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Musique ancienne et nouveau monde avec Patricia Petibon et l’ensemble La Cetra

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Luxembourg. Salle de Musique de Chambre de la Philharmonie. 4-III-2019. Tarquinio Merula (1595-1665) : Ballo detto Pollicio, extrait de la Sonata xxiv ; Henri Le Bailly (1590-1637) : « Yo soy la locura » ; Traditionnels : Cachua a voz y bajo Al Nacimiento de Christo Nuestro Senor, « Mon amy sʼen est allé », « Greensleeves », « J’ai vu le loup, le renard, le lièvre », Tonada la Lata a voz y bajo para bailar cantando ; José de Nebra (1702-1768) : « En amor, pastorcillos », « El bajel que no recela » extrait de Vendado es amor, no es ciego ; Henry Purcell (1659-1695) : Rondeau, Air, Hornpipe, musique instrumentale autour de « If love’s a sweet passion », Dance for the Fairies extraits de The Fairy Queen, « When I am laid » extrait de Dido and Aeneas ; Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : « Sans frayeur dans ce bois » ; musique instrumentale et « Quel prix de mon amour » extraits de Médée ; Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : « Vaste empire des mers » extrait des Indes galantes ; Air pour les Foux gais, Air pour les Foux tristes, Tambourin et « Aux langueurs dʼApollon » extraits de Platée ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Sarabande extraite d’Almira, gigue exraite d’Il pastor fido – Terpsichore. Patricia Petibon, soprano ; Hermine Martin, flûte et cornemuse ; Yula S., percussion. La Cetra Barockorchester Basel, direction et violon : Eva Borhi

5Dans le cadre d’un programme survitaminé, soprano et instrumentistes mélangent les genres pour proposer un concert où se mêlent humour, émotion, talent et inventivité.

Le programme « Nouveau monde » de et de l’ensemble La Cetra n’avait pas encore été chroniqué dans nos colonnes. On y retrouve cependant le style déluré et quelque peu clownesque qui caractérise beaucoup d’apparitions de notre soprano inclassable, qui se moque comme d’une guigne des usages et des rituels du grand concert classique. Déjanté ? Génial ? Foufou ? Déplacé ? Hors-norme ? Scandaleux ? Chacun pourra se faire son opinion du style du concert, mais une critique défavorable reviendrait à minimiser la parfaite adhésion du public et surtout le plaisir que prend ce dernier à se laisser embarquer dans cette ambiance musicale joyeuse et festive, qui permet d’allier moments de bonheur et découverte musicologique. Car il serait malhonnête de ne pas reconnaître l’originalité d’un programme qui, de Purcell et Haendel à Charpentier et Rameau, en passant par l’Italien et l’Espagnol , rompt les barrières et casse les genres en faisant cohabiter musiques dites savantes et populaires issues de pratiques et de traditions souvent jugées à tort incompatibles.

Dans les grands classiques du répertoire, notre soprano est évidemment dans son élément naturel. La Médée de Charpentier, la Didon de Purcell lui tirent des accents pathétiques qui vont droit au cœur. La plainte de Didon notamment, qui semble sortir des profondeurs de la terre, tutoie des sommets dont on mesure d’autant plus la hauteur qu’ils paraissent entièrement réinventés. Sa Folie de Platée est désormais un classique, dont la lecture postmoderne est totalement en phase avec cet autre sommet de parodie que constitue l’air « El bajel que no recela » de . On en oublierait presque, avec tant de drôlerie, que c’est aussi, et encore, un soprano au grain pulpeux et charnu qui a su garder avec le passage des années toute sa luminosité et tout son cristal. Dans les morceaux issus des traditions plus populaires, la chanteuse fait valoir son art de dire et de rendre vivant un texte, art auquel les lancers de peluches, ports de lunettes aux formes outrées ou autres accessoires quelque peu biscornus n’apportent finalement qu’une innocente toile de fond. Les imitations de cris d’oiseaux et les bruitages divers apportent tous, en revanche, leur dose de poésie.

Un tel programme ne serait rien sans la complicité et le talent d’instrumentistes qui réagissent au quart de tour. Avec les musiciens de La Cetra, cela était bien le cas ce soir. Emmenés du bout de son archet par la violoniste Eva Borhi, les artistes redoublent d’énergie, de savoir-faire, d’humour et d’inventivité, et contribuent très largement au succès de la soirée. On notera tout particulièrement la présence à la flûte et à la cornemuse de la jeune Hermine Martin, ainsi que celle de l’excellent Yula S. à la percussion. En somme, un concert empli de soleil dont on ressort boosté et revitaminé, comme nous en avons tous besoin lorsque l’hiver joue les prolongations.

Crédit photographique : © Sébastien Grébille

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