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Cours et chapelles d’Europe à Saint-Michel en Thiérache

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Saint-Michel-en-Thiérache. Abbaye. 16-VI-2019
11h30. Œuvres de Samuel Scheidt, Franz von Biber, Johann Rosenmüller, Marc-Antoine Charpentier, Francesco Manfredini, Johann Sebastian Bach et John Blow. Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm
14h30. Œuvres de Marc-Antoine Charpentier, Antoine Dornel, Henry Dumont, Suffret, Sébastien de Brossard, André Campra, Matthieu Lanes, Joseph Bodin de Boismortier, Michel Corrette, Charles Piroye et Edme Foliot. Ensemble Sébastien de Brossard : Jean-François Novelli, taille ; Stéphan Dudermel et François Costa, violons ; Fabien Armengaud, orgue et direction. Orgue historique Jean Boizard (1714) de l’Abbaye
16h30. Œuvres de Reinhard Keiser, Christoph Graupner, Antonio Vivaldi, Alessandro Scarlatti, Georg-Friedrich Haendel, Jean-Philippe Rameau. Karina Gauvin, soprano. Le Concert de la Loge, violon et direction : Julien Chauvin

Emmanuelle Haîm - CALe troisième dimanche de juin accueillait dans la nef de l’abbaye de Saint-Michel plusieurs concerts dont la thématique musicale oscillait entre scène et autel, au travers de trois rencontres en résonance mettant à l’honneur la musique des cours et des chapelles à l’époque baroque.

Tout juste sortie des frimas hivernaux, l’abbaye se réveille ce dimanche matin baignée d’un généreux soleil. En fin de matinée un premier concert réunit dans la nef Le Concert d’Astrée que dirige depuis ses claviers . Le ton est donné avec ce titre interpellateur « Sacro profanum » : tout un programme avec cette question récurrente du profane et du sacré… On assiste à une belle démonstration d’une frontière qui se brise entre des destinations apparemment opposées. Le caractère profond de la sonate d’église se distingue de la danse, tout en lui empruntant parfois rythmes et ritournelles. Ailleurs, c’est un cantus grégorien qui se retrouve dans telle gaillarde. Tout un monde révèle de troublants rapprochements au travers d’auteurs judicieusement choisis parmi les grands courants européens. L’Italie pieuse de Manfredini et la France religieuse de Charpentier sont dissertées avec émotion et chaleur. La musique de danse venue d’Allemagne se déploie abondamment jusqu’à Bach où propose diverses transcriptions venues de l’orgue. Ici tout se rapproche et se retrouve depuis le célèbre choral « Viens maintenant sauveur des païens » jusqu’à la fluide Fantaisie en ut majeur. Passant simultanément de l’orgue positif (sacré) au clavecin (profane), autre clin d’œil, conduit avec fougue son ensemble porté au sommet par son violon principal David Plantier.

En début d’après-midi, contrastant avec le concert précédent, le petit ensemble investit la tribune de l’orgue historique remontant à 1714 construit par le facteur Jean Boizard. Ici le côté sacré surgit naturellement au travers de divers motets français à une voix de taille (ténor) chantés avec beaucoup de style et de finesse par , accompagnés efficacement par deux archets violonistes, et François Costa. Depuis les claviers de cet instrument qui est le joyau de cette abbaye, dirige et conduit un continuo solide reposant sur les basses profondes des jeux graves. L’organiste avait savamment intercalé quelques pièces solistes, sortes d’interludes émoustillants dont un fameux offertoire de avec le tonnerre qui fait trembler les voûtes de l’édifice… Avec un ensemble de quatre musiciens seulement, on reste frappé par une interprétation où le discours est exposé dans ses moindres détails, pour une compréhension du sens des textes et l’expression d’une émotion sensible.

Concert de la Loge - Karina Gauvin
Le dernier concert de la journée, vers la fin d’après-midi, s’annonçait étonnant avec le titre de « Vent de folie ». que dirige du violon accueille la soprano . Le programme basé sur cette thématique parfois explosive débute théâtralement avec un air allemand de suivi d’une pièce virtuose et bondissante de tirée de son opéra Didon. Après ces premières démonstrations de folie, un concerto pour violon de Vivaldi exposé avec beaucoup d’énergie et de liberté de gestes nous amène naturellement par une parenté de style à Haendel, avec une chaconne et un air d’Almira dans lequel s’instaure un agréable duo entre la voix et le hautbois. La première partie s’achève avec le célèbre air du Rinaldo de Haendel « Furie terribile » le bien nommé ou , soutenue par un orchestre volcanique, donne un grand moment d’opéra baroque, complètement habitée dans son rôle jusqu’au malaise et aux soupirs les plus appuyés pour les affects du texte et de la musique. La deuxième partie offre peu à peu une montée en puissance depuis un air d’Agrippina de Haendel reprenant le thème d’un concerto pour orgue sur le Noël français « Joseph est bien marié« . À nouveau une heureuse alternance avec Vivaldi est ses concerti pour violon confirme l’influence de l’Italie sur l’Allemand avant qu’il ne parte pour l’Angleterre. Dans « Ah, mio cor« , nous atteignons le summum de la théâtralité avec un long air da capo, envoûtant et engloutissant, développant tous les états de l’âme en peine : l’émotion est à son comble. En guise de conclusion et de quelque apaisement assure un jeu de scène harmonieux entre la soliste et le violon avec un extrait de Platée, de circonstance : « Formons les plus brillants concerts« .

La soliste et l’orchestre offrent deux bis, l’un tiré de Solomon de Haendel où la reine de Sabba est émerveillée par le roi. Quant au dernier bis « Lascia ch’io pianga » de Haendel (Rinaldo), « tube » sublimissime de l’art baroque, Karina Gauvin le chante avec une émotion prenante. Une telle prestation montre encore une fois combien la soprano québecoise compte parmi les meilleures des voix baroques.

La réussite de cette journée incombe aussi à son directeur artistique Jean-Michel Verneiges, fier de signaler cette année pour la première fois une retransmission vidéo en direct puis en différé d’une partie de chaque concert sur la page Facebook du Festival de l’Abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache.

Crédits photographiques : photo 1 : Emmanuelle Haïm et des membres du Concert d’Astrée, photo 2 : Karina Gauvin et © Géraldine Beys

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Saint-Michel-en-Thiérache. Abbaye. 16-VI-2019
11h30. Œuvres de Samuel Scheidt, Franz von Biber, Johann Rosenmüller, Marc-Antoine Charpentier, Francesco Manfredini, Johann Sebastian Bach et John Blow. Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm
14h30. Œuvres de Marc-Antoine Charpentier, Antoine Dornel, Henry Dumont, Suffret, Sébastien de Brossard, André Campra, Matthieu Lanes, Joseph Bodin de Boismortier, Michel Corrette, Charles Piroye et Edme Foliot. Ensemble Sébastien de Brossard : Jean-François Novelli, taille ; Stéphan Dudermel et François Costa, violons ; Fabien Armengaud, orgue et direction. Orgue historique Jean Boizard (1714) de l’Abbaye
16h30. Œuvres de Reinhard Keiser, Christoph Graupner, Antonio Vivaldi, Alessandro Scarlatti, Georg-Friedrich Haendel, Jean-Philippe Rameau. Karina Gauvin, soprano. Le Concert de la Loge, violon et direction : Julien Chauvin

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