialise en la personne de Malatesta, docteur devenu ici personnage ecclésiastique à l’origine du fameux quiproquo. Annoncé malade en début de représentation, assure sans faillir sa prestation de bout en bout. Le souffle court ne limite pas une projection honorable, permettant de propager l’amusante sournoiserie de ce personnage qui profite de sa soutane pour mieux tromper ses interlocuteurs.

Sous la baguette précise d’une jeunesse fougueuse incarnée par , le chœur de l’Opéra se révèle bien sage sur le plateau, alors qu’en fosse l’ fait preuve au contraire d’un jouissif brin de folie. Tonitruante en lever de rideau dans un tempo frénétique, c’est une phalange enjouée qui déploie une musique contrastée de bout en bout, servant au mieux la caractérisation psychologique des personnages choisie par le compositeur italien.

Crédits photographiques : © Marc Ginot

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