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Ruth Berghaus toujours d’actualité pour La Traviata à Stuttgart

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Stuttgart. Opernhaus. 20-IX-2019. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Alexandre Dumas fils. Mise en scène : Ruth Berghaus ; décors : Erich Wonder ; costumes : Marie-Luise Strandt. Avec : Elena Tsallagova (Violetta) ; Ida Ränzlöv (Flora) ; Alexandra Urquiola (Annina) ; Pavel Valuzhin (Alfredo) ; Luis Cansino (Giorgio Germont) ; Elmar Gilbertsson (Gastone) ; Elliott Carlton Hines (Douphol)… Staatsopernchor Stuttgart ; Staatsorchester Stuttgart, direction : Friedrich Haider

et sont les grands atouts de cette reprise.

La traviataAttention, archéologie : la production de La Traviata que reprend l’Opéra de Stuttgart en ouverture de sa saison date de 1993 et est donnée ce soir pour la 105e fois – d’autres maisons d’opéra en sont depuis ce temps à leur quatrième production. La metteuse en scène , figure importante du modernisme scénique à l’opéra pendant quelques décennies, est décédée en 1996, et faire vivre un spectacle sur une aussi longue durée est toujours une gageure qui, à Stuttgart, est prise très au sérieux : la construction d’un répertoire pérenne y est plus importante que la succession de « coups » plus ou moins réussis.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis, et le spectateur d’opéra en a bien vu d’autres. C’est tout juste si on note, aujourd’hui, la transposition dans les Années folles ; la radicalité du spectacle est aujourd’hui moins évidente, on ne voit plus très souvent aujourd’hui des décors aussi construits, le noir et blanc est passé de mode, et les longs précipités entre les tableaux, qui cassent le rythme du spectacle, sont une pratique révolue. Il faut passer outre pour prendre la juste mesure du travail de Berghaus. Cela nous paraît presque classique aujourd’hui : Berghaus souligne la superficialité de la société où Violetta ne peut que se perdre. Les invités du premier acte reviennent du repas ivres morts (« le souper, bonne affaire », comme on dit dans un tout autre opéra) ; elle ne croit pas du tout à leur capacité de se transformer pour la fête en toreros et en diseuses de bonne aventure, mais les montre en maniaques du jeu, poupées mécaniques faisant claquer leurs cartes pour éviter de penser. Face à eux, toute l’attention est tournée vers Violetta : Berghaus, si on en croit ce qu’on peut en voir dans cette reprise, ne s’intéresse pas beaucoup à la souffrance physique de Violetta, mais beaucoup à sa force mentale et à la manière dont on va la détruire. Une mise en scène féministe qui mérite bien de rester au répertoire.

La traviata

La direction au métronome de est, musicalement, l’élément déterminant de la soirée. Appuyant fermement sur les rythmes, il offre aux chanteurs un cadre extrêmement sûr qui leur facilite grandement la vie et contribue, sur ce point, à la réussite de cette représentation, mais on en voit immédiatement l’inconvénient : le chef se prive de l’essentiel de sa capacité à susciter le théâtre, à modeler l’expression, à dialoguer avec les voix, et il prive le public d’une bonne partie de l’émotion qu’il pouvait espérer. C’est bien dommage, car les chanteurs méritaient bien un peu plus de stimulation de la part du chef : en Germont père ne se laisse que trop entraîner vers le monolithisme bourru de son rôle, mais le couple central mérite beaucoup d’éloges, même si chacun a son petit trou de mémoire : la voix généreuse et chaude d’ va parfaitement avec la conception volontaire du personnage que la mise en scène développe, et , même privé de sa cabalette, unit solidité et délicatesse pour une interprétation qui privilégie la musicalité à l’épate. Il est en outre fort agréable de profiter, autour des trois rôles centraux, d’interprètes aussi présents et aussi soigneusement préparés scéniquement et musicalement, notamment pour les personnages féminins.

Crédits photographiques © Martin Sigmund

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Stuttgart. Opernhaus. 20-IX-2019. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Alexandre Dumas fils. Mise en scène : Ruth Berghaus ; décors : Erich Wonder ; costumes : Marie-Luise Strandt. Avec : Elena Tsallagova (Violetta) ; Ida Ränzlöv (Flora) ; Alexandra Urquiola (Annina) ; Pavel Valuzhin (Alfredo) ; Luis Cansino (Giorgio Germont) ; Elmar Gilbertsson (Gastone) ; Elliott Carlton Hines (Douphol)… Staatsopernchor Stuttgart ; Staatsorchester Stuttgart, direction : Friedrich Haider

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