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Giacomo Puccini, un terrible cancer de la gorge devancé par un infarctus du myocarde

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En tant que médecin et musicologue, Jean-Luc Caron propose aux lecteurs de ResMusica un dossier original sur les pathologies et la mort des plus grands musiciens. Pour accéder au dossier complet : Pathologies et mort de musiciens

 

Puccini_John SpringfieldLe célèbre compositeur d’opéras italien ne put achever son ultime opéra Turandot, fauché par la mort, alors qu’il ne lui restait plus que le duo d’amour final à composer.

Les rares antécédents médicaux de Puccini offrent peu d’intérêt pour comprendre le processus pathologique qui devait le conduire à la mort. On en trouvera l’origine davantage au niveau de ses mauvaises habitudes de vie, à savoir essentiellement une alimentation trop abondante et riche, une consommation excessive de boissons alcoolisées et un tabagisme invétéré. Puccini fut un authentique épicurien.

C’est en 1920 qu’il ressentit les tous premiers symptômes de la maladie. Une toux rebelle s’installa à la fin de l’année 1923 bientôt accompagnée d’un mal de gorge persistant. Ces symptômes furent mis sur le compte de son importante consommation de tabac, et négligés au profit de son travail acharné sur Turandot. Ce n’est qu’en 1924, alors qu’il orchestrait son opéra, que son état de santé se détériora sérieusement sous forme d’un essoufflement sévère (dyspnée) et d’une dégradation de sa santé.

En février et mars 1924 apparurent des douleurs intenses au niveau de la gorge, une gêne respiratoire marquée et une altération de l’état général. Une cure entreprise en mai n’apporta aucune amélioration. Dès lors, les visites médicales se succédèrent. En septembre, son praticien le dirigea vers un spécialiste à Milan qui avança un supposé diagnostic de rhumatisme inflammatoire et conseilla en mai une cure dans une station thermale située non loin de Parme. Les soins n’améliorèrent en rien sa gêne. La composition de Turandot lui apporta alternativement tracas, découragement et confiance.

D’abord réticent à voir d’autres spécialistes, la pression de son entourage, en particulier son fils Tonio, l’amenèrent à se rendre auprès d’un spécialiste à Viareggio qui ne constata qu’une irritation chronique de la gorge et recommanda l’arrêt du tabac. Ces conclusions ne diminuèrent en rien son inquiétude grandissante. Discrètement, il se rendit auprès d’un troisième spécialiste, à Florence cette fois, qui détecta la présence d’une petite tumeur sous l’épiglotte. Bénigne ou maligne ? Il était apparemment encore impossible de se prononcer. Le médecin laissa entendre au fils du maître qu’il s’agissait d’un cancer de la gorge déjà très évolué et inopérable. Un carcinome ! Ne parvenant pas à se résoudre à accepter le verdict, Tonio organisa le 20 octobre une triple consultation qui malheureusement ne fit que confirmer le terrible diagnostic. Le sujet ne sembla pas avoir été clairement informé de la situation.

On présenta l’utilisation de radium, pratique très récente, comme la seule thérapeutique envisageable pour contenir le mal. Le seul espoir ! Seuls Berlin et Bruxelles disposaient des moyens techniques nécessaires. Le 4 novembre, le patient prit la direction de Bruxelles avec son fils sans oublier ses esquisses en cours d’amélioration de la toute fin du troisième acte de son ultime opéra. Des hémorragies buccales se produisirent pendant le voyage en train. Puccini, maintenant conscient et terriblement lucide, confia : « Finirai-je jamais cet opéra ? » Il écrivit  à Giuseppe Adami ce billet déchirant : « Me voici arrivé. Pauvre de moi ! Ils disent ici que j’en ai pour six semaines… Et Turandot ? »

Dans la clinique belge du docteur Ledoux, un thérapeute commença, le 12 novembre, une radiothérapie externe ainsi que la pose d’aiguilles de radium. Une trachéotomie fut pratiquée au patient terrifié qui put néanmoins assister à une représentation de son opéra Madame Butterfly au Théâtre de la Monnaie. Les saignements se tarirent et la douleur diminua. La famille de Puccini se relaya à son chevet. Malheureusement la maladie poursuivait sa course inexorable. On imagine volontiers les pénibles symptômes qui se manifestèrent en rappelant que le larynx possède une fonction majeure et irremplaçable sur les plans de la respiration, de la phonation et de la déglutition.

Le docteur Ledoux annonça le 20 novembre qu’une opération chirurgicale s’imposait. Le patient, diabétique, fut opéré sous anesthésie locale le 24 du mois, pendant presque quatre heures. De plus, des aiguilles de radium furent implantées dans la tumeur pour tenter d’en diminuer le volume. Le patient ne pouvait ni parler ni s’alimenter. La pose d’une sonde nasale permit de le nourrir et il pouvait communiquer tant bien que mal en tentant de griffonner sur des feuilles de papier. Inutilement imprudent, le médecin déclara en public que Puccini allait s’en sortir !

Le 28 novembre, vers 18 heures, une crise cardiaque terrassa Puccini qui s’effondra dans son fauteuil. Les aiguilles de radium furent retirées dans l’urgence. Il agonisa pendant une dizaine d’heures avant de décéder le 29 novembre vers 11 heures du matin. Les saints sacrements lui avaient été administrés peu avant son dernier souffle. On conduisit la dépouille mortelle, le 1er décembre, à l’église Sainte-Marie dans le quartier italien de Bruxelles avant de la transférer au Duomo de Milan pour des obsèques officielles le 3 décembre. Toscanini dirigea la poignante Marche funèbre du drame lyrique Edgar du défunt créé à Milan en 1889. Un deuil national fut instauré. On enterra le musicien provisoirement dans le caveau de la famille Toscanini.

En 1925, confia l’achèvement de l’opéra, sur lequel le maître avait travaillé pendant les quatre dernières années de sa vie, au compositeur Franco Alfano. La création se déroula à la Scala de Milan le 25 avril 1926 sous la baguette du maestro Toscanini.

Le 29 novembre 1926 le corps de fut transporté dans la maison familiale de Torre del Lago et placés dans la chapelle familiale qu’avait fait construire son fils Tonio.

Crédits photographiques : © John Springfield

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  • Michel LONCIN

    « Etonnant » les constitutions et les destins : Puccini, grand consommateur de tabac et d’alcool meurt d’un cancer de la gorge et des suites d’une opération « de la dernière chance » tandis que Sibelius, grand consommateur de tabac et d’alcool en « réchappe après s’en être fait opérer … deux ans avant la composition de son âpre 4ème Symphonie …

    • Michel LONCIN

      Correction : « après s’être fait opérer » !!!

  • Gérard Denizeau

    Rien de plus émouvant que cette humanisation du grand musicien confronté à la souffrance et parvenu au terme de sa destinée terrestre ! Comment ne pas reconnaître ici la plume si particulière de Jean-Luc Caron, musicologue émérite, mais aussi médecin écrivain à qui l’on doit une pénétrante et poignante réflexion sur la vie, la maladie, la mort… (Mort et bonheur, Paris, 1981). Il y a une somme à écrire sur les pathologies des compositeurs les plus marquants de l’histoire, une somme de nature à passionner un public dépassant largement les frontières de la sphère musicale (cet article n’en offre-t-il pas la saisissante démonstration ?)…

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