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À Montreux, Valery Gergiev dirige Eclipse d’Alexander Raskatov

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Montreux. Auditorium Stravinsky. 3-IX-2019. Alexander Raskatov (né en 1953) : Eclipse, opéra en deux actes sur un livret du compositeur (extraits). Version concertante avec : Sergeï Romanov, Sergeï Muraviev-Apostol ; Artyom Krutko, Nicolas 1er ; Olga Pudova, L’Impératrice ; Pelageya Kurennaya, Katia ; Stanislav Leontiev, L’Officier ; Alexander Gerasimov, Le Soldat/Le père ; Alexander Mikhailov, Le Messager/Hyppolite/Kakhovsky ; Vladimir Feliauer, Ryleyev/Le Prêtre ; Oleg Sychev, Pestel ; Andrei Iliushnikov, Vigel/Betuzhev. Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps. Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky, direction musicale : Valery Gergiev

Au quatrième concert donné en trois jours au Septembre Musical, et l’Orchestre du Théâtre Mariinsky a encore de l’énergie pour donner à découvrir de larges extraits d’Eclipse, le plus récent opéra du compositeur .

Septembre Musical

Eclipse, créé l’an dernier à Saint-Pétersbourg, s’appuie sur un kaléidoscope de lettres, de journaux, de chroniques racontant l’épopée de Sergueï Muraviev-Apostol (interprété par ), fils de diplomate, défenseur de la république et de l’abolition du servage. En décembre 1825 dans cette même ville alors capitale de la Russie, ce vétéran de la victoire de 1812 contre Napoléon pris la tête de ceux qui allaient devenir les Décembristes et tenta un coup d’État contre l’Empereur Nicolas Premier. Des émeutes réprimées dans le sang aboutirent à l’arrestation et à la pendaison de Sergueï Muraviev-Apostol. C’est à l’instigation d’un descendant de cet officier que l’opéra naquit.

L’œuvre procède par touches de quelques mesures avec des variations de sons, de rythmes et de couleurs orchestrales aussi variées qu’imprévisibles. Les multiples soubresauts harmoniques et rythmiques sont autant de petits tableaux sonores sur une structure mélodique et cohérente. Les violons se partagent un temps avec les percussions quand, à peine esquissé un développement mélodique, ils sont remplacés par les trompettes et la flûte, pour soudainement laisser place à un tuba conversant avec des clarinettes. Une musique émotionnelle où l’imprévu domine. Dans cette complexité musicale, , courbé sur son pupitre, attentif du regard, s’applique incessamment aux départs de chaque instrument, de chaque pupitre. Une gymnastique horlogère de précision qu’il domine avec maestria, laissant les chanteurs solistes hors de ses préoccupations, ceux-ci semblant parfaitement au fait de leurs rôles. L’effectif est immense, car outre le chœur et les dix solistes, certains pupitres sont renforcés comme les cuivres et les percussions, on aperçoit même une guitare électrique.

L’écriture vocale de cet opéra est singulière, le compositeur distribuant les rôles pour qu’ils soient chantés aux extrêmes de la tessiture de chaque chanteur, à la recherche d’authenticité et de vérité dramatique. Ainsi donc, les ténors sont-ils sollicités à la limite de leurs aigus et les basses dans leurs graves les plus profonds. La beauté du timbre n’est pas niée, mais elle n’est pas une fin en soi. Les chanteurs aguerris et en majeure partie choisis parmi les créateurs de l’œuvre, s’avèrent parfaitement préparés. Si la soprano (L’Impératrice) laisse apprécier la puissance et la maîtrise d’aigus jaillissant, c’est le contre-ténor (Nicolas Premier) qui impressionne le plus. En effet, avec un timbre franc, une agilité à toute épreuve, il possède un magnifique vibrato sur tout le spectre de sa voix rendant ses interventions très plaisantes, totalement dénuées de l’agressivité, voir de l’acidité qu’on observe souvent chez les contre-ténors. Dans les derniers instants de l’opéra, le très beau phrasé composé de la basse (Ryleyev/Le Prêtre) charme, avant que le Chœur du Théâtre Mariinsky mette une magnifique touche finale à cette œuvre qu’on espère pouvoir réentendre dans une version scénique, d’autant que l’absence de sur-titres rendait plus difficile l’entrée dans cette nouvelle oeuvre.

Tout autre ambiance dans Le Sacre du Printemps d’ proposé après l’entracte. Valery Gergiev, plus à l’aise, empoigne son orchestre pour une exécution flamboyante ne ménageant ni les effets, ni les contrastes de volume. Dès après la splendide introduction du basson, il embarque son orchestre dans le déferlement sonore des étranges sonorités de Stravinsky. Puis, l’articulation irrésistible des cordes dans La danse des adolescentes s’offre au chef russe comme un prétexte à nous faire découvrir un monde en création, bouillonnant de magma, explosant de laves incandescentes. Sollicitant les pupitres, le chef russe raconte sa musique. Que de couleurs, que de belles énergies dans cet orchestre.

En bis, Valery Gergiev offre l’éthéré poème symphonique Le Lac Enchanté op. 62 d’Anatoli Liadov avec des pianissimos de cordes qu’on ne pouvait imaginer aussi aériennes après le déluge de décibels des précédentes œuvres au programme.

 

Crédit photographique : © Celine Michel / Septembre Musical

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Montreux. Auditorium Stravinsky. 3-IX-2019. Alexander Raskatov (né en 1953) : Eclipse, opéra en deux actes sur un livret du compositeur (extraits). Version concertante avec : Sergeï Romanov, Sergeï Muraviev-Apostol ; Artyom Krutko, Nicolas 1er ; Olga Pudova, L’Impératrice ; Pelageya Kurennaya, Katia ; Stanislav Leontiev, L’Officier ; Alexander Gerasimov, Le Soldat/Le père ; Alexander Mikhailov, Le Messager/Hyppolite/Kakhovsky ; Vladimir Feliauer, Ryleyev/Le Prêtre ; Oleg Sychev, Pestel ; Andrei Iliushnikov, Vigel/Betuzhev. Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps. Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky, direction musicale : Valery Gergiev

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