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La Coppélia de Petipa ressuscitée par le Bolchoï

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Moscou. Théâtre du Bolchoï. Nouvelle scène. 20-VII-2019. Coppélia. Ballet en 3 actes. Livret de Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon. Chorégraphie : Marius Petipa, Enrico Cecchetti. Nouvelle version chorégraphique : Serguei Vikharev. Musique : Léo Delibes. Scénographie : Boris Kaminsky. Costumes : Tatyana Noginova. Lumières : Damir Ismagilov. Recherches et coordination : Pavel Gershenzon. Chef d’orchestre : Pavel Sorokin. Avec Dariya Khokhlova, Swanilda ; Denis Zakharov, Frantz ; Alexander Fadeyechev, Coppélius. Et les danseurs du théâtre du Bolchoï

C’est un retour à la Coppélia de Petipa que propose le Bolchoï. Ce ballet attachant est interprété à la perfection par la troupe russe, qui excelle dans le genre. 

Cadre champêtre, danses folkloriques, vieillard bougon, poupée qui s’anime, ballet d’automates, happy end : Coppélia comporte tous les ingrédients du ballet léger et comique, dans le style de La Fille mal gardée. Le ballet a vu le jour en 1870 à Paris, dans une chorégraphie d’Arthur Saint-Léon et sur une musique de . La version de et Enrico Cecchetti a, quant à elle, été créée en 1894 à Saint-Pétersbourg.

C’est cette dernière version que Serguei Vikharev et Pavel Gershenzon se sont attachés à faire renaître, en se fondant sur le manuscrit de Nicolas Sergueïev conservé à Harvard. Les deux hommes se sont livrés à un véritable travail d’historien afin de ressusciter le ballet de Petipa, dont la première a été présentée en 2009. Cette reconstitution diffère de celle de Pierre Lacotte dansée par le Ballet de l’Opéra de Paris.

Le rideau s’ouvre sur un enchanteur décor champêtre, signé Boris Kaminsky. Swanilda, interprétée par la pétillante , danse entourée de ses huit amies. Les mouvements d’ensemble sont joyeux, vifs, précis et les jupes virevoltent dans un festival de couleurs. D’emblée, s’impose par son expressivité, son naturel et l’excellence de sa technique. Ses bras sont d’une fluidité et d’une grâce admirables, son jeu de jambe est délicat et précis, son haut du corps gracile lui donne une allure juvénile. C’est avec d’adorables mimiques qu’elle joue la colère lorsqu’elle aperçoit Frantz, son fiancé, envoyer des baisers à Coppélia.
Les danses de caractère sont l’un des points forts du premier acte. Le corps de ballet du Bolchoï fait preuve de son excellence dans la mazurka puis la danse hongroise (czardas). L’entrain de la troupe, la précision du rythme et des placements de pieds sont véritablement enthousiasmants.

Dans le deuxième acte, Swanilda et ses amies pénètrent dans la demeure du vieux Coppélius afin d’essayer de découvrir le mystère qui entoure Coppélia. Dans la pénombre de la maison, elles découvrent, apeurées puis étonnées, des marionnettes qui s’animent. Le ballet des marionnettes est un moment délicieux du ballet : les mouvements mécaniques des automates sont mimés à la perfection par les danseurs, au rythme de la musique expressive de Delibes.
La seconde partie de l’acte comporte davantage de pantomime mais permet de démêler l’intrigue en utilisant les ressorts comiques du ballet : colère du vieux Coppélius, Frantz pris au piège, subterfuge de Swanilda qui se fait passer pour Coppélia et laisse croire au vieillard qu’il a vraiment réussi, par un sortilège, à donner vie à sa poupée.
Si le décor est une très belle réussite, il est toutefois regrettable que la scène reste dans la pénombre durant toute la durée de l’acte, faisant perdre le bénéfice des couleurs aux spectateurs. L’on regrette également que le rôle de Frantz soit réduit à la seule pantomime dans les deux premiers actes.

Le troisième acte consacre l’amour de Swanilda et Frantz. Le jeune homme a compris son erreur et le mariage peut être célébré. Intervient alors la scène allégorique du passage des heures, sous le regard du dieu Chronos. Les allégories de l’Aurore, de la Prière et du Travail interprètent des variations en solo et le corps de ballet féminin se voit réserver les mouvements d’ensemble. Les solos sont toutefois d’une qualité moindre, et la gratuité de la scène, les couleurs très kitsch des costumes, rendent cet acte plus difficile à apprécier.
Si l’intérêt majeur de ce dernier acte est de voir enfin Frantz interpréter une variation en solo, avec petite batterie, manège de sauts et tours à la seconde, cela ne suffit pas à en faire oublier les lacunes. et Denis Zakharov sont individuellement excellents mais leur partenariat fonctionne moins bien et les pas-de-deux manquent de fluidité.

Cette reconstitution, créée en 2009 au théâtre de Novossibirsk, présente un intérêt historique certain. Son intérêt est moins évident pour le spectateur du XXIᵉ siècle à même de déceler les défauts que se sont attelés à gommer des générations de chorégraphes au XXᵉ : parties masculines presque inexistantes, pantomime sur-développée par rapport aux parties dansées, troisième acte dénué de justification narrative, qui confère un caractère superficiel au ballet.

Toutefois, si une troupe au monde est fondée à jouer ce rôle de gardienne d’un répertoire historique c’est bien le Bolchoï, qui dispose de la tradition et de la technique nécessaires.

Crédits photographiques : Photographies n° 1 et 3 : © Damir Yusupov/Bolshoi Theatre; Photographie n° 2 : Elena Fetisova/ Bolshoi Theatre.

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Moscou. Théâtre du Bolchoï. Nouvelle scène. 20-VII-2019. Coppélia. Ballet en 3 actes. Livret de Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon. Chorégraphie : Marius Petipa, Enrico Cecchetti. Nouvelle version chorégraphique : Serguei Vikharev. Musique : Léo Delibes. Scénographie : Boris Kaminsky. Costumes : Tatyana Noginova. Lumières : Damir Ismagilov. Recherches et coordination : Pavel Gershenzon. Chef d’orchestre : Pavel Sorokin. Avec Dariya Khokhlova, Swanilda ; Denis Zakharov, Frantz ; Alexander Fadeyechev, Coppélius. Et les danseurs du théâtre du Bolchoï

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