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Michael Sanderling accompagne Gil Shaham à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 11-III-2019. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 61. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Rachel Harnisch, soprano. Gil Shaham, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Michael Sanderling

L’ était sous la direction non dénuée d’ampleur du chef , pour d’abord accompagner le violon toujours si génial de dans le Concerto de Beethoven, puis conduire d’une seule ligne la Quatrième Symphonie de Mahler.

Yuri Temirkanov devait fêter musicalement en France ses 80 ans grâce à deux concerts avec le Philharmonique de Radio France. Absent depuis plusieurs mois des scènes pour raison de santé, le chef russe a annulé seulement une semaine plus tôt, laissant la baguette du premier concert le 6 mars à Aziz Shokhakimov, et du second à .

La figure élancée du chef allemand de 51 ans, fils du célèbre Kurt Sanderling, contraste autant physiquement avec le chef initialement attendu que par le traitement des deux ouvrages interprétés ce soir. Il entre dans le Concerto pour violon de Beethoven avec un timbalier aux baguettes cotonneuses et des cordes d’une belle moiteur, et surtout une petite harmonie chaude et claire, dont plusieurs instrumentistes se feront remarquer pendant leurs soli tout au long de la soirée. Passée l’introduction orchestrale, aborde l’œuvre avec son sourire habituel, et le son splendide de son Stradivarius, sur lequel l’archet fait toujours autant preuve de facilité dans un jeu très légato. La première cadence n’est autre que celle de Kreisler, quelque peu réappropriée, au moins par les libertés d’accents et de pauses. L’orchestre reprend en pizzicati pour nous emmener vers la coda de l’Allegro, avec pour conclure la remarquable intervention du premier basson. Les applaudissements d’une partie du public se font entendre et font rire le violoniste, qui s’applaudit alors lui-même en regardant le chef, puis le premier violon.

shaham_CSOLe Larghetto débute et le dialogue reprend entre génie et orchestre, avec la mise en avant du premier clarinettiste d’abord, puis rapidement du thème en contrepoint du basson. Shaham se permet dans cette salle bien supérieure par l’acoustique à l’ancienne salle Pleyel de descendre très bas dans le volume de sa partition, application d’un sotto vocce au thème amoureux que l’on connaît bien chez cet artiste, mais que l’on ne pouvait entendre à Paris auparavant. Le chef accompagne sans jamais chercher à imposer son style, seulement dans le but d’équilibrer les parties d’un orchestre de grande qualité, et parfois de laisser le soliste s’amuser. L’Allegro final achève l’ouvrage avec une belle dynamique, et toujours un accord de toute les parties, et un Shaham joueur dès l’introduction du thème. Deux bis sont offerts pour répondre aux applaudissements nourris. Le premier jette dans le grand bain le premier violon de l’orchestre qui a remplacé au pied levé Hélène Colerette normalement prévue. La Gavotte de Jean-Marie Leclair tirée de sa Sonate opus 3 n° 5 met en avant l’archet de Nathan Mierdl, à qui Shaham a en plus laissé la première partie. Puis le soliste revient une dernière fois, seul, pour une Gavotte en rondeau de la Troisième Partita de Bach.

La Symphonie n° 4 de interprétée ensuite bénéficie d’un orchestre au grand complet, à cela près que le cor solo se fait attendre plus d’un quart d’heure, car son instrument a cassé à l’entracte, et que l’on doit lui en trouver un de remplacement. Il prendra tout le premier mouvement pour apprivoiser son nouvel instrument et jusqu’à la fin, les soli ne seront pas aussi assurés que s’il avait eu son propre instrument, même si ceux du Ruhevoll se démarquent par leur pureté. La symphonie débute avec une belle ampleur de cordes, chaudes à leur habitude, sans que se dévoile une véritable personnalité dans l’interprétation de Michael Sanderling. Il traite particulièrement bien le scherzo, là où le premier violon doit jongler entre son violon et un second, accordé un ton plus haut, grinçant à souhait dans la coda du mouvement parmi les cors et la petite harmonie. De celle-ci se distingue encore et toujours l’excellent premier basson, sauf au Ruhevoll où son duo avec le hautbois est trop appuyé. Les flûtes, piccolo inclus, et la première clarinette se montrent également magnifiques. Le mouvement lent ne prend pas le temps de s’arrêter et est au contraire déroulé d’un tempo quasi allegro par le chef, sans aucun excès de pathos. Au Finale, difficile de décrire la prestation de , artiste découverte avec Abbado et superbe Rachel récente sur les scènes françaises, car le programme annonce qu’elle a accepté de chanter malgré une infection respiratoire aigüe. Le souffle est en effet très court et les prises d’air anormales forcent le chef à attendre, où à continuer sans que la soprano ne soit tout à fait en place.

Malgré beaucoup d’absents et de malades, dont Temirkanov normalement fêté, cette soirée aura tout de même existé et montré de belles qualités.

Crédits photographiques : Michael Sanderling : © Marco Borggreve ; Gil Shaham : © Todd Rosenberg

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