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Le Prince de Hombourg de Henze à Stuttgart

La Scène, Opéra, Opéras

Stuttgart. Opernhaus. 29-III-2019. Hans-Werner Henze (1926-2012) : Le Prince de Hombourg, opéra d’après la pièce de Kleist adaptée par Ingeborg Bachmann. Mise en scène : Stephan Kimmig ; décor : Katja Haß ; costumes : Anja Rabes ; vidéo : Rebecca Riedel. Avec : Štefan Margita (Prince-électeur) ; Helene Schneiderman (l’Électrice) ; Vera-Lotte Böcker (Princesse Natalie) ; Robin Adams (Prince de Hombourg) ; Moritz Kallenberg (Comte Hohenzollern) ; Michael Ebbecke (Maréchal Dörfling) ; Friedemann Röhlig (Colonel Kottwitz) ; Johannes Kammler (Gardien). Staatsorchester Suttgart, direction : Thomas Guggeis

Der Prinz von Homburg von Hans Werner Henze Oper in drei Akten nach dem Schauspiel von Heinrich von Kleist, für Musik eingerichtet von Ingeborg Bachmann Musikalische Leitung: Cornelius Meister Regie: Stephan Kimmig Bühne: Katja Haß Kostüme: Anja Rabes Video: Rebecca Riedel Licht: Reinhard Traub Dramaturgie: Miron Hakenbeck Auf dem Bild Vera-Lotte Böcker (Prinzessin Natalie von Oranien), Robin Adams (Prinz Friedrich Artur von Homburg) Foto: Wolf SilveriUne oeuvre forte rencontre des acteurs-chanteurs puissants, dans une mise en scène concentrée et intense.

Installé en Italie depuis plusieurs années, n’a pas coupé les ponts avec la culture allemande : s’il adapte en 1960 Le Prince de Hombourg, grand classique du théâtre allemand, il ne faut y voir une révérence à une culture allemande passéiste, mais une manière de se confronter aux apories de son temps, en observateur critique des mythes fondateurs de la RFA. Le livret est écrit par son alter ego littéraire ; dans son livret, elle a choisi de gommer tout ce qui sentait trop la rigidité et le militarisme prussien. Henze joue sur la tradition opératique pour proposer des airs et des ensembles comme dans l’opéra italien de l’époque de Kleist, tout en s’appuyant sur une écriture contrapuntique raffinée qui n’a que peu de rapports avec l’immédiateté mélodique du bel canto.

concentre tout le spectacle dans une sorte de hall d’usine désaffecté aux carreaux blancs aseptisés, non-lieu qui convient aux figures mythiques d’une parabole située dans les brumes épiques de l’obéissance prussienne. Pour Henze et Bachmann, le militarisme et la couleur locale étaient très loin des préoccupations qui les ont poussés vers la pièce de Kleist ; on pourra toujours trouver que cette blancheur décatie manque de couleur vocale, mais elle donne aux personnages cette qualité mythique, cette vision floue du rêve qui sont ici l’essentiel. Les personnages et les intrigues de Kleist ne sont jamais les vecteurs d’un message univoque qu’on pourrait directement formuler ; la musique de Henze tient compte de ces niveaux de sens superposés, des forces souterraines qui parcourent la cour du prince électeur, au prix d’une complexité et d’une sévérité qui en font aussi le prix. ne cherche pas à illustrer, à faire voir tous les niveaux de lecture de l’œuvre, mais il entend lui donner une lisibilité tout en montrant que l’essentiel, ici, ne se passe pas dans les mots ou les actions intentionnelles des protagonistes. Il ne se refuse pas aux images fortes, quand les officiers partent à la bataille en recouvrant leur corps de sang, mais toujours avec une distance un peu fantomatique qui correspond bien à l’attitude de Bachmann et de Henze face à ce qu’ils nous font voir.

Der Prinz von Homburg von Hans Werner Henze Oper in drei Akten nach dem Schauspiel von Heinrich von Kleist, für Musik eingerichtet von Ingeborg Bachmann Musikalische Leitung: Cornelius Meister Regie: Stephan Kimmig Bühne: Katja Haß Kostüme: Anja Rabes Video: Rebecca Riedel Licht: Reinhard Traub Dramaturgie: Miron Hakenbeck Auf dem Bild Štefan Margita (Friedrich Wilhelm, Kurfürst von Brandenburg); im Hintergrund: Robin Adams (Prinz Friedrich Artur von Homburg) Foto: Wolf SilveriL’Opéra de Stuttgart a choisi pour cette nouvelle production une distribution d’élite qui est tout à son honneur. C’est peut-être le prince de Hombourg lui-même qui peut susciter quelques réserves, passant un peu trop en force au détriment de l’émotion, mais le vétéran , au timbre toujours aussi acéré, est de ces chanteurs qui ouvrent aux auditeurs les abîmes intérieurs de leurs personnages. La mise en scène met bien en valeur les élans adolescents de Natalie, la bien-aimée du prince, et montre dans ce rôle des talents d’actrice et une adéquation vocale tout aussi remarquables. Dans la fosse, ce n’est pas ce soir Cornelius Meister qui dirige : le directeur musical de la maison dirige les répétitions et la plupart des représentations, mais c’est aujourd’hui un de ses adjoints, , qui tient la baguette – difficile alors de départager les mérites de l’un et de l’autre, mais l’orchestre contribue sans aucun doute à donner toute sa force à une soirée qui fait honneur à l’une des maisons d’opéra les plus exigeantes d’Europe.

Crédits photographiques : © Wolf Silveri

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