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Heras-Casado et Isabelle Faust devant l’Orchestre de Paris

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Paris. Philharmonie de Paris. 11 et 12-IX-2019. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer, trois esquisses pour orchestre, CD 111. Péter Eötvös (né en 1944) : Alhambra – Concerto pour violon ; CF. Isabelle Faust, violon. Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du printemps, Tableaux de la Russie païenne en deux parties. Orchestre de Paris, direction : Pablo Heras-Casado

À proposer de véritables interprétations de La Mer et du Sacre du Printemps, sort l’ de son confort, au risque de le mettre parfois en difficulté. En milieu de programme, Alhambra de Peter Eötvös profite surtout du magnifique archet d’.

Heras-Casado cc Fernando Sancho

Nous regrettions la semaine précédente, lors du concert d’ouverture de saison, qu’à parfaitement maîtriser l’, Karina Canellakis ne propose finalement pas de message particulier sur des œuvres de la première moitié du XXe siècle très fréquemment interprétées ces dernières décennies. prend le même risque avec un programme mieux construit, mais terriblement classique aujourd’hui, sauf par sa création médiane. Car en couplant La Mer de Debussy et Le Sacre du Printemps de Stravinsky, le chef s’expose à diriger deux ouvrages interprétés plus de vingt-cinq fois par la formation depuis trente ans, souvent par les plus grands noms, et toujours au moins une fois la saison passée.

Pour rappel, La Mer faisait partie du concert d’inauguration de l’orchestre, autant que de celui anniversaire des 50 ans de la formation avec Daniel Harding en 2017, et encore en mai dernier sous la direction d’un autre chef aux propositions engagées, lui aussi potentiel prochain directeur musical de l’ensemble, François-Xavier Roth. Plus qu’une simple interprétation, c’est donc une démonstration que l’on attend, tandis que Heras-Casado tente ici une lecture personnelle, très similaire à celle enregistrée récemment avec le Philharmonia Orchestra. Le chef ne joue donc jamais la densité et la puissance du flux, pour procurer au contraire un mouvement plus froid, tempéré par quelques faux départs de musiciens trop habitués aux chefs dirigeants maintenant majoritairement sur la note, et non un temps avant comme il le fait. L’Orchestre de Paris sera moins à contre-courant le second soir, et permettra plus d’amplitude, surtout lors des Jeux de Vagues.

Le Sacre du Printemps, enregistré pour Harmonia Mundi lors de ces deux concerts, reflète une même approche intègre autant que jamais basée sur la fureur ni la violence, bien que sèche et nerveuse. Le chef évite surtout l’effet facile, à l’opposé de la précédente proposition devant l’orchestre, sous le style racoleur de Krzysztof Urbański. Là encore chez Heras-Casado, le geste perturbe parfois l’ensemble, à l’image d’un gros accroc le mercredi sur une trompette bouchée, totalement en décalage avec la petite harmonie lors de l’une de ses premières attaques. Mais on trouve aussi d’excellents passages d’orchestre, des cordes rêches pour le Jeu du Rapt au tout simplement parfait solo introductif du premier basson, ou encore dans les interventions distinctes du cor anglais, même lorsqu’il est en contre-point. On remarquera aussi la netteté des percussions et des cuivres, ainsi que certaines parties glabres des clarinettes basses, maintenant tous définitivement rodés à l’ouvrage, bien que la rythmique n’y soit souvent maîtrisée que sur un fil par Heras-Casado, notamment lors des danses conclusives de chacune des parties.

En milieu de programme est présenté le nouveau concerto pour violon, troisième du genre, de Peter Eötvös. Moins d’un an après le deuxième, DoReMi, rejoué par Eötvös lui-même devant l’Orchestre de Paris, Alhambra est donné en création française après avoir été interprété pour la première fois le 12 juillet dernier à Grenade, déjà par Heras-Casado et la violoniste de ce concert, . Par un procédé un peu facile de la part d’un compositeur de cette importance, un thème mélodique sur la notation anglo-saxonne ALHAMBRA est introduit en début d’ouvrage pour être ré-exposé par le violon solitaire en conclusion. Au centre se développe pendant vingt minutes des jeux de variations et de hauteurs, agrémentées par un matériel d’orchestre très maîtrisé duquel ressort une mandoline, en plus d’une partition soliste joliment écrite plus que véritablement neuve, bien que magnifiée par la violoniste et son jeu superbement moiré. Le premier soir, elle offre un bis baroque avec la Fantasia de l’Italien , le second un bis moderne avec Fantasy, Caprice n° 50 de , le même offert devant les Berliner Philharmoniker la semaine passée après le concerto dirigé par Eötvös lui-même.

Ce concert intéresse plus qu’il ne convainc totalement, mais rappelle qu’un directeur musical est aussi là pour chercher de nouvelles voies, parfois au risque de ne pas totalement fédérer la majorité du public ou des musiciens à son propos.
Crédits photographiques : © Fernando Sancho

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Paris. Philharmonie de Paris. 11 et 12-IX-2019. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer, trois esquisses pour orchestre, CD 111. Péter Eötvös (né en 1944) : Alhambra – Concerto pour violon ; CF. Isabelle Faust, violon. Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du printemps, Tableaux de la Russie païenne en deux parties. Orchestre de Paris, direction : Pablo Heras-Casado

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  • Glinka Michel

    On programme «  le sacre du printemps «  plusieurs fois par an à la Philharmonie. Une interprétation insurpassable a été donnée il y a quelques mois par Mariss Jansons avec l’Orchestre de la Radio bavaroise. On se croyait revenu à l’époque privilégiée ou l’Orchestre de Paris figurait parmi les plus grands: c’était Il y a plusieurs décennies au Théâtre des Champs Elysées sous la direction d’Igor Markevitch. Ce n’est pas le hasard: Jansons fut assistant de Mravinsky au Philharmonique de Leningrad et Markevitch, l’un des chefs des ballets russes de Serge de Diaguilev et avait travaillé avec le compositeur. Tous ces Urbanky, Cannelakis, Herras- Casado ont certes du talent mais ils sont trop lisses, trop politiquement corrects, finalement ennuyeux. Quant à «  la mer », qu’ils aillent s’inspirer de Celibidache.

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