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Après Aix, Versailles et Saint-Denis, Erismena à Luxembourg

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Luxembourg. Grand-Théâtre. 30-III-2019. Francesco Cavalli (1602-1676) : Erismena, dramma per musica en un prologue et trois actes sur un livret d’Aurelio Aureli. Mise en scène et lumières : Jean Bellorini. Décors : Jean Bellorini et Véronique Chazal. Costumes : Macha Makeïeff. Avec : Judith Fa, Erismena ; Carlo Vistoli, Idraspe ; Norma Nahoun, Aldimira ; Jakub Józef Orliński, Orimeno ; Alexander Miminoshvili, Erimante ; Fiona McGown, Flerida ; Andrea Vincezo Bonsignore, Argippo ; Patrick Kilbride, Alcesta ; Fabien Hyon, Diarte ; Paul Figuier, Clerio Moro. Cappella Mediterranea, direction : Leonardo García Alarcón

ERISMENA (Jean BELLORINI) 2017Dans une distribution en grande partie renouvelée, l’ouvrage de Cavalli poursuit sa conquête du public d’opéra.

À l’occasion de la création aixoise d’Erismena, nous avions dit dans nos colonnes tout le bien que nous pensions de cet ouvrage furieusement théâtral, qui pratique le mélange des genres de manière presque inconvenante. La mise en scène de , qui clarifie par la fluidité de son jeu d’acteurs une intrigue d’une rare complexité défiant toutes les lois de la vraisemblance et de la rationalité, prend le parti pris de la veine comique tout en réservant des moments de vérité de grande beauté. L’élégance et la sobriété du décor, fait d’une plaque grillagée amovible semblant écraser ou porter les personnages du drame, sont rehaussées par de magnifiques éclairages qui donnent vie et force à de rares accessoires. Un ensemble d’ampoules rondes suspendues dans les cintres, qui signalent à la fois l’intensité et la nature éphémère des sentiments des personnages, participe du comique de l’action tout en soulignant la poésie qui se dégage du déferlement des passions. Les costumes, parfaitement loufoques, décalés et désassortis, contribuent à cette esthétique du dérèglement.

Par rapport à la production de juillet 2017, la distribution compte six nouveaux venus sur les dix personnages du drame. Les sopranos et , respectivement Erismena et Aldimira, se font ainsi toutes deux remarquer par un timbre frais et sensuel, qui sied particulièrement bien à la déclamation vocale caractéristique des ouvrages de cette période de l’opéra vénitien. La mezzo soprano complète en beauté la distribution féminine, remarquable dans l’ensemble pour son engagement scénique et son sens théâtral. Parmi les deux domestiques masculins, on retrouve avec plaisir l’Argippo du baryton d’, tout en découvrant le Diarte du ténor . est toujours aussi efficace dans la partie du vieux roi Erimante, dont il maîtrise parfaitement la caractérisation scénique et vocale. Nouveau venu dans la distribution, le ténor Patrick Kilbride est absolument impayable dans le rôle de la vieille nourrice Alcesta ; doté d’un organe clair et puissant, le chanteur américain sait rendre intelligible chaque syllabe d’un texte particulièrement grivois. Sur les trois contreténors de la soirée, seul le jeune Paul Figuier débute dans son rôle. Il aura fait valoir une voix homogène et bien placée, qu’on se réjouit d’entendre dans une partie plus développée. Les deux autres, et , ont déjà fait les beaux soirs des précédentes représentations. Le deuxième est devenu depuis la coqueluche du petit monde baroqueux, autant par la rondeur charnue de sa voix et la qualité de son chant que par sa prestance physique. Le premier ne lui est en rien inférieur, même s’il est vrai que l’instrument n’a pas tout à fait la même onctuosité. Mais l’engagement scénique est total.

Dans la fosse, l’ensemble régale l’oreille de la sensualité de ses sonorités et de l’énergie de ses rythmes. On ne remerciera jamais assez son chef d’avoir été l’artisan d’une aussi fascinante découverte. Le public luxembourgeois a réservé un triomphe à cette production qui, en dépit de ses deux heures et demie de musique, n’a laissé place à aucune longueur.

Crédit photographique : © Pascal Victor

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Luxembourg. Grand-Théâtre. 30-III-2019. Francesco Cavalli (1602-1676) : Erismena, dramma per musica en un prologue et trois actes sur un livret d’Aurelio Aureli. Mise en scène et lumières : Jean Bellorini. Décors : Jean Bellorini et Véronique Chazal. Costumes : Macha Makeïeff. Avec : Judith Fa, Erismena ; Carlo Vistoli, Idraspe ; Norma Nahoun, Aldimira ; Jakub Józef Orliński, Orimeno ; Alexander Miminoshvili, Erimante ; Fiona McGown, Flerida ; Andrea Vincezo Bonsignore, Argippo ; Patrick Kilbride, Alcesta ; Fabien Hyon, Diarte ; Paul Figuier, Clerio Moro. Cappella Mediterranea, direction : Leonardo García Alarcón

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