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Sous les doigts de Schiff, Schubert dans l’écrin du pianoforte

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Franz Schubert (1797-1828) : Quatre Impromptus D. 899. Trois Klavierstücke D. 946. Sonates D. 958, D. 959. András Schiff, pianoforte. 2 CD ECM New Series. Enregistré à la Kammermusiksaaal H. J. Abs, Beethoven-Haus, Bonn. Notice en anglais et allemand. Durée totale : 125:25

 

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SchiffSuite de l’aventure schubertienne sur pianoforte d’András Schiff. L’instrument est magnifique, la réalisation remarquable. Nulle raison de bouder son plaisir.

András Schiff avait déjà enregistré Schubert sur ce même instrument (Sonates D. 894, D. 960, Impromptus D. 935, etc.). Il s’agit d’un pianoforte Franz Brodmann fabriqué à Vienne, vers 1820. Il avait appartenu au dernier empereur de Hongrie, Karl Ier, et fut restauré en 1965. Jörg Ewald Dähler en fit l’acquisition puis le céda à András Schiff, en 2010. Muni de quatre pédales, ce pianoforte offre une variété de nuances inouïes en termes de dynamiques et d’harmoniques. La pédale “basson”, par exemple, imite précisément le jeu de ce bois.

Quelques secondes d’adaptation sont nécessaires pour entrer dans l’univers sonore de la mécanique extrêmement douce et ronde de l’instrument. La subtilité des timbres, les résonances si particulières et bruits divers participent à l’ambiance. La longueur de son étonne dans la première série d’Impromptus. András Schiff maintient la tension, dosant à la perfection les contrastes fruités du pianoforte. Au fil des partitions, on goûte la saveur des couleurs, la souplesse et la projection du son. Les accords restent stables et cette musique de l’intime offre quelques moments magiques comme le début du second Impromptu ou bien l’Adagio de la Sonate en ut mineur. Le pianoforte y chante avec une aisance et un charme fou. Qui plus est, la lisibilité dans les mouvements rapides des deux sonates, dans les esquisses de danses qui ne sont jamais dures et pourtant si précises, est préservée. Voilà un Schubert « dépoussiéré », narratif, sanguin et d’une justesse absolue. La fragmentation du récit, en raison des brusques arrêts, de respirations coupées, de reprises sans lien apparent avec les phrases précédentes prend une allure irrésistible (Klavierstücke). Les phrases tortueuses, ironiques parfois, à la limite de la brutalité, paraissent ici limpides. Les trépidations passionnées, les rythmes all hungarese et effets de cymbalum, les digressions de la Sonate en la majeur nous saisissent d’autant plus, que l’on en perçoit la radicalité. Alors, imaginons ce que ressentirent les proches de Schubert, en 1827…

Voilà un volume passionnant, aux antipodes de la somme schubertienne déjà fort belle qu’András Schiff grava pour Decca, entre 1988 et 1993.

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Franz Schubert (1797-1828) : Quatre Impromptus D. 899. Trois Klavierstücke D. 946. Sonates D. 958, D. 959. András Schiff, pianoforte. 2 CD ECM New Series. Enregistré à la Kammermusiksaaal H. J. Abs, Beethoven-Haus, Bonn. Notice en anglais et allemand. Durée totale : 125:25

 
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