Voyage initiatique à travers l’amour schumannien par Le Sage et Prégardien

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Robert Schumann (1810-1856) : « In der Nacht » extrait de Spanisches Liederspiel op. 74, « Die Löwenbraut » extrait de Drei Gesänge op. 31, « Wenn ich ein Vöglein wär » extrait de Drei zweistimmige Lieder op. 41, « Aus den Hebräischen Gesängen » extrait de Myrthen op. 25, Dichterliebe op. 48, « Kurzes Erwachen » extrait de Sechs frühe Lieder Woo 21, « Sängers Trost » extrait de Fünf Lieder and Gesänge op. 127, deux des Drei Romanzen op. 28, « Mein Wagen rollet langsam » extrait de Vier Gesänge op. 142 ; Clara Schumann (1819-1896) : une des Drei Romanzen op. 11, « Wenn ich ein Vöglein wär ». Avec Julian Prégardien, baryton ; Sandrine Piau, soprano ; Éric Le Sage, piano. 1 CD. Alpha 457. Enregistré en septembre 2018. Notice de présentation trilingue (allemand, français et anglais et). Durée : 66:15

 

Les Clefs ResMusica

3760014194573Quelques pièces habilement choisies entourent le célèbre cycle des amours du poète. Amour, espoir et souffrance sont déclinés tout au long de ce très beau CD qui nous propose un remarquable parcours initiatique.

La version retenue des Dichterliebe de Schumann est celle de 1844, même si et Éric Le Sage ne s’interdisent pas de recourir, pour certains morceaux isolés, à une version antérieure du texte. De passionnantes notices de présentation, l’une de Prégardien et l’autre du musicologue Hansjörg Ewert, expliquent le choix des versions retenues ainsi que celui des pièces destinées à entourer le cycle central. Reposant sur l’évocation de voix hallucinatoires, de voix incarnées d’anges ou de démons, de voix intérieures, de voix poétiques, ce passionnant programme propose à l’auditeur un voyage initiatique à travers les joies et les affres de l’amour. Thème fédérateur de ce bouquet de mélodies, l’inspiration poétique et le sort réservé au poète déchiré entre sa passion amoureuse et ses élans créateurs. Paraît en filigrane le rôle discret mais essentiel de la muse, celui d’une Clara dont la voix, presque étouffée, parvient néanmoins à se faire entendre.

Belle idée que de donner l’occasion à l’occasion de mêler pour quelques duos son beau soprano frais, rond et ductile, tout l’éclat de sa maturité, aux accents fauves du jeune ténor. Un subtil effet de mixage fait entendre la réverbération de la voix de la chanteuse sur les paroles « ich liebe dich » du numéro 4 du cycle, le chant « Wenn ich deine Augen seh’ ».

L’essentiel du CD reste cependant dévolu à Prégardien, dont la musicalité encore fraîche et juvénile confère à ce programme une dimension toute particulière. Certaines tensions au sommet de la tessiture, notamment dans « Sängers Trost » mais également par endroits au cours du cycle, déclenchent une sécheresse vocale inhabituelle chez ce jeune interprète. Peut-être ces tensions sont-elles imputables au piano très virtuose d’Éric Le Sage, un régal pour l’oreille dans sa force déclamatoire. Belle réussite d’ensemble, en tout cas, pour un programme qu’on voudra écouter en boucle. Il semble urgent, dans le prolongement de ce beau projet, de faire enregistrer à la totalité des grands cycles schumanniens pour voix de femme…

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  • Michel LONCIN

    J’ai été « frappé » d’entendre Sandrine Piau dans des extraits des « Nuits d’été » d’Hector Berlioz … A ce point même que je la verrais tout à fait capable d’aborder … la 14ème Symphonie de Dimitri Chostakovitch … !!!

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