Aller + loin, Dossiers

George Gershwin terrassé par un foudroyant cancer du cerveau

Plus de détails

En tant que médecin et musicologue, Jean-Luc Caron propose aux lecteurs de ResMusica un dossier original sur les pathologies et la mort des plus grands musiciens. Pour accéder au dossier complet : Pathologies et mort de musiciens

 

6d32cceb2fc527b14798d8ef9a4dddd1 décéda le 11 juillet 1937 à seulement trente-huit ans. Le responsable de ce drame était un glioblastome ou astrocytome de grade 4. Un cancer redoutable s’il en est. De nos jours encore, les traitements s’avèrent plus que décevants même lorsqu’est tentée une résection totale… techniquement irréalisable.

En 1910, Gershwin commença par étudier le piano – il jouait Chopin, Liszt et Debussy – avant de se tourner vers le music-hall. Rapidement, il engrangea d’immenses succès avec Swanee (1920), Lady be good (1924), puis d’autres revues à succès, sans oublier la Rhapsody in Blue (1924), le Concerto en fa (1925), les Préludes pour piano (1926) et Un Américain à Paris (1928). Auréolé d’un immense prestige, au cours de son voyage en Europe en 1928, il rencontra des maîtres de l’ampleur de Prokofiev, Milhaud, Ravel, Berg. Rachmaninov et Schönberg l’admiraient également.

Au début des années 1930, il effectua des tournées de concerts tout en écrivant encore des comédies musicales comme Strike up the Band et Girl Crazy (1930). Son fameux opéra, Porgy and Bess, fut donné à Broadway en 1935. Sa collaboration avec les studios de cinéma RKO (1936) entraîna d’autres réussites notables et son installation à Hollywood. Devenu très riche, résida longtemps à New York, enchaîna de nombreux succès féminins et vécut en hédoniste, certes, mais aucune inquiétude pour sa santé ne s’était vraiment manifestée. Cette période foisonnante devait marquer le sommet de la gloire de cet infatigable hyperactif. Et puis soudainement tout se précipita…

En interprétant, à Los Angeles, son Concerto en fa pour piano sous la direction de , le 11 février 1937, il fut victime d’un trouble transitoire de la conscience et de la coordination, lui qui était un excellent pianiste. Il loupa quelques mesures et fit entendre quelques fausses notes, mais rapidement tout rentra dans l’ordre. Il décrivit cet épisode fugace et signala avoir ressenti une odeur de caoutchouc brûlé. Quelques semaines plus tard, en avril, chez le barbier, se manifesta une brève perte de conscience et il signala une nouvelle fois cette même odeur singulière.

Des examens médicaux réalisés ne mirent rien en évidence. Ces symptômes furent mis sur le compte d’un fort surmenage, d’une grande fatigue et sans doute d’un puissant stress. Il ressentait une intense asthénie et son dynamisme bien connu s’atténua. Puis, au moins de juin, survinrent des maux de tête intenses, rebelles et difficilement supportables ainsi que des troubles visuels. Sa conscience s’altéra sensiblement. Il fit montre d’apathie, de confusion et d’irritabilité. Il ne parvenait plus à manger proprement. La même hallucination olfactive à type d’odeur de caoutchouc brûlé perdurait. Un tel comportement, tout à fait inhabituel, angoissa légitimement son entourage. Plus grave encore, il recouvrit son corps de chocolat et une autre fois il tenta d’éjecter de force son chauffeur alors que ce dernier était en train de conduire. Les maux de tête s’intensifièrent et bientôt le martyrisèrent sans répit.

L’hospitalisation devint inévitable et effective le 23 juin. A l’hôpital Cedars de Los Angeles, un bilan plus poussé fut rapidement entrepris. Le résultat communiqué parut pour le moins étonnant : le neurologue diagnostiqua de l’hystérie ! Gershwin sortit le 26 juin. Le 9 juillet, il perdit connaissance et sombra dans le coma. Hospitalisé en urgence, le terrible diagnostic tomba brutalement. Le patient souffrait d’une tumeur du cerveau. Ses symptômes correspondaient malheureusement à l’augmentation de volume de la tumeur qui comprimait de plus en plus son cerveau.

On fit appel à un neurochirurgien très réputé de Boston mais le temps que ce dernier arrive, l’état du patient avait sérieusement empiré. Une intervention décidée dans l’urgence en vue de procéder à l’exérèse du cancer ne fut pas probante. Gershwin décéda le dimanche matin du 11 juillet 1937 sans avoir repris connaissance.

Les funérailles de George Gershwin, organisées dans une synagogue de New York, rassemblèrent plusieurs milliers de personnes et bien plus encore suivirent le cortège. On procéda à l’inhumation au cimetière de Westchester Hills, à Hastings-on-Hudson (New York). Un concert à sa mémoire se déroula le 8 septembre 1937 au Hollywood Bowl sous la direction d’. Ainsi disparut l’un des compositeurs américains les plus talentueux, un artisan doué qui enchanta tant d’auditeurs et qui de plus échappa au purgatoire après sa disparition. Et, pour reprendre le juste compliment de  : « Je ne crois pas qu’il y ait eu de mélodistes plus inspirés sur Terre depuis Tchaïkovski ».

Crédits photographiques : George Gershwin par Andy Warhol © The Jewish Museum

Plus de détails

En tant que médecin et musicologue, Jean-Luc Caron propose aux lecteurs de ResMusica un dossier original sur les pathologies et la mort des plus grands musiciens. Pour accéder au dossier complet : Pathologies et mort de musiciens

 
Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.